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Récemment une délégation des cadres de l’assistance publique AP-HP a été reçue par notre conseil national de l’ordre pour être averti de la situation dramatique de l’exercice salarié de notre profession.

Parallèlement un communiqué de presse sur l’universitarisation des formations en santé a été publié par le ministère de la santé. 

En adjonction on trouve une petite surprise concernant la perte de l’une de nos compétence. En effet, la parution au journal officiel du 14/02 permet aux chiropracteurs d’utiliser un panel d’adjuvants thérapeutiques. Au programme, le chaud et le froid, la physiothérapie, l’électrothérapie, la réflexothérapie, les ondes de choc ainsi que les techniques de contensions et d’orthèses… Rien que cela.

Petit message entre vous et moi, pour celles et ceux qui auraient fait le choix de vouloir un jour que les kinésithérapeutes deviennent « uniquement » des physiothérapeutes… Cela signifie directement que ce titre sera partagé avec les chiropracteurs !

Et quand on connait l’articulation aux USA entre les chiropracteurs et es physiothérapeutes, la situation devient plus qu’inquiétante.

D’autant que les chiropracteurs, eux, ne seront pas cotisants à l’ordre puisqu’ils ont déjà leur propre structure à vocation ordinale. Donc si nous espérions avoir une quelconque influence… C’est très mal parti.

Le pire dans tout cela ? Ils savaient… Ils ? Qui donc ? Et bien notre conseil de l’ordre adoré !

En effet nous avons appris sur un réseau social que la présidente de l’ordre avait une première fois réussi à modérer les velléités de nos amis chiropracteurs. Mais finalement ils ont été plus forts…

Et bien la conclusion est que, encore une fois (à lire ici), le CNO a été désavoué par le ministère.

Nous avons donc perdu le massage, nous sommes en train de perdre la physiothérapie via les chiros, les APA sont en train de nous saborder la rééducation, les sages-femmes ont mis la main sur le périnéal… Merci aux élus de travailler d’arrache pied pour… Rien…

 

Nos principaux « concurrents » sont ostéopathes, chiropracteurs, APA, Staps, Coach sportifs etc…

Il est vrai que nous nous sommes animés par la confraternité, tout va bien dans le meilleur des mondes. Nous n’avons ni ennemis, ni concurrents, ni mécréant qui s’installe à côté de chez nous avec une enseigne lumineuse que l’on voit à des kilomètres, un site internet agressif et une publicité mensuelle dans le journal local… Cela n’existe pas, c’est bien connu.

Le CNO pense peut être que nos amis qui ne sont pas nos concurrents vont rester les bras croisés et ne pas essayer d’améliorer leurs propres conditions, et ce, par tous les moyens ?

Reprenons le cas des Chiropracteurs. Aux USA, les chiropracteurs ont une équivalence de médecin, ils peuvent utiliser toute une batterie d’adjuvants thérapeutiques, y compris la thérapie manuelle et la physiothérapie. Ils peuvent d’ailleurs prescrire les deux et hiérarchiquement ils sont situés au dessus de ceux-ci.

Relisons les écrits des années 70 (et oui…) des associations de chiropracteurs et d’ostéopathes pour nous apercevoir que cela fait 40 ans que ces associations veulent les mêmes conditions d’exercice en France qu’aux USA. Le discours n’a pas changé, la volonté est d’aller vers un statut fort.

Et vous savez quoi ? Ils ont raison de défendre leur profession. C’est nous qui sommes assez stupides pour nous croire plus forts qu’eux.

 

Le lobbying 

Voilà la clé… Avoir une influence majeure sur les décisionnaires. Là encore, n’oublions jamais que ces pratiques viennent directement des USA, là où le lobbying est majeur, totalement libre et autorisé.

Et notre lobbying est bien faible et semble totalement inefficace face à celui de nos « concurrents ».

Nous avons juste 40 ans de retard sur le sujet.
Deux exemples simples… Nicolas Sarkozy, alors président de la république allait très régulièrement chez l’ostéo (étiopathe pour les puristes) Jean-Paul Moureau. Qui se souvient du Kiné du président ? A-t-il seulement prononcé une seule fois le mot kinésithérapeute durant son mandat (ou même avant et après) ?

