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Sous ces deux acronymes se cache la triste réalité de notre avenir. Ce sont deux expérimentations qui ont une durée de vie de 5 ans.

Rien que la définition de ces dits acronymes fait froid dans le dos.

Ce sont les Paiements en Équipe de Professionnels de Santé en ville (PEPS) et les Incitation à une Prise en Charge Partagée (IPEP).

On devine déjà la volonté à peine cachée de ces deux systèmes. Réduire les coups, payer au forfait et imposer des prises en charges

Pour citer le communiqué du ministère de la santé, le PEPS « vise à tester un nouveau modèle de financement collectif forfaitaire de professionnels de santé en ville ».
Oui, vous avez bien lu, financement forfaitaire collectif… Nous ne sommes plus là avec un forfait mono-professionnel pour une prise en charge de telle ou telle pathologie, non, nous sommes là en présence d’un forfait inter-professionnels en remplacement de l’acte individuel.

Pour les IPEP, vous ne serez certainement pas surpris de voir quelques CPTS (à lire ici) participer activement à cette expérimentation (à lire ici). Ces IPEP ont pour but de vous "inciter" à prendre en charge des pathologies que vous n'auriez pas pris en charge habituellement et à prendre charge de manière partagée avec d'autres professionnels.

 

Quelle est la finalité ?
Simplement la fin de l’exercice libéral ou au moins votre liberté de choix et de décisions dans vos prises en charges.

Certaines structures enclinent à l’expérimentation des IPEP souhaitent même salarier l’ensemble des acteurs la constituant.  

Le pire, c’est qu’ils y a des esprits plus stupides que les autres pour croire que ces salariats déguisés seront bénéfiques !

Peut être sont-ils parmis ceux qui se disent « j’en ferais un peu moins et je serais payé ». Ont ils au moins compris que cette mise en esclavage ne ferait que de se durcir au fur et à mesure des objectifs imposés ?

Car si intellectuellement désynchroniser le paiement de l'acte est intéressant pour assurer une forme qualitéative du travail, n'oublions pas que nous ne sommes pas là dans un salarait véritable avec simplement une contrainte horaire à respecter. Non, nous sommes là avec un objectif à respecter. Le premier des objectifs est toujours le même, l'accessibilité aux soins. Comprenez par là, permanence de soins. Fini les vacances "quand on le souhaite", fini les journées de ci de là, enfin bref, fini l'exercice libéral !

Et gare à vous si vous n'avez pas rempli vos objectifs en fin d'année ! 

Ajouté aux expérimentations de paiements à l'épisode de soins (à lire ici), le cocktail est détonnant ! Forfaits bloqués pour des années (l'inflation elle n'est pas bloquée !...), renégociations complexes car pluri-professionnelles etc. Tout est fait dans ces systèmes pour que le professionnel soit piégé.

Je l'ai déjà dit mais il va falloir devenir opportuniste et s'adapter en fonction des objectifs donnés. Cette année c'est la BPCO quo paye, l'année prochaine ce sera la psychiatrie et l'année d'après le cancer de la prostate ! Et surtout débrouillez vous pour gérer vos patients d'une année sur l'autre !

 

Le patient doit faire sa révolution

Dans tous ces systèmes, tout le monde semble oublier ce qui est au coeur de notre action, le patient.

Pendant que l’on prend en charge de manière « incitée » certaines pathologies, que fait on des autres ? Nous les mettons dehors ? « Désolé madame, cette année je ne prends que des les PTG et les PTH, c’est ce qui paye, revenez l’année prochaine pour votre épaule, avec un peu de chance on aura une promo » ! Voilà ce qui nous attend.

Oui, ce monde devient fou !

Il faut que nous fassions comprendre à nos patients ce qui les attend. La qualité de leur prise en charge en dépend. Il va perdre sa liberté de choix de thérapeute, il va être enfermé dans un cadre adminsitratif défini avec des praticiens définis et n'aura pas la qualité de soins attendue.

 

Que faire ?

Si sur le fond je suis opposé idéologiquement aux CPTS, aux PEPS et autres IPEP, il faut rester lucide.

Se révolter ? Pour obtenir quoi ? Même le mouvement des gilets jaunes n’a pas obtenu grand chose de concret. Et nous n’avons pas le dixième de la force de frappe de ce mouvement.

De plus en segmentant la gouvernance, notre légilsateur a commis une erreur. Il a aussi fragmenter le pouvoir décisionnel. Et c’est là que nous avons une carte à jouer. Seuls face à un ministère nous n’avons que peu de poids. Mais en local, quelques professionnels face à une ARS, la donne change. Le rapport de force s’inverse. D’autant que ce sont les ARS qui sont sous pression. Elles doivent faire tout le boulot et rendre des comptes au ministère. Notre carte à jouer, elle est là ! 

C’est pourquoi, si nous n’investissons pas les structures (CPTS et autres) et si nous ne participons pas aux PEPS et autres IPEP, nous deviendrons les seuls responsables de notre échec.

Il est impératif pour nous d’être représenté et d’être moteur de ces structures pour que nous puissions directement négocier et que nous ne retrouvions pas sous la gérance d’autres acteurs.

 

Lorsque au niveau des établissements de santé les Moniteurs Cadres Masseurs-Kinesithérapeutes ont disparu, ils ont été remplacés par des cadres de santé essentiellement infirmiers. Et depuis notre profession s’est désinvesti des établissements. Les infirmier(e)s sont devenus indispensables au sein des services, les « kinés » ? Ils sont quelque part peut être à la machine à café, on les « bip » quand on a besoin d’eux… Les infirmier(e)s ont été intelligent(e)s, nous, non.

 

Aujourd’hui la même chose peut se produire au niveau libéral.

Nous pouvons soit prendre le train en marche, soit rester au bord du quai à nous regarder sombrer.

  

Conclusion

Notre profession est à l’ère du scientisme, de l’esclavage intellectuel imposé par décrets et par mépris ambiant.

Avec ces propositions de PEPS et IPEP, nous allons encore perdre un élément de plus, notre liberté d’organisation.

La masso-kinésithérapie, une profession d’avenir ?...

Oui si nous savons nous investir et devenir décisionnaires au niveau local.

Si nous ne faisons qu’attendre que les autres décident à notre place comme par le passé… Nous disparaitrons.

 

Vincent Jallu