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Vous le savez certainement, nos trois syndicats représentatifs ont décidés de quitter la table des négociations lors de la dernière session de négociations conventionnelles.

Cela implique que les partenaires conventionnelles n’ont pas réussi à s’entendre.

Cela implique aussi que notre situation pourrait resté gelée pour encore au moins une année et que sans être devin, le prochain quinquennat risque d’être sur la même ligne de conduite que le précédent, donc autant le dire de suite, nous avons perdu un an.

 

Pourquoi en arrive-t-on là ?

À qui la faute ?

 

L’analyse de la faute est assez simple. La masso-kinésithérapie n’a jamais su faire preuve réellement de son efficacité, tant en termes de « techniques » que d’investissement au sein des politiques de santé publiques.

Nous l’avons vu pendant la crise sanitaire, entre « les cabinets doivent fermer » et la faible participation des kinésithérapeutes tant dans la pratique des tests que dans la vaccination, il ne faut pas être un expert de la santé publique pour vite s’apercevoir que la masso-kinésithérapie n’est pas au rendez-vous.

 

Comment contrecarrer cela ?

La réponse tient en une phrase.

Tant que nous n’aurons pas compris que nous devons montrer que nous sommes performants et indispensables dans le système de santé, nous n’avancerons pas.

Et puisque personne ne veut mettre les pieds dans le plat…

 

La faute aux syndicats

N’oublions pas que nos syndicats ont été avertis. Premièrement avec la politique de santé depuis ce dernières années, il fallait être sur une autre planète pour ne pas comprendre où nous allions. MaSanté2022 était très claire, et bien nous sommes en 2022 et le gouvernement a parfaitement tenu sa feuille de route.

Ensuite, la lettre de cadrage des dites négociations conventionnelles était elle aussi assez claire. Pleinement dans la ligne politique déjà connue, il fallait vraiment être candide pour croire que nous pourrions déroger à cela.

Depuis 5 ans nous aurions pu commencer à nous conformer à cette nouvelle mouvance de santé publique, sommes nous si incapables que cela pour nous adapter ?

Les kinésithérapeutes sont pourtant les mieux placés pour savoir ce qu’est l’adaptation, mais visiblement nous sommes les plus englués dans nos positions, incapable de nous conformer au monde changeant qui nous entoure !

Il est vraiment dommage de ne pas voir nos syndicats accompagner les kinésithérapeutes dans ce monde en mouvement. À la place, nos syndicats ont opté pour les deux ennemis de l’idéologie.

Le populisme et à la démagogie, les deux pires choses en matière de syndicalisme.

Nous avons même vu ce que soit disant « tout le monde attendait », la réunion des trois syndicats derrière la même bannière « revaloriser la lettre clé » !

Pour quel résultat ? Aucun… ha si, nous allons rester sans rien ou presque pendant encore un moment.

Merci aux syndicats de s’être réunis derrière une demande aussi pauvre idéologiquement parlant.

Ils doivent bien rire à la CNAM devant un tel blocus sans queue ni tête !

 

D’autant que la revalorisation de la lettre clé, soit on y connait vraiment rien en matière de santé publique, soit on a hiberné pendant quelques années, mais clairement, la lettre clé c’est fini.

Depuis 2011, date de création des ROSP, premier « nouveau mode de rémunération » ou NMR, le monde de la santé a changé.

Nous avons aujourd’hui 11 ans de retard sur ces NMR et que nous proposent nos syndicats ? S’engluer dans un fonctionnement dépassé et qui ne correspond plus en rien aux politiques de santé actuelles. Beau tableau !

 

La lettre clé c’est fini.

Je ne sait pas comment il faut le dire, comment le faire comprendre mais LA LETTRE CLÉ C’EST FINI !

Désolé de le dire ainsi, mais toutes celles et ceux qui défendent encore l’augmentation de la lettre clé présent leur temps et font croire à des chimères. Que l’on ne vienne pas se plaindre d’avoir 43 centimes en 2 ou 3 étapes lorsque l’on a pas vraiment compris que l’objectif n’était pas là.

 

La faute à l’ordre

Le premier garant de la profession est notre ordre.

Sauf que notre ordre passe plus de temps à promulguer des avis  « contre » certaines techniques que « pour » valoriser les pratiques qui devraient l’être.

 

Pour interdire et aller faire le beau devant le ministre ou dans la campagne présidentielle, l’ordre est fort.

Pour promouvoir la kinésithérapie, orienter dans les pratiques utiles, nécessaires et performantes, là il n’y a plus personne…

D’un autre côté il est toujours plus facile de faire le ménage chez le voisin que dans son propre camp, après c’est aussi une question de courage…

 

Comme déjà dit plus haut, « les cabinets doivent fermer », a été la pire décision de santé publique jamais entendue toutes professions confondues. Il fallait nous rendre utiles, l’ordre nous a rendu totalement inutile.

