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J’entends de ci de là certains confrères et consoeurs dire « cette réforme des retraites n’est pas si mal que ça, la hausse de cotisation ne va pas être si importante ».

J’ai donc pris l’initiative d’essayer de vous expliquer l’arnaque financière de grande envergure que cette réforme représente.

Au delà de la hausse de cotisations, de la baisse des pensions, de l’incertitude autours des compensations illusoires et non pérennes, il est un sujet bien plus important. Celui des réserves de la CARPIMKO et de l’ensemble des caisses autonomes.

 

Où en sommes nous

Laissez moi vous raconter une histoire.

Il était une fois une cigale. Elle chantait tout l’été et dépensait sans compter. Sa copine, la fourmi, elle, faisait des réserves pour quand elle serait trop vieille pour travailler. Comme c’était une bonne copine, la fourmi donnait plus de la moitié de ses récoltes à la cigale pour qu’elle puisse vivre.

Et un jour, la cigale dit à la fourmi, « tu sais quoi, on va vivre ensemble, tu devras me donner encore plus qu’avant, mais comme je sais que tu ne le pourras pas car tu travailles déjà trop, tu utiliseras ta réserve pour quand tu seras vieille pour compenser ».

 

Et bien voilà, c’est exactement ce que nous propose le gouvernement. Il est la cigale et nous sommes la fourmi. Utiliser notre réserve pour masquer le coût de la hausse des cotisations et pour financer une partie des autres régimes. 

 

Pire, au départ, on nous a fait croire que l’on allait voler notre réserve. Et puis au fur et à mesure du temps on nous dit « mais non vous allez la garder… mais… ».

On essaye de nous faire avaler cette couleuvre qui dit que l’argent économisé destiné à payer nos pensions devra finalement non pas être redonné aux adhérent mais lisser les hausses de cotisations que nous allons subir.

C’est une manière très politiquement correcte de dire « vous nous avez déjà donner plus de la moitié de vos cotisations et comme nous avons remarqué que vous étiez trop bon (ou trop c…), on va continuer à vous ponctionner ».

 

Pire, monsieur Delevoye, en contradiction avec monsieur Macron, affirme qu’une partie des réserves seront administrées en tant que fond périmètré avec uniquement un « droit de regard » de la part des caisses ayant constitué ces réserves !

Pour parler simplement, imaginez que votre banquier vous dise « je vais dépenser une partie de votre livret A et  vous pourrez regarder, mais ne rien dire ! ». Seriez vous d’accord pour cela ?

 

Attentions aux effets d’annonces

Nous commençons à voir de ci de là des entités telles que l’UNAPL annoncer qu’une solution pourrait être non pas un régime universel pour tous, mais 3 caisses en lieu et place des 42 existantes. Une caisse pour les salarié du public, une autre pour les salariés du privé et enfin une caisse pour les libéraux.

Cette solution est aussi stupide qu’incohérente. En effet elle ne résout rien. Une caisse pour les libéraux, en dehors du fait qu’il faudrait que tous les libéraux soient d’accord pour se mettre en commun, ce qui est loin d’être le cas, ne résout pas la hausse de cotisation ni la conservation des réserves pour uniquement financer les pensions.

Nos syndicats représentatifs au sein de la FFPS doivent avoir la même lecture, garder ses réserves ne veut pas dire qu’elles serviront uniquement au paiement des pensions. Les fonds périmètres sont une honte, le lissage des cotisations par les caisses est une abomination.

 

Par contre si l’UNAPL ou la FFPS ou l’un de nos syndicats représentatifs venait à dire à grand coup de communication « nous conservons nos réserves », sans plus de détail, le kinésithérapeute « lambda » pourrait croire que tout est gagné. Or il n’en serait rien. 

Pire, on pourrait nous dire, tout va bien, les réserves vont compenser les hausses de cotisations, nous n’aurons que 0,25% d’augmentation par an pendant 20 ans, c’est totalement insignifiant et tout est parfait, nous avons fait notre job de syndicat représentatif, votez pour nous !

Oui mais non... depuis 20 ans, nous avons perdu 27% de pouvoir d’achat. Dans 20 ans, nous n’aurons plus de réserves, nous aurons encore 10 ou 20% de perte de revenus par rapport à l’inflation et les 0,25% par an se seront transformés en 5% de perte nette. Voilà ce qui se cacherait derrière une telle annonce.

 

La démographie, point clé

Pour alimenter son discours, monsieur Delevoye argue que notre démographie va exploser et que de fait, à terme, notre caisse de retraite ne sera pus capable de supporter le montant des pensions à verser.

Qui plus est, l’éminent congrès de notre magnificient ordre qui n’en finit pas de creuser notre tombe ne fait que renforcer cette idée. Et pourtant… Ils ont tort.

Aujourd’hui, nous sommes en période de « plein emploi » au sein de notre profession. Notre pays est donc très attractif pour nos concurrents, pardons nos confrères et consoeurs européens. Qu’en sera-t-il dans 15 ans quand nous aurons un taux de chômage de 10 ou 15% ? Serons-nous toujours aussi « attractifs » ? Qu’en sera-t-il quand nos tarifs seront en dessous du revenu minimum du Bengladesh et que nous devront travailler 80h par semaine pour continuer à payer nos crédits ?

Voilà l’erreur majeure des pseudos intellectuels qui ne sont là que pour nous vendre des illusions. 

 

Place aux propositions

Trois propositions.

C’est une proposition simple et juste. Les régimes autonomes n’ont pas à mettre mis sous tutelle de l’état au sein du régime universel. Nous n’avons pas à subir une idée tirée de la pensée Coréenne du nord.

Il pourraient choisir entre le régime universel ou rester au sein de leur régime autonome. Si le régime universel est aussi performant que monsieur Delevoye le prétend, alors notre caisse mourra de sa belle mort, sans adhérents. À l’inverse si notre caisse est plus performante, le gouvernement devra faire sans nous…

Le régime universel est un nivellement par le bas. Il ne félicite pas les bons élèves, au contraire il les puni et il renforce les convictions des mauvais élèves. Continuez à dépenser puisque les bons élèves paieront pour vous !

Ma proposition est simple. D’ici 30 ans, l’ensemble des 42 caisses deviendront autonomes. Bien sur, d’ici 30 ans, les caisses actuellement autonomes réduiront leur part de compensation nationale, ainsi félicitant les bons élèves pour leur travail de fourmi magnifiquement réalisé. À terme, les compensations inter-régimes disparaitront. Les régimes actuellement en déficit auront 30 ans pour se débrouiller avec leurs adhérents pour redresser la barre.

 

Enfin dernière proposition qui n’en est pas une, juste une petite pique humoristique… J’aimerais bien lire les statuts des différentes caisses de retraites, juste pour voir si il serait possible que l’ensemble des caisses autonomes puisse « sécuriser » ses réserves à l’étranger.

Je serais en effet curieux de voir la tête de monsieur Delevoye ou de monsieur Macron si un jour on pouvait lire « oups, les 165 milliards des caisses autonomes sont partis au Luxembourg » !

 

Vincent Jallu