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Voilà, nous le savons désormais, c'est Emmanuel Macron qui présidera notre pays pour les cinq prochaines années.

Je vous propose une analyse un peu plus engagée de son programme.

 

Du point de vue des salariés

Emmanuel Macron a annoncé la fin des 35 heures avec avec des variabilités du temps de travail en fonction de l'âge. Ainsi le temps de travail pourrait descendre à 32h par semaine pour les plus de 50 ans. L'âge de la retraite aussi pourrait être fluctuant entre 60 et 67 ans.

Inutile de penser que l'on pourra travailler 32h par semaine et partir à 60 ans en retraite... cela n'est qu'utopie, ou alors avec un montant de retraite qui sera proche de celle d'un moineau.

Les grilles salariales étant déjà largement défavorables aux kinésithérapeutes, il est fort à parier que ces aménagements seront complexes à vivre et à organiser pour les salariés.

Il a par ailleurs indiqué qu'il ferait une large concertation sur le travail à l'hôpital pour lancer des réformes en profondeur concernant la gouvernance, l'organisation et la tarification. Son programme suit le pas de celui de madame Touraine.

Monsieur Macron a toutefois précisé qu'il étudierait l'attractivité des carrières et les conditions de travail...

 

Du point de vue des libéraux

L'exercice libéral va bientôt n'avoir de libéral que le nom. En effet, monsieur Macron est très axé sur les maisons de santé, les regroupements et avec l'approche de la future convention et je n'en doute pas une seule seconde, l'arrivée du conventionnement sélectif, notre profession va subir de plein fouet les dommages collatéraux.

En effet, le kinésithérapeute est le plus mal positionné dans les maisons pluridisciplinaires, maisons de santé et autres formes de regroupement. Nous utilisons une grande surface avec des revenus faibles. Notre pouvoir d'investissement est donc réduit et pourtant c'est bien nous qui avons besoin des plus grandes surfaces.

Beaucoup de praticiens seront limités à la location et ceux qui pourront investir, avec l'aide du conventionnement sélectif seront en position de force lors de leur départ à la retraite recréant ce que les gens de ma génération ont pu connaitre avec les reventes de patientèles, là nous vendront un emplacement... N'en doutons pas, si les maisons de santé peuvent être de superbes générateurs de Santé (avec un grand S), financièrement pour nous, masseurs-kinésithérapeutes, cela peut être de magnifiques pièges à rats !

Au final, cela créera un différentiel important en creusant les écarts entre les professionnels pouvant financer et ceux ne le pouvant pas.

Loin de moi l'idée de refouler le concept des regroupements de professionnels, je ne traite là que de l'aspect financier. Car ne l'oublions pas, les libéraux sont en pleine responsabilité de leur cabinet.

Notons aussi la disparition programmée du RSI. Cette belle annonce est attrayante pour les praticiens non conventionnés, cependant, ce qui est dérangeant dans le RSI ce sont les conditions administratives et de gestion. Là encore si les cotisations sont juste transférées d'un organisme à un autre, cela n'y changera rien.

Seul point réellement positif du programme, la possible apparition d'une prise en charge au titre du chômage pour les libéraux.Très objectivement, je ne sais pas comment cette mesure sera applicable sans entrainer de surcout de charges, mais si tel est le cas, compte tenu des possibilités de remplacement et de l'organisation des kinésithérapeutes, je vais peut être fermer mon cabinet, ne faire que des remplacements et n'avoir aucune responsabilité à supporter !

 

Du point de vue des praticiens conventionnés

Monsieur Macron va certainement si ce n'est tuer, au moins affaiblir le système conventionnel. En effet, l'un des avantages conventionnels est la minoration des cotisation d'assurance maladie, ce qui représente tout de même presque 9% brut. Or, monsieur Macron préconise la suppression des cotisation d'assurance maladie tout en augmentant la CSG de 1,75%.

Les praticiens conventionnés perdraient donc cet avantage conventionnel sans profiter d'une quelconque "avancée fiscale" tout en subissant la hausse de CSG. Au final pour ces praticiens, cela représente une perte au yeux de la convention (cela aura t il encore un sens, financièrement parlant, d'être conventionné ?) et une perte de 1,75%, sachant que l'on ne sait pas encore si cette hausse sera portée sur la fraction déductible ou non.

Monsieur Macron a aussi proposé les paiements selon forfaits et plus à l'acte comme actuellement.

Il suffit de regarder ce qui se passe chez nos amis chirugiens dentistes pour s'apercevoir qu'ils sont mécontents de leurs forfaits.

Si l'idée peut être intéressante, il faut aussi que le dit forfait soit valorisé à la hauteur de la prestation. Pour l'instant aucune explication de texte, affaire à suivre...

Enfin, en tout début de campagne, Emmanuel Macron avait parlé d'une éventuelle prise en compte des séances annulées ou non excusées. Des dispositions existent déjà, et de plus il n'est jamais revenu sur ce point pour expliquer sa mise en oeuvre.

N'oublions pas enfin, que même si monsieur Macron a indiqué que le système serait progressif, il est entièrement favorable au tiers payant généralisé.

 

Du point de vue des étudiants

Monsieur Macron a fait de la prévention l'un des axes majeurs de son programme santé. Ainsi il a annoncé "il vaut mieux investir 1€ aujourd'hui dans le préventif que 5€ demain dans le curatif"

Excellente proposition que voilà... Cependant, il a parallèlement promis un "service sanitaire". Celui-ci obligerait les étudiants a pratiquer dans les entreprises, les administrations, les structures de santé, les écoles, des actes de prévention, de dépistage et de sensibilisation.

Excellente manoeuvre pour avoir de la main d'oeuvre peu onéreuse, ne pas avoir à payer les professionnels en exercice et au final avoir un système de prévention gratuit ou presque.

Sorti de cela, les étudiants ont été les laissés pour compte de la campagne... J'attire de suite l'attention de ces derniers. Il est de votre devoir de demander la totale gratuité des études avant un quelconque service sanitaire. Il me semble totalement injustifié de vous demander de travailler alors même que le coût de votre scolarité est exorbitant.

 

Les élections législatives

Ne l'oublions pas la politique générale du pays n'est pas engendrée par le président seul mais par une équipe dirigeante et décisionnelle. Les élections législatives seront donc déterminantes quant à l'avenir des propositions de monsieur Macron.

Un cohabitation est largement envisageable et je ne manquerais pas de vous indiquer les différentes orientations qu'une telle situation pourrait engendrer pour nous.

 

Vincent Jallu