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L’échoscopie, vue par un kiné, pour les kinés.
 
L’échoscopie est souvent présentée comme un outil de « diagnostique » en oubliant ce que nous sommes à la base, à savoir, des masseurs-kinésithérapeutes.
En effet, à partir du moment où l’on voit à l’intérieur, et à partir du moment où l’on se positionne sur la question « est-ce un tissu sain ou non ? », nous entrons de facto dans le « diagnostique ». Il est évident qu’il faut maitriser le « normal » pour savoir déceler le « pathologique » et l’ensemble des formations proposées sont axées dans ce sens.
 
Mon approche
Je vous propose dans cet article une approche un peu différente, plus « kinésithérapique » et moins « radiologique ».
Il est évident que le kinésithérapeute qui officie au sein d’une structure sportive, avec parfois des délégations de compétences, ou si simplement la patientèle est axée sur la pratique en haut niveau, l’aspect diagnostique sera alors beaucoup plus présent que pour un kinésithérapeute ayant une patientèle plus hétéroclite.
 
Alors oui ! Évidemment on se prend vite au jeu du « diagnostique » et rapidement on regarde tout et rien. Depuis cette « petite boule » au creux de la main  (kyste synovial de l’AMP), fig 1. en passant par ce « truc qui gène sur le flanc » (lipome compressif), fig 2. ou encore ce patient qui a « un peu mal à l’épaule » mais qui finalement ira voir le chirurgien car son supra épineux est rompu à deux endroits fig 3.   
 


Fig 1

Fig. 1

Fig 2

 Fig. 2

 

Fig 3 

Fig. 3

 
Oui, il est très « flatteur » de se dire « c’est moi qui l’ai trouvé ». Mais rangeons un peu notre égo et regardons ce que nous pouvons faire au quotidien en restant dans notre champ d’action, sans jamais oublier que notre compétence est aussi la prévention et qu’un jour peut être auront nous la première intention, et là l’échoscopie prendra une dimension tout autre dans notre pratique.
 
Il est effectivement très intéressant d’adapter sa rééducation en fonction de l’évolution de la lésion identifiée. L’échoscopie est un outil de recherche remarquable qui permet d’avoir une vision et donc d’évaluer quantitativement mais aussi qualitativement parlant l’évolution d’une structure anatomique. 
L’échoscopie prend tout son sens à partir du moment où l’on oublie le diagnostique pur et dur et que l’on se consacre uniquement à la rééducation.
La visualisation des effets de sa rééducation permet d’améliorer la performance de son traitement et d’avoir une évaluation en direct tant quantitative que qualitative.
 
Ci-dessous, l’évolution d’une lame liquidienne au niveau de la patte d’oie sur trois séances fig 4-5 et 6.   
 
 

Fig 4

Fig. 4

Fig 5

Fig. 5

Fig 6

Fig. 6

En tant que thérapeute j’ai directement conclus que mon traitement était adapté. Peut être aurait il pu être plus efficace mais le résultat étant là, il n’y avait pas lieu de modifier. Si l’image n’avait pas été concluante entre la première et la seconde séance, j’aurais pu modifier en conséquence.
 
L’échoscopie apporte un biofeedback qui est à mon sens essentiel à l’organisation du soin.
 
C’est pourquoi dans l’exemple ci-après, cet extenseur étant toujours « acif » au doppler fig. 7 il m’a paru intéressant de ne pas trop contraindre les tissus pour ne pas accentuer la problématique. De la même manière avec ce ligament collatéral médial de cheville fig. 8, où même si le patient ne présentait pas curieusement d’algie ni de déficit fonctionnel, il était plus raisonnable de ne pas trop le contraindre.  
  

Fig 7

Fig. 7

Fig 8

Fig. 8

 
Nous pourrions multiplier les exemples à l’infini, mais cela ne serait que redondance. Le plus important est d’adapter votre rééducation en fonction de l’image que vous avez.
 
Savoir détourner la technique à notre profit
Dans les diverses formation que j’ai pu faire, je n’ai jamais vu personne utiliser l’appareil et détourner ses fonctions pour l’utiliser au mieux dans votre pratique.
 
Avez vous déjà pensé à utiliser le mode A ou le mode M (le mode M étant un mode A évolutif dans le temps) ?
Votre vendeur d’échoscope, ne vous aura peut être même pas parlé des modes A, M ou A+B, M+B, persuadé que vous ne les utiliserez jamais. Et c’est bien là notre force, sachons utiliser l’outil pour nous l’approprier et l’utiliser au mieux. Les coupes standardisées sont parfaites pour appréhender le normal et le pathologique, mais ne permettent pas toujours d’utiliser le fondement même de la kinésithérapie, à savoir, le mouvement !
Le mode M permet d’investiguer en temps réel une structure en mouvement. Principalement destiné à l’examen cardio-vasculaire en radiologie, ce mode nous permet à nous d’avoir très rapidement une visualisation du mouvement dans les tissus.
La seule chose à se souvenir lors de l’utilisation de ce mode d’image est que l’image est définie par rapport à la sonde. Donc cette dernière est considérée comme le point fixe de l’image. Alors que dans notre esprit, le point fixe est l’os et la sonde va bouger avec la globulisation musculaire.
Par exemple sur l’image ci-dessous fig. 9, vous pouvez voir une contraction du droit fémoral.  
 

