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Voici une nouvelle qui pourrait bien révolutionner l’organisation de notre métier. Et pourtant, à ce jour aucune de nos instances, tant syndicales qu’ordinales ne semblent avoir présenter d’intérêt pour cette révolution.

En effet, le gouvernement a décidé à titre expérimental de supprimer la possibilité de redoublement en première année de PACES.
Si effectivement cette annonce ne semble pas au premier abord changer la face du monde, il se cache derrière cela des problématiques beaucoup plus insidieuses qui influent directement sur notre profession.

 

L’avènement du PACES
Aujourd’hui, médecins, dentistes, pharmaciens, maïeutiques et kinésithérapeutes sont concernés. Nul doute que demain l’ensemble des professions de santé passeront par la Première Année Commune aux Études de Santé.
La vraie problématique ne réside pas dans ce fait, mais dans le point clé de cette PACES… Le concours !
Ce concours stupide qui ne sert qu’à fabriquer des cerveaux mais en aucun cas à créer un réel engouement pour ces métiers qui sont avant tout basé sur la relation humaine.
Si vous vous demandez pourquoi le « médecin de famille » a disparu et pourquoi aujourd’hui il n’y a plus que des machines à prescrire inhumaines, c’est peut être à cause des deux concours aussi stupides qu’inutiles à l’entrée et à la sortie des études médicales.
N’en doutez pas le phénomène se propage ! Chez nous aussi… Quand un stagiaire passe dix minutes à vous expliquer la dernière étude EBP alors qu’il n’a même pas eu la politesse de dire « bonjour », de se présenter et que pendant son exposé il tourne le dos au patient sans même le prendre en considération… Oui, j’avoue cela m’agace profondément.

Le fait est, qu’avec cette annonce, la PACES et son concours deviennent encore plus sélectifs. Nous auront dons encore plus d’intellectuels et encore moins d’humains. rappelons que seuls 16% des candidats inscrits obtiennent le concours…

Se pose alors deux questions…

 

Pourquoi encourager la frustration ?
En effet, ce phénomène connu depuis la création du concours, à savoir « j’ai pas eu médecine, j’ai eu dentaire, je vais le faire ça, on verra bien » n’a que pour finalité de créer une forme de frustration et de remords à terme. Combien se disent 20 ans après « j’aurais pu » ?
Le système du concours ne sélectionne pas les gens sur leurs aptitudes à être médecin, dentiste, sage-femme ou kinésithérapeute, non. Le système du concours ne fait qu’évaluer stupidement les étudiants sans prendre en compte la réalité des professions.
Une des solutions à cette problématique pourrait être d’organiser un examen théorique et un entretien. Entretien qui pourrait être organisé avec un jury composé de professionnels de chaque section et d’un psychologue qui pourraient donner une chances aux plus motivés de pallier un peu leur manque intellectuels et à l’inverse de modérer les « machines à concours » qui seraient dénués de toutes qualités humaines.

Il faut signer la fin du numerus clausus, la fin de l'auto-protectionnisme carabin, et la fin de la déshumanisation des professions de santé.

 

Pourquoi rendre la filière moins attractive ?
Plus un système est sélectif, plus le nombre de gens qui se présentent a tendance à diminuer. Ne serait-ce que par la crainte de l’échec.
Le gouvernement sait-il que nous manquons de soignants ?
Le nombre de déserts médicaux explose. La filière médicale libérale est délaissée. Tout le monde demande des augmentations de numerus clausus.
Mais comme toujours en France, nous faisons l’inverse de ce qu’il faudrait faire !
Quand une filière est en paupérisation, on augmente la sélection… Quoi de plus logique !

 

Explosion des « prépas »
Il est clair et net, que cette nouvelle va avoir une conséquence simple qui va être l’augmentation du nombre d’étudiants en prépa-paces. Et fatalement, la sélection par l’argent !
Celui qui pourra se payer une prépa aura plus de chances que celui qui ne le peut pas.
Vous noterez au passage, que supprimer le redoublement et le remplacer par une année de prépa, cela ne change en rien le nombre d’années d’études au final !
L’âge de sortie des médecins sera le même ! Et toutes celles et ceux qui changeraient de voie auront toujours perdu 2 années.
De fait, cette mesure ne sert donc à rien.