Qui se souvient aussi de quelle personnalité politique Française a introduit au détour d’une petite phrase la notion d’ostéopathie dans notre système législatif ? Bernard Kouchner. Médecin, fondateur de médecin sans frontière, alors ministre de la santé… Nous nos partisans sont où ? Et qui sont ils ? Hou là… Il va falloir chercher… Ha si… Nous avons une député… Peut être qu’un selfie avec Justin Bieber ?…

Le lobbying de notre ordre ne fonctionne pas. Et comme bien sur, tout est hermétique, que nous n’avons aucun droit de regard ni intervention possible dans cette démocratie façon « bananière », l’ordre continue son action sans même se poser de questions ni nous poser de questions.

Concernant l’exercice salarié, l’ordre doit faire face aux plus puissants des lobbys de France… Il s’appelle CGT, CFDT, FO, Sud… ! Et si l’ordre croit pouvoir faire face à ceux là… J’en rigole d’avance.

Car chez les syndicats de salariés, point de moralité, de confraternité ou encore de langue de bois. Ce sont des syndicats, des vrais, pas des système ordinaux.

Action, influence, propositions, négociations sont ce qui les animent. Et nous parlons là de millions de salariés représentés, pas d’une poignée d’élus par 2-300 personnes au détour d’un poste départemental. Si au moins notre président(e) était élu(e) au suffrage direct, nous pourrions dire que qu’il ou elle nous représente… Ha oui c’est vrai, l’Arlésienne, ce n’est pas l’ordre qui décide de cela…

 

La démonstration de puissance

L’ordre depuis sa création est en mal de reconnaissance et n’a jamais su démontrer ni son utilité ni son intérêt auprès des kinésithérapeutes, les résultats des élections parlants d’eux même (à lire ici).

C’est pourquoi régulièrement il essaye de « faire le beau » et de démontrer sa « toute puissance ».

Pour rester dans le sujet chiro-ostéo, l’ordre nous a donc gratifié d’un avis sur la pratique crânienne pour démontrer toute sa splendeur et sa puissance de nuisance ! Quelle blague…

Non seulement cet avis a fait rire quelques milliers de praticiens de Kirksville à Wellington, certains représentants des ostéopathes s’inquiétant même de la santé mentale des membres de notre conseil national de l’ordre, mais en plus cet acte a montré que finalement les kinésithérapeutes n’étaient pas à même de pratiquer toute l’ostéopathie et a renforcé la notion de supériorité que les ostéopathes peuvent avoir à notre égard…

L’ordre, par cet acte, a donc renforcé la hiérarchie entre ostéopathes et kinésithérapeutes.

Et attention, telle l’Arlésienne, il va remettre le couvert avec l’ostéopathie viscérale. Très bien, continuons à nous enfoncer politiquement.

D’ailleurs j’aimerais bien savoir combien de kinésithérapeutes ont été inquiétés par l’ordre pour pratique de l’ostéopathie crânienne…

Encore un « truc » qui nous a couté une fortune, le chiffre de 18 000€ avait été avancé à l’époque de mémoire, et qui ne sert strictement à rien.

De fait, je ne sais pas si l’on peut considérer que notre profession ait réellement eu un intérêt dans cet avis…

Il aurait certainement été plus favorable pour le CNO de suivre l’exemple du conseil de l’ordre des médecins vis à vis des « médecines alternatives ». Position que le CNOM a d’ailleurs rappelé très précisément il y a quelques jours suite à la parution d’une tribune contre l’homéopathie et plus généralement les « fake médecines ».

 

La réalité économique

La réalité de notre monde est que oui nous avons bel et bien de plus en plus de concurrents. Et des concurrents qui ne jouent pas avec les mêmes armes que nous. Nous, nous sommes bridés. Par la convention et par notre code de déontologie qui est aussi poussiéreux que stupide.

Mais soyez rassurés, ce n’est pas le CNO qui édicte le code de déontologie… Ce n’est jamais de leur faute… Toujours la même Arlésienne…

Pourtant la solution est simple, si nous supprimions le conseil de l’ordre, nous aurions une plus grande marge de manoeuvre !

Car le refrain est connu. « Nous avons beaucoup travaillé, mais malheureusement, nous avons perdu ». Comme quoi il semblerait que la première qualité pour être élu au CNO, c’est de savoir perdre !

Si au moins nous savions quel a été ce si long et si acharné travail qui a été fait. Nous pourrions peut être dire « ils se sont bien battus ».

Or, rien.

Aucune information. 

La « comm’ » ça s’apprend, et visiblement c’est trop compliqué pour certains. Pourtant avec 13 millions d’euros de trésorerie, on devrait pouvoir se payer un ou deux conseillers sur le sujet non ? Mais bon, visiblement, communiquer n’est pas ni une mission ni une priorité de l’ordre.