Et dire que les élus nationaux ont réélu la même équipe !…

 

La faute au CMK

Vous ne savez pas ce qu’est le Collège de la Masso-Kinésithérapie ?

C’est peut être parce qu’il ne sert à rien !

C’est pourtant c’est notre conseil national professionnel. Hé oui.

Voilà une instance qui pourrait avoir un rôle majeur dans la promotion des techniques validées et performantes, mais non, rien de ce côté là, c’est bien triste.

Allez donc sur son site http://www.college-mk.org, visez les « actualités », les nouvelles fraîches de 2020 !

 

Le CMK pourrait jouer un rôle essentiel et pourtant cela reste une entité de seconde zone qui n’a jamais vraiment trouvé sa place dans l’univers kinésithérapie et surtout qui n’a jamais osé prendre à bras le corps les problématiques scientifiques de notre profession.

 

La faute aux IFMK

Les IFMK, beaucoup en parlent mais là encore, peu osent le dire. Fermons les IFMK et nous nous porterons mieux.

Prenez quelques instants pour chercher quelles sont les techniques enseignées dans les IFMK. Parfois cela fait froid dans le dos de voir que la « kiné de grand papa » est encore bien présente, que les données scientifiques ont bien du mal à percer les portes des dits IFMK et que nombre de matières indispensables à l’exercice ne sont pas présentes.

Là aussi, certains sont très attachés à leur siège et font tout pour que la situation n’avance pas.

 

Les IFMK ne nous enseignent pas la santé publique et encore moins la politique de santé publique, ils ne nous enseignent pas la gestion d’un cabinet, ils ne nous enseignent pas les différents modes de travail (conventionné, salarié, non conventionné…) ou encore à la fiscalité.

Si ces IFMK ne sont pas capables d’apporter une plus value par rapport aux universités, alors autant s’en séparer.

 

La faute au non renouvellement des élites

Je ne vais pas dévoiler leur âge, les photos parlent d’elles mêmes… Mais par exemple, le bureau du CNO respire la jeunesse !

Pascale Mathieu est présidente du CNO depuis 2014, et au sein du bureau depuis 2011…

Idem dans les syndicats, où sont les moins de 30 ans ?

J’ai personnellement 47 ans cette année, j’ai dépassé le milieu de ma carrière professionnelles, et oui c’est vieux ! C’est aux jeunes de prendre la place dans les instances, les organisations et que les vieux arrêtent de s’accrocher à leur chaise !

La kinésithérapie d’il y a 20 ans n’est plus, il faut des jeunes pour insuffler de nouvelles idées et de nouveaux concepts.

 

Quelles solutions ?

Informer les kinésithérapeutes.

Par tous les moyens possibles, il faut dire les choses clairement. La lettre clé c’est fini (promis je ne le redis plus). Si nous voulons être augmentés, il faut penser à autre chose et autrement.

Arrêtons le populisme, disons les vérités. Notre métier a changé, arrêtons de camper sur des positions passéistes, c’est une hérésie.

Le paradigme a changé mais pas nous. Voilà notre échec.

 

Nos pratiques ne sont pas considérées, nous sommes à l’ère des délégations de tâches. Imposons notre analyse. Laissons les pratiques aux autres, prenons le diagnostique kinésithérapique à bras le corps et allons dans cette voie. Oui il faut changer notre mode de fonctionnement, oui il faut changer notre mode d’actions, oui il faut changer l’organisation de nos cabinets, oui il faut changer notre mode de pensées. Mais si nous restons sur « revalorisons la lettre clé », nous n’avancerons pas.

 

Le système conventionnel n’est pas une fin en soi. Nous avons beaucoup d’opportunités qui nous sont offertes, saisissons les. Mais là encore, si nous n’informons pas les kinésithérapeutes, comment pourraient ils le savoir ?

Travaillons autrement. Gagner plus en travaillant moins, c’est possible.

 

Les NMR, saisissons les !

Petite idée juste comme ça au passage.

Les médecins touchent un peu plus de 9000€ de ROSP et forfait structure.

Imaginons, même si à titre personnel je reste peu enclin aux ROSP (à lire ici), que nous demandions la même chose…

Ne rêvons pas, basons nous sur la moitié.

4500€ annuels, c’est 10% d’augmentation directe, 375€ mensuels, 18.75 journaliers soit une augmentation d’environ 0.75€ par patient (base 25 patients par jour), quelque soit l’acte.

Après il est certain que vu l’investissement actuel des kinésithérapeutes dans la santé publique, il ne va pas être aisé d’obtenir de ROSP…

Investissons les MSP et les CPTS, là aussi les rémunérations existent, il suffit d’aller les chercher. C’est sur cela change du confort conventionnel habituel. Mais soyez surs que si nous n’y allons pas, les autres iront à notre place. Et ne venons pas pleurer que des ostéopathes cet des APA se retrouvent dans des CPTS et pas nous ! C’est de notre faute si nous n’y allons pas.