 

L’année de transition
Comment l’état va-t-il gérer l’année de transition où les derniers « redoublants » seront toujours présent et les premiers « sans redoublement possible » vont arriver ?
En effet, les doublants auront un large avantage sur les primants.
Est-ce égalitaire ? D’autant que les primants, eux n’auront pas le droit à l’échec !...

 

Le fond du problème… la retraite, l’argent !
Si cela peut parraître anodin de gagner 1 seule année d’études, il faut tout de même s’attarder sur la problématique.
Il faut entre 9 et 12 années après le baccalauréat pour finaliser ses études.
Un médecin arrivera donc au mieux sur le marché du travail entre 27 et 30 ans.
Lorsque vous rajoutez 42 annuités de cotisations retraite… 69 et 72 ans !
C’est là où l’on comprend l’intérêt de ne pas perdre un an !
Avec une espérance de vie à 79,5 ans pour les hommes et 85 ans pour les femmes… la retraite va être courte !
Alors oui, l’étudiant cotise durant ses études pour amortir cela, mais lorsque l’on cotise pendant 7 ans pour l’équivalent de 2 années pleines au régime de base… N’y aurait-il pas comme un manque à gagner quelque part ?

Toujours au titre des retraites, pensons à ceux qui échouent… Quand vous êtes obligés de changer de filière parce que vous avez échoué, vous avez perdu 2 années. Et ces deux ans, repoussent d’autant votre départ en retraite. Et sur ces deux années, vous n’avez rien cotisé. Et vous ne pourrez rien racheter le cas échéant.

N’oublions pas que former un médecin ou un kinésithérapeute coûte cher. Oui… Mais a-ton seulement calculé ce que rapportait un étudiant ?
J’aimerais bien savoir comment feraient les hôpitaux sans stagiaires ? et je vous l’avoue, je serais curieux de voir un service de médecine sans interne et sans externe ! Cela pourrait être comique.
L’ensemble des structures hospitalières ne vivent que grâce à la présence d’étudiants sous toutes leurs formes.
Donc le coût des études, oui, mais il est largement compensé par le service rendu.

Pensons aussi qu’aujourd’hui l’âge de mortalité reculant, nous sommes confrontés à un énorme problème au niveau des retraites. Aujourd’hui 42 annuités, mais demain ? 45 ? 50 ?
Iriez-vous dire à un étudiant « alors… vous sortirez de vos études à 30 ans et vous aurez doit à la retraite à 80 ans ? Vous mourrez à 82 mais ça… c’est un détail ! »

 

La vraie solution pour les retraites
Comptabiliser les années d’études à taux plein pour le calcul de la retraite.
Nous le savons tous, sans les étudiants aucun hôpital de France ne fonctionne.
Former un médecin ou un kinésithérapeute coute cher, certes, mais nous avons largement remboursé notre coût par notre travail durant nos études.

Plutôt que d’augmenter la sélection, le législateur devrait attirer les jeunes vers ces filières et proposer dès la 3e année, une prise en charge à taux plein de l’ensemble des années de formation pour l’ensemble des professions de santé inscrites dans le système LMD.

Ainsi un médecin sortirait à 27 ans avec 6 années de cotisations et une retraite à 63 ans, ce qui serait plus en adéquation avec l’âge légal de la retraite en France qui est de 62 ans.

Pour le kinésithérapeute, celui-ci sortirait à 23 ans avec 2 annuités, soit un départ à la retraite lui aussi à 63 ans.

Seulement voilà… tout ceci coute cher ! et le législateur souhaite faire des économies, comme toujours, là où il ne faut pas.

Si cher que cela ?
Pas sur… La cotisation de base à la Carpimko est à 461€ par an. Si l’on finançait l’ensemble du dispositif uniquement par les professionnels en activité, cela couterait moins de 8€ par mois à chaque kinésithérapeute. Ainsi les nouveaux diplômés auraient leurs 5 années de formation prise en compte. Et environ 6€ si l’on ne comptabilisait que les 4 années post PACES.

 

Vincent Jallu