Fig 9

Fig. 9

La partie à gauche de l’image est le point de départ. Le muscle est au repos. Au milieu la contraction et à droite de nouveau au repos. Nous avons bel et bien l’impression que ce sont les tissus (y compris l’os) qui bougent. 
En cumulant le mode B (le mode en deux dimension) avec le mode M, il est possible de faire des mesures soit statiques soit dynamiques de structures.
Ainsi sur l’image ci-dessous, en quelques secondes, en lieu et place de la mesure centimétrique de la cuisse à 15 centimètres de la base de la patella, on peut avoir une objectivation des quatre chefs du quadriceps, simplement en déplaçant la sonde au niveau de la coupe voulue fig. 10. 
 
   

Fig 10

Fig. 10

 
Il devient alors intéressant de pouvoir comparer avec le côté opposé et dans le cas d’une amyotrophie ou autre pathologies, de pouvoir adapter spécifiquement sa rééducation au chef musculaire incriminé.
Autre avantage de l’échoscopie, faire un véritable « testing » musculaire, comparatif dans le temps et par rapport au côté opposé si besoin.
En effet comme le mode M est continu dans le temps, il est facilement objectivable de comparer un sursaut musculaire fig. 11, une contraction tenue fig. 12, ainsi que la pente de la dite contraction pour avoir le temps de contraction maximale fig. 13 et fig. 14 (êtes vous prêts à réviser la chronaxie et la rhéobase ?), d’évaluer la qualité d’une contraction (légère fasciculation lors de la contraction tenue fig. 15) ou encore de calculer la fréquence d’un tremblement fig. 16 (avez vous déjà vu quelqu’un vous parler d’échoscopie dans la maladie de parkinson ?).  
  

Fig 11

Fig. 11

Fig 12

Fig. 12

 
     

Fig 13

Fig. 13

Fig 14

Fig. 14

 
 
 
    

Fig 15

Fig. 15

Fig 16

Fig. 16

 
 
Les limites de l’imagerie
La première limite de l’imagerie, c’est la formation.
Une parfaite connaissance de la zone anatomique est nécessaire, mais pas seulement l’anatomie livresque « origine-trajet-terminaison », non l’anatomie en coupe, mais aussi l’anatomie « dynamique ».
N’oublions pas non plus que notre essence, c’est la symptômatologie.
 
Le masseur-kinésithérapeute est clinicien avant tout.
 
N’oublions pas non plus que nous ne sommes pas radiologues et que l’interprétation de certaines images peut être totalement hasardeuse. Sachons aussi nous limiter à nos compétences et à notre pratique.
Réfléchissons sur le fait, que savoir que c’est la partie antérieure du tiers supérieur de tel ligament qui a le plus souffert d’un étirement est une excellente chose intellectuellement parlant, mais cela n’engendrera peut être pas une réelle différenciation dans votre traitement et votre prise en charge.
Ces limites doivent à mon sens être prises en compte si vous décidez d’investir dans un échoscope. En effet, les différences tarifaires pour passer du « détail » au « petit détail » étant exponentielles, il faut réellement se poser la question « ai-je besoin du petit détail ».
N’oubliez pas non plus, que vous ne ferez pas 25 échographies par jour. Si déjà vous en faites 4-5 cela sera très bien.
 
Conclusion
Dans cet article n’ont été présentées que les images que j’ai personnellement réalisées à partir de mon échoscope et de sa sonde linéaire. De fait je n’ai pas pu vous présenter l’utilisation possible de l’échoscopie au niveau du rachis, en rééducation périnéo-sphinctérienne, en kinésithérapie respiratoire etc…
De la même façon, je ne peux vous présenter dans cet exposé que des images statiques. La « puissance » de l’utilisation de l’échoscopie en masso-kinésithérapie réside dans l’utilisation d’images dynamiques. Lorsque l’on regarde l’organisation des fibres musculaire de la loge antérieure du bras lors d’une prono-supination, on s’aperçoit que le brachial antérieur, effectivement ne participe pas à ce mouvement. Cependant si j’avais eu accès à ce type d’imagerie il y a vingt ans lorsque l’on parlait encore du supra-épineux comme d’un « starter de l’abduction », il aurait été évident de s’apercevoir que ce n’était pas le cas…
L’imagerie dynamique est pour nous un réel avantage et notre spécificité. En effet, nous nous exonérons totalement des clichés « standards », nous pouvons travailler en laissant notre imagination voguer à l’infini pour investiguer et orienter notre rééducation et notre recherche.
Voir un corps musculaire être réellement étiré, affiner la composante articulaire pour améliorer cet étirement, le tout en direct, pouvoir voir l’angle où une structure est mise en tension et adapter une orthèse pour ne pas dépasser cet angle…
Voir que quand nous massons des paravertébraux lombaires, même chez des sujets « secs » il est réellement difficile de dire que l’on arrive à mobiliser les muscles mais que l’on mobilise parfaitement les tissus cutanés et sous-cutanés. La mobilisation des organes prend elle aussi une dimension plus « approximative ».
 
Seule votre imagination vous limitera.
 
Vincent Jallu