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Depuis quelques années il est un ordre professionnel qui a autorisé, plus ou moins sous la contrainte , une forme de publicité à ses membres.

C’est ainsi que les vétérinaires ont fait profondément évoluer leur code de déontologie pour rentrer dans l’ère moderne.

Nous sommes à l’heure d’internet. Nous sommes à l’heure des réseaux sociaux. En un mot, l’hypercommunication.

Un APA totalement inconnu peut en quelques clics, se faire connaitre sur la page Facebook de sa commune, de sa communauté de commune, créer un référencement et une publicité Google et avoir une visibilité hors du commun.

Les professions règlementées ne le peuvent pas. Elles n’ont pas la liberté de communiquer aussi agressivement. Et force est de constater que notre profession s’enlise petit à petit dans le système conventionnel qui est arrivé à bout de souffle.

 

Les propositions du conseil d’état

Excellente nouvelle ce matin, le conseil d’état publie 15 propositions pour mettre à jour les professions de santé en matière d’information et de communication.  À lire en cliquant ici.

Morceau choisi, je cite « Au terme de ces travaux, le Conseil d’État relève que la réglementation interdisant la publicité directe ou indirecte aux professions de santé est susceptible d’être affectée par l’évolution de la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne. De plus, l’encadrement strict des informations que les praticiens peuvent aujourd’hui rendre publiques ne paraît plus répondre totalement aux attentes d’un public demandeur de transparence sur l’offre de soins. Enfin, l’essor rapide de l’économie numérique a rendu obsolètes certaines des restrictions actuelles en matière d’information dans le domaine de la santé »

Les réactions ne se sont pat attendre. J’ai même déjà vu sur les réseaux sociaux certains monter au créneau, arguer que nous ne sommes pas une profession commerciale, que la publicité comparative à l’américaine n’avait rien à fair chez nous, que ces, que cela…

Mais vous êtes vous déjà réellement penché sur la question ? Et avez vous lu les propositions du conseil d’état ?

Il faut commencer à dépasser les idées préconçues des années 80 et vivre dans notre temps que sont les années 2010 !

Notre profession meurt des gens qui sont restés bloqués 30 ans en arrière…

Le conseil d’état propose, je cite, d’ « introduire un principe de libre communication des informations
sous réserve du respect des dispositions réglementant l’exercice professionnel ». Il n’est à aucun instant prévu d’autoriser la publicité « commerciale ».

Le professions règlementées ont toutes les contraintes et aucune liberté face à ces nouveaux acteurs que sont les APA, les ostéopathes, les chiropracteurs, les coachs divers et variés etc… Je ne parlerais même pas des futures « équivalences partielles européennes »…

Même fiscalement ils n’ont pas nos contraintes. La quasi totalité sont « auto-entrepreneurs » et de fait n’ont pas les contraintes liées au régime « BNC ».

Revenons quelques instants sur le cas des vétérinaires…

 

Le contenu de la publicité doit être loyal, honnête, vrai et vérifiable, et il ne doit pas revêtir un caractère commercial ou promotionnel

Voilà tout est dit. C’est ainsi qu’est définie la communication par le conseil de l’ordre des vétérinaires.

Hors de question de poser une affiche 4 mètres par 3 sur le bord d’une autoroute, non. Le climat anxiogène que certains essayent de propager à coup d’images de la santé « à l’américaine » n’est pas du tout de mise.

et celles et ceux qui ont peur de cette évolution n’ont simplement pas compris, ou veulent volontairement laisser croire, qu’il n’est pas question de publicité au sens commercial du terme. Non, il est question de promouvoir nos activités. 

Il est par exemple maintenant possible pour un vétérinaire de figurer dans n’importe quelle rubrique des annuaires, bien sur sous réserve que les informations minimales soient présentes : nom et prénom du vétérinaire ou le nom de l'établissement de soins vétérinaires, ou encore la mention “vétérinaire à domicile”. Il n’est par contre pas possible de faire de promotion ou de publicité pour des médicaments ou des laboratoires.

Donc toutes celles et ceux qui vous disent que l’on s’oriente vers une santé à l’américaine n’ont ni compris les problématiques des professionnels au quotidien, ni compris l’orientation voulue par le conseil d’état, ni compris l’essence même du fonctionnement du système de santé actuel.

Celles et ceux qui ont peur de la dérèglementation et du glissement de compétences ainsi que de la présence des mutuelles au sein de notre système de santé ont simplement 10 ans de retard ! C’est déjà fait. C’est déjà acté.

Il faut être simplement aveugle ou ne rien avoir subi de l’actualité règlementaire ces dix dernières années pour croire que notre système de santé va rester immobile.

