Imprimer
Affichages : 3779

Comme je l’avais annoncé un peu avant les négociations de l’avenant numéro 5, les rémunération sur objectifs de santé prioritaire (ROSP) sont un piège. Et les médecins viennent de comprendre comment ce piège s’organisait à leur dépend !

Pour résumer la situation, les médecins gagnaient en moyenne environ 7000€ de ROSP en 2017. Cette année, cela sera moitié moins !

Presque 3500€ de perdu. Que diriez vous si l’on vous retirait 300€ par mois pour la même quantité de travail effectué ?

Et attention, l’année prochaine risque d’être pire…

Toutes mes félicitations à la personne qui a eu l’idée de ce système. C’était et c’est très, très intelligent…

 

Comment ça marche ?

Je vais essayer de rester le plus simple possible dans l’explication de cette rémunération…

Les tutelles déterminent des objectifs. À chaque objectif atteint, vous gagnez 1 point. Et le point a une valeur déterminée.

Nous pouvons résumer les ROSP à cela car effectivement cela fonctionne comme cela.

Pour notre exemple, disons que le point vaut 7€. 

Comme objectif nous donnons « être informatisé », « télétransmettre », « avoir une messagerie sécurisée », « être aux normes handicapés ».

Voilà c’est simple. Si vous remplissez ces objectifs vous avez 4 points vous gagnez donc 28€ tous les ans sans rien faire.

Jusque là… Tout va bien. Les ROSP sont facile à mettre en oeuvre, cela ne vous demande pas de travail supplémentaire et du coup vous êtes contents car vous allez gagner pas mal d’argent à ne rien faire. Car en effet des points comme ceux là, il y en a pas loin de 1600. Chouette, être payé à ne rien faire de plus ! 11 000€ de gain possible, que demander de plus ?

 

Les pièges

Le premier piège est que les points sont attribués en plusieurs catégories.

La structure (le cabinet), l’organisation, les soins… 

Les tutelles jouent sur les mots. Car pour gagner de l’argent on vous « incite » à gagner des points. Donc si vous voulez gagner plus, il faudra avoir plus de points.

Oui, mais il y a des parties qui sont « obligatoires ». Par exemple le point « télétransmission » conditionne toute la partie structure. Donc si vous remplissez tous les objectifs structure mais que vous ne télétransmettez pas, vous n’aurez aucun point donc pas d’argent.

Cela implique directement que si demain les tutelles décident que pour avoir des points vous devez avoir une blouse rose à poix jaunes… et bien vous serez « contraints » de vous habiller de la sorte sinon vous n’aurez plus de points même si vous remplissez toutes les autres parties du contrat.

De plus les objectifs peuvent vous demander de travailler différemment. Par exemple imaginez que vous ayez un cabinet orienté « traumato ». Si vous voyez un objectif « prenez en charge 50 bronchioles par an, rémunéré 100 points ». Voilà c’est clair, 700€ de plus pour prendre en charge 50 bronchiolites. Cela double presque le prix de la séance. Intéressant non ?

Oui mais pour cela il faut remplir l’objectif, donc ce cabinet de « traumato » pourra être « influencé » dans sa pratique. Cela renforce la pratique opportuniste… Et surtout, aujourd’hui cela pourrait être 50 bronchiolites, mais demain ? 100 ? 150 ? Nul ne le sait.

Sous couvert de revenus financiers, on vous incite à modifier vos pratiques.

                  Second piège, personne ne connait les objectifs à terme. 

Et oui, c’est là que la magie opère. Aujourd’hui certains objectifs sont simples. Avoir un cabinet accessible, télétransmettre etc. Mais quand le taux de réussite de ces objectifs sera à 95 ou 100%, que va t il se passer ? Croyez vous sincèrement que le l’UNCAM va continuer à payer ad vitam aeternam ? Bien sur que non. Les objectifs changeront. On demandera peut-être par exemple que le cabinet soit certifié (à lire ici et ici) ? Et ensuite quand tous les cabinets seront certifiés ? L’UNCAM augmentera le niveau d’exigence encore et toujours.

Là encore, les ROSP sont un moyen, grâce au levier financier, de vous obliger à faire ce que les tutelles veulent.

D’ailleurs c’est ce qui vient de se passer chez nos amis médecins. L’année dernière, l’UNCAM a redéfini les objectifs à la hausse. Du coup, cette année les rémunérations sont largement à la baisse. Et c’est d’ailleurs là, qu’intervient le troisième piège.

                 La clause de sauvegarde.

Elle permet, l’année suivant la signature de la convention, et si les objectifs ne sont pas atteints, de garantir un minimum de revenus aux médecins.

Disons qu’habituellement vous gagnez 6000€ par an de ROSP. La convention change, avec de nouveaux objectifs. L’année qui suit vous vous apercevez que finalement vous n’avez rempli que 50% des objectifs, vous devriez donc toucher 3000€. Et bien cette clause permet que finalement vous aller toucher 5000€. Pour vous c’est donc 

L’UNCAM n’est pas perdante. En effet elle avait de toutes façons prévu de vous payer 6000€. Donc si elle vous paye 5000, elle y gagne.

Le plus gros risque est pour le professionnel. En effet, si vous êtes impliqué et que vous faites l’effort de rester dans le piège des objectifs, vous allez tout mettre en oeuvre pour revenir aux objectifs demandés. Vous voilà donc mis en esclavage par rapport aux ROSP

Si par contre vous ne faite rien pour tendre vers les objectifs, l’année suivant la mise en place de la clause de sauvegarde, là vous allez perdre énormément d’argent.

La clause de sauvegarde, si elle peut faire croire qu’elle protège les professionnels, ne fait que décoller dans le temps une situation stérile où seul les intérêts de l’UNCAM sont gagnants.

                 Le quatrième piège est la valeur du point.

Nous en avons fait l’amer expérience, l’UNCAM peut redéfinir tout ce qu’elle veut au sein de la convention. Ainsi notre ASV (avantage social vieillesse) a été lamentablement réduit, et qui plus est, avec rétroaction. Ce qui avait été capitalisé a été recalculé… Donc oui, l’UNCAM fait ce qu’elle veut avec ce qu’elle donne.
Comprenez tout de suite qu’aujourd’hui le point vaut 7€. Mais demain ? Il n’y a aucune garantie sur la valeur du point sur le long terme.

Les points et leur obtention ainsi que leur valeur sont sous le contrôle exclusif des tutelles. Et si l’on fait croire que tout reste négociable au sein de la convention, c’est uniquement de la poudre aux yeux.

Et lorsque le gentils moutons seront tous à 80-90% d’objectifs atteints, il suffira à l’UNCAM de descendre la valeur du point pour continuer à avoir des objectifs croissants et une rémunération décroissante.

 

Conclusion

Les ROSP n’existent pas encore pour notre profession. Les médecins testent pour nous ce nouveau mode de rémunération. Soyons très vigilants à ce que nous ne nous fassions pas piéger car nous y perdrions notre liberté intellectuelle et professionnelle.

Mais comment ne pas être séduit par le chant des sirènes ?

N’en doutons pas, si un jour nous mettons le doigt dans les ROSP, nous ne pourrons plus jamais nous en sortir.

 

Vincent Jallu