 

Devenons opportunistes

Fini le confort « je me lève le matin, j’ai 25 patients à voir, tout va bien ».

Il faut aller là où est l’argent, et l’argent est dans les missions de santé publique et dans ses objectifs.

À l’heure où certains se demandent si il faut définir des spécialités de kinésithérapie, la réponse est là devant nous depuis 10 ans. C’est l’état qui défini les priorités pas nous. Si nous travaillons à l’inverse de ce que l’état attend de nous, alors oui nous n’avons vraiment rien compris.

Nous devons nous former au gré de la santé publique et non pas nous former et demander à la santé publique de s’adapter à nos pratiques…

 

Supprimons les IFMK, passons réellement et entièrement à un système universitaire.

Les IFMK respirent tout sauf l’avenir. 

 

Soyons objectifs sur nos patientèles, sur nos pratiques et sur nos cabinets

Entre les traitements de quasi confort, les traitements n’ayant pas de bénéfice scientifique et en dehors des recommandations de la HAS (oseront nous un jour parler vraiment des bronchiolites ?), les patients qui perdent leur temps entre ultrasons, parafango, laseromachin, ondedetruc…

Demandons à l’ordre d’arrêter de gaspiller notre argent et de nous faire un vrai guide de pratiques établies et validées. 

Supprimons les traitements inutiles, convertissons les en temps non conventionnel, vous verrez, cela vaut le coup !

 

Apprenons à organiser nos cabinets

Nous l’avons vu pendant la crise, trop de cabinets ne sont pas stables économiquement parlant.

Comment expliquer que chaque praticien n’ait pas à minima 3 mois de trésorerie devant lui ?

Savons-nous seulement ce qu’est la trésorerie ?

Connaissons nous tous les statuts possibles pour notre exercice (SEL, SASU, BNC, micro…), leurs avantages et leurs inconvénients, connaissons nous seulement notre taux d’investissement ou ce que nous coûtent nos formations et ce que cela représente dans notre comptabilité ?

Nous devons toutes et tous nous former à la gestion économique de notre entreprise qu’est notre cabinet.

Il est impératif d’apprendre à gagner de l’argent avec notre outil de travail. Nous gagnerons plus en optimisant notre outil de travail qu’auprès des négociations conventionnelles !

Devenons actifs de notre fiscalité et arrêtons de subir le système.

 

Nous devons demander aux IFMK (oui je veux qu’ils disparaissent, mais cela n’arrivera pas, trop d’intérêts en jeu) d’installer des cours de gestion dignes de ce nom. Nous devons aussi demander à ce que le DPC et le FIFPL prennent en charge les formation continues dédiées à la gestion de cabinet.

L’entreprise individuelle libérale est un non sens économique arrivé à un certain niveau pour celui qui a pris le temps de l’étudier.

Sincèrement, cela ne vous intéresse pas de gagner plus en ne travaillant pas une seconde supplémentaire ?

 

En allant même un peu plus loin, nous pourrions demander au diplômés étrangers de passer un test de connaissance de gestion et de législation spécifique au système français. Cela limiterait peut être un peu le nombre de candidat à l’équivalence…

 

Peut être aussi devons nous revoir les conditions de représentativité des kinésithérapeutes ? (À lire ici

Toujours avec cet objectif de rajeunir nos élites et les gens qui « décident » dans les syndicats. 

 

Arrêtons de nous comparer aux autres, chaque profession a sa spécificité d’exercice. Ceux qui s’identifient aux médecins n’ont pas compris que nous ne sommes pas médecin, eux sont considérés comme utiles, pas nous. Ceux qui s’identifient aux orthophonistes n’ont pas compris qu’elles n’ont qu’un seul syndicat, un taux de syndicalisation défiant toute concurrence et une démographie maîtrisée dans une enveloppe budgétaire tout aussi maîtrisée, tout l’inverse de nous.

 

Demandons au CMK de s’investir des problématiques de notre profession. Demandons une liste des pratiques ayant fait leurs preuves avec une vraie lecture critiques des études disponibles. 

 

En conclusion, notre ordre est dans l’erreur, nos syndicats sont dans l’erreur, nos écoles et notre CMK sont dans l’erreur. Pour faire court, tout notre système représentatif est dans l’erreur.

Nous allons dans une seule direction, celle du mur !

Nous avons au moins 10 ans de retard sur de nombreuses problématiques et défendre corps et âmes un système qui n’existe déjà plus est une perte de temps et d’énergie.

Merci à tous les acteurs du monde kinésithérapie de nous faire perdre du temps…

 

Vincent Jallu