 

Nous devons aujourd’hui nous adapter

Lorsqu’il y a 10 ans dans les services hospitaliers les aides soignantes (AS) ont commencé à prendre des tensions et des températures, tout le monde a détourné le regard. Aujourd’hui c’est une réalité dans tous les services. Les AS ont gagné des prérogatives (tension, température, quelques menus soins, transmission etc…) les infirmières (IDE) ont laissé filer ces compétences et en ont gagné d’autres (consultations de pratiques avancées par exemple). Nous pourrions disserter des heures durant pour savoir si c’est bien, pas bien, mieux, une catastrophe etc… Mais cela ne changerait rien au fait que c’est il y a 10 ans qu’il fallait s’en inquiéter. Aujourd’hui c’est trop tard. et à aucun moment l’état n’a montré d’envie de revenir en arrière.

Nous sommes dans la même situation. Nous perdons des compétences au quotidien et nous n’en gagnons pas en contre partie.

Il nous faut donc nous adapter pour ne pas sombrer.

 

Avoir une activité hors convention, la liberté financière en premier, la liberté d'esprit à clé

Aujourd’hui peu osent l’avouer mais notre problématique est financière. Notre capacité d’investissement se réduit, pour ne pas dire, devient inexistante. Nous avons donc tous tourné la problématique dans tous les sens. Augmenter le nombre d’heures de travail. Réduire la durée des séances pour augmenter le nombre de patient. Doubler les rendez-vous, même si ce n’est pas forcement autorisé. Pratiquer des dépassements d’honoraires, là aussi très tendancieux.

La réalité est là. Nous avons perdu 25% de pouvoir d’achat (à lire ici). Et si l’on veut retrouver nos conditions d’exercice d’il y a quelques années, il nous faut gagner plus. Or nos tarifs sont fixés.

La solution simple est d’avoir une activité secondaire. Pas besoin d’aller chercher une autre profession. Restons simple. Restons dans notre profession mais avec des soins non conventionnés.

Une école du dos par exemple. Des groupes de marche. Du coaching sportif ou non sportif. Des programmes d’activité physiques adaptées, proposer une étude de la marche et de la course, proposer des actions en rapport (étirements, préparation physique…), des soins esthétiques, de bien être, de détente, d’accompagnement… 

Notre profession est ultra polyvalente. Nous avons des centaines d’actions possibles rien qua dans le cadre de notre diplôme.

Personnellement un kinésithérapeute qui ouvrirait une salle de sport et qui écrirait à l’entrée « cette salle est détenue par un kinésithérapeute, professionnel de santé, qui est à même de vous guider au mieux dans votre préparation et vos entrainements » avec une prestation à la clé « analyse, conseils et élaboration d’un programme d’entrainement, durée 1h, tarif 150€ », franchement, cela ne me dérangerait pas.

Et je peux vous garantir qu’une fois que vous êtes affranchi de la pression financière de votre cabinet, lorsque vous exercez des prestations conventionnées votre dynamique change. En effet, c’est le coeur léger que vous travaillez. Vous pouvez commencer à dire « au lieu de travailler 10H, je vais en faire 8 ». Vous pouvez commencé à dire « cette année je vais pouvoir me payer ma formation » ou encore « je vais pouvoir investir » ou plus simplement « cette année je prends des vacances !». Et lorsque vous en arrivez à dire « je me fous de ce que je gagne sur mon activité de kiné, je m’amuse avec mes patients et c’est le principal», toutes les considérations d’épuisement professionnel de remise en question permanente et d’inquiétudes financières disparaissent.

Et un professionnel qui ne se pose pas de question et qui n’a pas d’inquiétudes et qui s’amuse dans sa pratique, les effets contextuels sur les traitements se majorent !

Donc oui, je suis partisan de pratiquer une activité secondaire non règlementée, et oui je suis partisan de pouvoir promouvoir notre statut de kinésithérapeute dans cette activité.

 

Des abus il y en aura…
Bien sur qu’il y en aura et bien sur que certains feront les grands titres « un kiné vante son cabinet sur l’autoroute ! »…

Mais ces abus, seront contenus, répréhensibles et ne représenteront que quelques poussières à l’échelle de la réalité. Pour la plupart vous ne saviez même pas que votre vétérinaire avait possibilité de communiquer et vous n’avez jamais vu une affiche sur le périphérique !

 

Il est temps de passer à la promotion des professionnels, à la promotion de nos compétences, à la promotion de nos valeurs, à la promotion de notre belle profession

Il faut nous défendre, il faut être vigilants, mais il faut surtout arrêter de nous regarder le nombril en disant « le bouche à oreille est notre meilleure atout, nous sommes profession de santé etc… ». Oui tout ceci est vrai.

Mais manque de chance, le système a changé, il change encore

Mais il est vrai aussi que nous pourrions développer des activités annexes (à lire ici) qui nous permettraient de nous libérer de la convention et de nous émanciper financièrement parlant. Ce ne sont pas des « gros mots » que de dire que les tutelles organisent la paupérisation de notre profession, tant au niveau salarial qu’au niveau libéral. Ce ne sont pas des gros maux que de dire qu’il faut réorienter notre profession et la promouvoir dans les soins qui ne sont pas conventionnels pour que les professionnels puissent non pas vivre mais au moins survivre financièrement parlant.

 

Vincent Jallu

 

Lire le communiqué du conseil de l'ordre en cliquant ici.