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Nous venons d’en avoir la confirmation par le biais des rencontres de l’URPS national des médecins à La Baule où était présent Mon sieur Revel, directeur de l’UNCAM.

L’UNCAM annonce à demi-mot la fin des augmentations des lettres clés.

En effet, déjà pressentie durant nos négociations conventionnelles, confirmé lors des négociations des orthophonistes (à lire ici), il est maintenant clairement établi que les lettres clés vivent leurs derniers jours.

 

Pourquoi ?
La réponse est simple, l’argent.
L’UNCAM est « coincé » entre la revalorisation des professionnels et le respect de l’ONDAM. Les revalorisations de lettre clé font exploser les perspectives financières et ne respectent aucunement les demandes de l’ONDAM. Si on ajoute à cela une démographie inquiétante dans certaine profession (la notre par exemple), il est clair que jamais l’UNCAM n’autorisere un dépassement d’ONDAM de 10% !
Le moyen simple de donner de l’argent sans que cela y paraisse est de tromper le système !
De fait, lorsque l’UNCAM n’augmente pas la lettre clé, il n’y a pas de dépense supplémentaire hormis la croissance due à la démographie professionnelle.
Et quand l’UNCAM donne de l’argent qui n’est pas le sien par le biais des ROSP ou toutes autres subventions équivalentes, cette somme n’est pas comptabilisée dans l’ONDAM !
C’est donc tout bénéfice pour l’UNCAM !
Le système est simple. Par exemple l’état décide que la bronchite chronique est l’urgence du moment. Il défini alors la BPCO comme objectif prioritaire de santé. Un budget est alors alloué à cet objectif. Mais ce budget ne rentre pas dans le budget de l’UNCAM pour le paiement des prestations de santé. C’est un budget ministériel dont l’ensemble des partenaires dispose.
L’UNCAM peut donc piocher dans ce budget et aller dire aux kinésithérapeutes « cette année, on met le paquet sur la BPCO, vous n’aurez pas d’augmentation mais si vous traitez 10% de BPCO, vous aurez 2000€ de prime ».
Sur le papier c’est intéressant, dans la réalité c’est la mort de l’activité libérale.

 

Quel est le piège ?
On pourrait être tenté de dire « tant pis »… S’adapter, c’est mon métier. Donc je vais prendre le train en marche et je vais m’organiser pour répondre aux demandes de l’UNCAM. Cette année ce sont les BPCO ? Quelques courriers aux pneumologues du coin, éventuellement une formation courte histoire de se remettre à niveau et on y va !
Attention toutefois, un cabinet a une certaine inertie. Tant au niveau des patients, des investissements, de l’espace du local, des prescripteurs…
Et n’oubliez pas, comme toute prime, on la donne, mais on la retire aussi !
Les primes en question, tel les ROSP sont soumises à des règles strictes et des objectifs à atteindre. En aucun cas ce n’est de l’argent « facile ».
N’oublions pas non plus que le piège des ROSP est d’avoir les praticiens enchaînés pieds et mains liés par ces subventions. Et les objectifs seront de plus en plus durs et difficiles à atteindre réduisant les professionnels à l’esclavage !

 

Et la santé là dedans ?
Devrons nous, à la manière de certains agriculteurs qui cultivent au gré des subventions européennes, organiser notre cabinet autours des primes dédiées ?
La réponse est clairement oui !
Et la santé des Français dans tout ça ?
L'état ne s'en préoccupe pas. L'état et l'UNCAM ne font que compter des euros !
Il va falloir nous y habituer, l’état ne s’intéresse pas à la santé qui je le rappelle est défini comme un état de bien-être complet physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.
Non, l’état ne s’occupe que de statistiques et compte chaque euro dépensé. Aujourd’hui la BPCO, demain la prévention, après demain le vestibulaire etc…
Nous allons apprendre à vivre au gré des objectifs prioritaires et organiser nos cabinets dans ce sens.

 

La réalité du cabinet
Comment faire pour organiser un cabinet qui devra s’adapter tous les ans ?
Et bien ce n’est pas simple. En effet les investissements que nous réalisons sont de longue durée à peine aurons nous fini d’amortir tel ou tel matériel qu’il faudra en changer pour faire autre chose.
Les praticiens ayants fait l’effort de se former, d’investir et d’avoir une fonction spécifique dans un domaine particulier sont voués à mourir.
En effet, sans augmentation de la lettre clé, il faudra plus que jamais être ultra-polyvalent pour surfer sur les aides annuelles. Rester dans une niche thérapeutique sera illusoire. Fini l’uro-gynécologie, fini la pédiatrie, fini le vestibulaire, fini la kinésithérapie du sport, fini la neurologie… Il faudra changer de spécialité tous les 5 ans pour gagner sa vie.
L’autre solution étant d’exercer une activité non conventionnée pour pouvoir simplement vivre (à lire ici).
L’état et l’UNCAM organisent le démantèlement de la santé et de l’activité libérale.
Pensons « patients » aussi.
Qu’allez vous dire aux patients que vous prenez en charge pour une BPCO aujourd’hui, quand dans 5 ans il faudra faire du vestibulaire pour toucher la prime ?
« désolé je ne vous prends plus car ça ne paye plus ! »
Et bien non, il faudra gérer tout cela !
L'agriculteur a cet avantage, quand il passe du blé à la betterave, il n'y a pas d'épi pour dire "et moi vous m'oubliez ? ». Nous, nous devons gérer notre patientèle et nous avons des obligations quant à nos prises en charges.
L'état et l'UNCAM ont une vision déshumanisée et uniquement financière de la santé. Les médecins ont déjà largement réagi quant aux propos de monsieur Revel en stigmatisant le secteur 1 et en évoquant même des possibilités de déconventionnent.

 

L'intérêt des médecines douces
Il n'y a pas long à chercher pour comprendre pourquoi les Français n'hésitent plus à aller payer 50 ou 60€ pour aller voir tel ou tel praticien. Il n’est plus question là de confort mais bel et bien de simple « prise en charge ».
On préfère largement aller voir un praticien qui prend le temps de la consultation, qui écoute son patient plutôt qu’un praticien morose qui est rémunéré à hauteur de moins que rien et qui doit « abattre » un certain nombre de patient pour simplement être rentable.
L’activité hors convention a un bel avenir devant elle, le conventionnement lui ne présente plus aucun intérêt et les contraintes sont grandissantes…

N’en doutons pas la santé glisse doucement vers un grand n’importe quoi où le véritable état de santé n’intéresse plus personne et où seul l’argent et la rentabilité compte.

 

Vincent Jallu