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Monsieur Macron s’est enfin déclaré candidat à l’élection présidentielle. Avec lui, notre présidente du conseil national de l’ordre, madame Mathieu, le soutient activement puisqu’elle est référente santé pour le candidat.

Le candidat Macron, dont la stratégie est simple, avoir le moins de débat possible, « je suis le meilleur donc réélisez moi », a somme toute commencé à dévoiler son programme santé il y a quelques jours.

 

Renforcer les assistants médicaux pour les médecins, assigner un référent infirmier aux pharmaciens etc. Il souhaite aussi contrôler les installation des libéraux et lutter contre les dépassements d’honoraires sous toutes leurs formes, rendre possible la 4e année d’internant en pratique dans un désert médical.

Par ailleurs monsieur Macron propose la retraite à 65 ans (ce qui certainement impliquera 67 ans pour nous, au mieux).

Madame Mathieu a donc décidé d’afficher publiquement son soutien à ce programme.

Nous noterons d’emblée, comme à l’habitude, que cette décision n’a subit aucune concertation et dans le mépris le plus total de notre profession. Si il est compréhensible que cette décision reste personnelle, elle interfère directement avec la fonction de madame Mathieu.

Nous comprenons mieux pourquoi certains supportent la vision jupitérienne de monsieur Macron. « Je suis le président, j’impose ma vision et c’est ainsi ». Qui se ressemble s’assemble… 

 

Mon questionnement est simple

Le problème n’est pas déontologique, en tant que kinésithérapeutes, nous avons tous entièrement le droit de s’engager politiquement à titre privé. Nous ne pouvons d’ailleurs que nous féliciter pour ces engagements.

Non le soucis n’est pas du tout là.

 

Une fois l’engagement passé, intervient le courage de ses convictions et la non aliénation de ses idées.

La problématique se pose donc avec la fonction de président du CNO.

Est-ce compatible d’être président d’un conseil de l’ordre, tout en étant influencée par les obligations d’une campagne présidentielle ?

Peut-on d’un côté être le/la représentant(e) national(e) d’une profession et en même temps aliéner cette profession aux idées d’un candidat ?

Voilà la vraie question…

 

Car oui en réunions interprofessionnelles, les choses commencent à se savoir et les kinésithérapeutes sont parfois assimilés à des soutiens actifs de monsieur Macron.

Que va-t-il se passer auprès des français ?

Vont-ils assimiler les kinésithérapeutes à des suceurs sans cervelle de la politique macroniste ?

 

Une grande première

Nous n’en avons encore pas vraiment conscience, mais madame Mathieu vient de créer un précédent sans pareil. Un grand merci à elle.

Le conseil de l’ordre n’a pas pour mission de s’occuper des relations conventionnelles.

Par ailleurs, vous le savez certainement les négociations conventionnelles actuelles sont un échec et la CNAM ne nous propose que 43 centimes d’augmentation en plusieurs étapes dans le plus grand des mépris.

 

En s’immisçant dans la campagne présidentielle, madame Mathieu a fait un potentiel lien entre le conventionnel et l’ordinal.

 

Madame Mathieu possède deux pouvoirs, le premier est exécutif via l’ordre. L’autre est potentiellement législatif via la préparation du programme macroniste.

Moi qui pensait que la séparation des pouvoirs était de mise…

Et oui, nous avons des dictateurs aux portes de l’europe mais il est fort possible que nous en ayons aussi à l’intérieur de notre pays.

 

Notre présidente de l’ordre soutient donc directement et activement la politique de non augmentation des kinésithérapeutes puisque c’est la politique définie par le gouvernement actuel.

Nous pouvons donc dorénavant lui demander pourquoi un tel mépris de 43 centimes étalé en deux fois.

Doit on en conclure que notre ordre tout entier soutient l’absence d’augmentation et le mépris de la profession ?

 

Nous nous devons d’interroger la présidente du conseil national de l’ordre sur ces mépris conventionnels !

Elle s’est placée dans cette situation ambiguë, elle se doit d’en assumer les conséquences. Elle possède deux casquettes, elle se doit de répondre aux questionnements des deux univers.

 

Pire, madame Mathieu ne risque-t-elle pas de voir sa pensée être aliénée par les obligations de campagne ? Elle, si acharnée contre les « fakemed » ira-t-elle les défendre dans un but purement électoraliste ? A-t-elle encore son libre arbitre sur des sujets sensibles de santé publique et n’a-t-elle pas influencée des décisions de notre CNO en fonction de ses obligations politiques liées à la campagne présidentielle ?

Et là, nous touchons du doigt un réel problème déontologique.

 

Je sais qu’il est difficile de faire entendre raison à madame Mathieu.

Elle qui n’a jamais eu le courage de demander aux kinésithérapeutes ce qu’ils pensaient de ses actions ou de celles du CNO, elle qui n’a jamais reconnu son erreur avec « les cabinets doivent fermer » alors que même le cabinet du ministre reconnait cette erreur…

Je n’ai pas non plus de doute sur le fait que la commission de déontologie du CNO ferme lamentablement les yeux sur ces problématiques, ni sur le fait que l’opacité connue du CNO reste de mise.

 

Mais n’est-il pas temps pour le CNO de prendre ses responsabilités et de dire à madame Mathieu « ta position dans cette campagne nous met en porte à faux et n’est pas compatible avec la fonction de présidente du CNO » ?

 

N’est-ce pas le « bon sens » pour reprendre cette expression, si chère à Madame Mathieu, de ne pas mettre la kinésithérapie en porte à faux avec ses velléités politiques ?

 

Et vous ?

Souhaitez vous être représenté par une personne qui soutient activement la paupérisation de notre profession, l’absence de reconnaissance financière de notre travail, la volonté de nous faire travailler toujours plus et qui, à aucun moment, n’a été dans la confrontation des idées mais uniquement dans une vision unilatérale ?

 

Vincent Jallu