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Il y a quelques jours a eu lieu un colloque du conseil national de l’ordre ayant pour sujet la prise en charge des urgences et un peu plus largement, l’accès direct à la kinésithérapie.
Cette réflexion faisant suite à la loi santé de janvier 2016, c’est avec presque un an et demi de retard que l’ordre a commencé les réflexions avec les syndicats au printemps 2017.
J’avais déjà émis de gros doute sur l’apport de ces réflexions en soulignant le manque d’ambition et la totale non maitrise du dossier sur le plan pratique du quotidien des professionnels. (à lire le premier et le second article sur le sujet)
Pour celles et ceux qui n’ont pas eu le loisir, le temps ou le courage de voir en entier ce colloque, vous pouvez le revoir en cliquant ici.
Il faut l’avouer, hormis quelques détails d’ordre esthétique (les goûts et les couleurs…), la présentation est soignée, le partage via internet est plaisant et la diversité des intervenants est intéressante.
Cependant, ce colloque n’a rien apporté de plus que ce qui a déjà été dit pour notre quotidien. Au risque d’enfoncer une porte ouverte, depuis janvier 2016, avez vous l’impression que votre situation ait profondément changée quant à l’accès direct et la prise en charge des urgences ?
Non. J’ai tout de même eu l’impression d’assister à une réunion de gens parfois déconnectés de la réalité du terrain et qui s’écoutent parler en frisant parfois l’onanisme intellectuel…
Beaucoup de parole, aucune concrétisation, aucun acte, comme pour la réunion de printemps en marge des JFK, enfonçons des portes ouvertes et gratifions nous de ne pas avancer.

 

En libéral
Je tiens tout de même à remercier monsieur Revel, qui a su avec tact mais sans la mesure, rappeler les réalités quotidiennes des kinésithérapeutes. Il n’y aura pas de création d’acte pour la prise en charge des urgences. La tarification à l’acte vit ses derniers instants. Et si l’ordre indique que l’accès direct peut ou doit être tarifé en dehors de la convention, c’est peut être en oubliant la concurrence mais surtout que la prise en charge, compte tenu que nous sommes des professionnels indexés au code de la santé publique, doit s’inscrire dans l’ensemble du parcours administratif du patient pour répondre à notre mission de santé publique.
Facturer une urgence en dehors du cadre conventionnel n’est pas valorisant pour notre profession.

L'UNCAM refuse la tarification à l'acte ? Et bien adaptons nous, c'est notre métier non ? Créons un forfait urgences ! Appliquons le mode de tarification de l'hôpital à nos cabinets.

 

Une procédure claire et définie.
Accueil du patient.
Estimation de l'urgence.
Lecture de carte vitale, création du dossier (futur accès au DMP).
Redirection si l'urgence n'est pas kinésithérapique.
Traitement direct si réelle urgence (pose d'une contention en cas de suspicion de fracture par exemple), ou mise en attente (hé oui nous avons aussi des patients qui ont des rendez-vous) si l'urgence est modérée (lumbago sans complication par exemple).
Pas de paiement à l'acte mais un paiement global au forfait. Une tarification simple et définie à l'avance pour que les praticiens savent si ils s'engagent ou non dans cette voie. Étude de la faisabilité, étude de rentabilité, comme dans les structures hospitalières. Mise en place de moyens si besoin et pourquoi pas , accès à la prescription, etc...

Voilà le type de procédure qu'une profession mature et réfléchie doit proposer et non pas "osons2017" façons "guignols de l'info" qui nous prendrait presque pour le "gang des patates"... (désolé pour les plus jeunes qui ne comprendront pas cette allusion).

 

En salariat
J’aime beaucoup l’attitude actuelle de l’ordre pour séduire le monde salarié sur lequel il n’a aucune emprise hormis financière. En écoutant les protagonistes j’ai eu l’impression d’atterrir sur une autre planète. Il y’a presque 20 ans quand j’étais dans un service d’urgence, nous étions déjà membre à part entière de l’équipe avec des missions et des actes définis. Heureusement que nous n’avions pas attendu la création de l’ordre et sa pensée sur le sujet !
De plus croire que l’ordre peut avoir une influence sur l’organisation intrinsèque d’un service qui suit des règles administratives encore plus contraigantes qu’en libéral, voilà une douce utopie.

Avec un peu plus d’un an et demi de retard sur la parution de la loi santé, l’ordre nous a gratifié d’une belle présentation mais vide de sens.
Rendez vous l’année prochaine, et pour conserver le délai de « réflexion », en 2018 il est fort à parier que le colloque sera sur la sauvegarde de l’exercice salarié…

 

Définition de l’urgence
L’urgence n'est pas celle du patient, mais celle qui est clairement définie. Ne pas définir l'urgence et ne pas l'associer à un guide pratique des actes à effectuer est une erreur majeure une non compréhension du monde technocratique qui nous entoure et un signe d'immaturité professionnelle.

Il existe dans le monde médical, une spécialité qui est soumise à prescription mais aussi accessible directement et qui a réfléchi longuement sur la notion d’urgences. Je parle là de la radiologie.
Ces radiologues qui ont su par le biais de consensus définir chaque urgence (a lire ici) en fonction des contraintes médicales mais aussi administratives. Ça... C'est un travail bien fait !
Tout est codifié. Le radiologue a une trame très précise des actes qu’il peut effectuer tout en conservant son analyse, son diagnostic et sa prescription. Et même si nous n’avons pas le même niveau de responsabilité, de diagnostic et de prescription, nous devons nous inspirer de ce type de travail.
Nous devons montrer notre maturité et le sérieux de notre formation dans le traitement des urgences. Nous devons avoir un dispatching clair et pouvoir réagir selon des critères fixés et lisibles.
Il ne faut vraiment pas avoir une once de conscience du monde administrativo-médical auquel nous sommes confrontés au quotidien pour dire que l'urgence est celle du patient. Dans tous les services dédiés, la première personne que l'on a au téléphone ou que l'on rencontre est un dispatcheur. Ce véritable régulateur et organisateur du soin (oui je n'aime pas les anglissismes), à l'arrivée du patient, estime la situation et décide si oui ou non c'est une urgence et si oui ou non la prise en charge doit être immédiate, dans les minutes, dans l'heure ou plus tardivement. C'est cela la vraie définition de l'urgence ! L’urgence doit être définie, codifiée et nous devons avoir pour cela une trame extrêmement claire.

Qu’attendent les syndicats, les sociétés savantes, le collège de masso-kinésithérapie et tous les autres pour s’exprimer sur le sujet et définir clairement notre action ?

N'osons pas 2017, mais montrons que nous voulons sortir de la médiocrité ambiante !
Inspirons nous des « paramedics » anglo-saxons, inspirons nous des autres professions et spécialités qui gèrent déjà les urgences, mais ne restons pas à nous regarder le nombril !
Montrons notre professionnalisme, notre maturité et prenons le pas sur d’autres profession concurrentielles qui traitent déjà en accès direct.

Mesdames, Messieurs les syndicalistes, prenez en main la mise en place d’un consensus, montrez que vous avez la stature pour le faire et montrez que le mercantilisme ou le pouvoir ne sont pas une fatalité. L’ordre n’est pas à même de discuter et de négocier avec l’UNCAM et les instances hospitalières. Allez vers les tutelles, voyez ce qui est possible, examinez la faisabilité, établissez la mise en place des urgences, définissez le cadre en prenant exemple sur ce qui est existant ailleurs, et là… La profession pourra évoluer.

 

Vincent Jallu