L’autre réalité est que nos « concurrents », eux, ne sont pas inactifs et si le CNO a pu croire qu’il suffisait de dire « attention je vais me fâcher » pour croire que les associations professionnelles de ces concurrents allaient rester sagement dans leur coin… Et bien le constat est bien triste.

Nos concurrents communiquent, avancent leurs idées, leurs combats et marquent des points tous les jours.

Enfin l’ostéopathie ou la chiropraxie ne coûtent pas un centime à l’assurance maladie et pour l’instant toutes les propositions de l’ordre, à l’image de la prise en charge des urgences (à lire ici et ici), se fait en dehors des considérations conventionnelles. À croire que soit le CNO n’a vraiment aucune vision logique de notre profession, soit il joue le jeu de nos concurrents. Dans les deux cas, c’est inquiétant ! En tous cas j’aimeriais bien savoir si la campagne sur la notion d’urgence a fait gagné quoi que ce soit à qui que ce soit… Si les patients ont vu une réelle avancée dans leur prise en charge, les économies dégagées pour la sécurité sociale et le ratio bénéfice/risque ainsi que bénéfice/coût.

Car les chiros-ostéos-APA-coach and co ont bien compris que devenir « profession de santé » n’était pas un aboutissement. Faire la même chose sans les contraintes mais en ayant toutes les libertés à côté, c’est bien plus intéressant, surtout le domaine de compétence grandit tranquillement mais surement.

À quand la première maison de santé financée par un chiropracteur et salariant des kinésithérapeutes ?

La vraie question étant, en toute franchise, et avec une analyse objective et dénuée d’émotionnel. « Auraient ils tort de s’en priver ? ». Le corolaire étant « n’ont ils pas raison et nous tort ? ». Oui, je sais. Cela n’est pas agréable à lire, surtout quand on se rend à l’évidence que la réponse à ces deux question est « oui ».

 

L’avenir…

Comme ma volonté est d’aider mon prochain, je vais donner un grand coup de main à nos très chers élus du conseil national de l’ordre…

Les ostéos-chiros s’intéressent de plus en plus effectivement aux maisons et établissements de santé ainsi qu’aux fédérations sportives. Vous voilà prévenus !

Ainsi la prochaine fois que vous entendrez un politique prononcer les mots « maison de santé » et « ostéopathes » dans la même phrase à l’image du petit commentaire de monsieur Kouchner en 2002, vous comprendrez qui a réellement gagné.

Perosnnellement je vois dans cette situation trois possibilités.

Dans tous les cas malheureusement pour lui, l’exceptionnel travail acharné de nos élus bénévoles non rémunérés à leur juste valeur n’est pas considéré par nos ennemis ni par notre propre profession.

Peut être devrions nous demander à madame la ministre de modifier les textes régissant les ordres et introduire une ROSP ordinale ! Dossier perdu, pas un sou, pas de bol. Dossier gagné, on compte les points et on vous donne un forfait… Vu le nombre de dossiers perdus… 

Peut être serait il temps que l’ordre assume ses erreurs. Peut être serait il temps que notre ordre se remette totalement en question. Peut être est il temps que nous prenions conscience que le seul monopole qui reste dans notre profession est celui de gouverner cette même profession. Peut être devrions nous réfléchir au fait que nous n’avons aucun moyen d’évaluer notre CNO. Aucun moyen de leur dire « stop vous êtes inutiles et avez fait n’importe quoi »...

En fait… Si… Il faut utiliser la démocratie à son avantage pour pouvoir dire en toute confraternité: « tu es le maillon faible, au revoir ». Et sachez le, la démocratie permet cela…

 

Conclusion

Le conseil de l’ordre a encore une fois été mis à l’amende par le législateur qui ne cesse de montrer qu’il se moque éperdument du CNO.

Il avoue aussi à demi mot qu’il est totalement impuissant sur le volet salarial de notre profession. 

Si j’étais à la place de nos élus, je m’interrogerais sur le fondement de mes actions et la façon dont je les organise, car visiblement l’avis de l’ordre n’intéresse pas le législateur.

Par ailleurs, tout le monde s’est réjouis il y a peu de l’annonce de madame la ministre concernant l’universitarisation des professions de santé… Réjouissance de courte durée puisqu’à peine quelques jours après, nos syndicats et l’ordre ont fait paraître un communiqué commun pour alerter de faits que nous savons déjà à savoir que le garde master n’est pas prévu et que le financement des études était à revoir, comme c’est étrange ! 

Et bien, vu comment notre ordre est écouté et comment il agit, personnellement cela m’inquiète…

 

Vincent Jallu