Imprimer
Affichages : 1448

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai eu vent de la proposition du syndicat Alizé pour faire le point sur l’avenir de la kinésithérapie, d’organiser une manifestation et une série de réunions…

Se pose alors la quesiton, mais où va donc Alizé ?

Alizé semble vouloir prendre la place de l’ordre et organiser une sorte d’états généraux de la kinésithérapie.

Si l’action est louable, elle semble cacher une triste réalité.
Alizé n’a rien produit de concret depuis des mois. Tant en terme d’action que de propositions. S’opposer à tout est assez facile. Avoir une proposition construite, cohérente et chiffrée par rapport à une problématique concrète est une étape supérieure.

Et j’ai bien peur que par cette action, Alizé ne veuille que recueillir quelques idées de ci de là pour se les approprier et pouvoir rebondir et se placer en pseudo-sauveurs de la profession. C'est intelligent, mais cela ne peut fonctionner.

Nous le savons depuis plus de deux ans maintenant, la lettre clé est amenée à disparaitre, les ROSP actuellement mis à mal chez les médecins sont là, les forfaits sont établis, la réforme de la nomenclature est en cours, les certifications qui sont d’actualité depuis 5 ans… 

S’opposer c’est bien, si l’on apporte une contre proposition. S’opposer juste pour dire que l’on est contre sans rien avancer de cohérent en retour, cela fait illusion mais sans plus...

Faire croire au gens que l’on peut tout refuser, tout remettre en cause est facile. Les faire rêver sur des thématiques telles que l’acte unique à 20-25 ou même 30€ dans une nomenclature simplifiée est devenu aujourd’hui du domaine de l’utopie ou alors il faut ne pas avoir eu connaissance de l’ensemble des publications sur ces sujets depuis 2 ou 3 ans… Mais rêvons quelques instants, cela ne fait pas de mal…

Position que semble partager la FFMKR, puisqu’ils ont annoncé ce matin avoir déposé un recours contre l’avenant N°5. Recours qui semble avoir été déposé unilatéralement sans Alizé qui avait pourtant avancé l’idée de se joindre dans cette bataille.

Peut être que la FFMKR a estimé qu’Alizé avait trop peu à apporter dans cette bataille.

Par ailleurs, en lisant l’édito du dernier actu Alizé j’y ai tout de même compris qu’Alizé s’attaquait directement à la FFMKR et au SNMKR dans le dossier des DE parisiens.

Outre le fait que le directeur de la CPAM de Paris ait réussi son coup en dirigeant l’organe politique d’Alizé là où il voulait les emmener, il est étonnant d’assener de coups ses « partenaires » pour demander l’alliance quelques jours plus tard. D’autant que ces mêmes partenaires ont temporairement eu gain de cause dans ce même dossier. Comme quoi… La politique cela s’apprend !

Espérons que par cette manoeuvre Alizé ne se place pas en mode « Caliméro » pour pouvoir dire « on a essayé mais les autres ont pas voulu »…

Il faut parfois avoir l’humilité de savoir dire « nous avons essayé, mais notre performance n’a pas été à la hauteur de nos attentes », plutôt que de toujours rejeter la faute sur l’autre.

Vous le savez aussi (à lire ici), pour moi la manifestation est devenu une forme de syndicalisme obsolète. D’ailleurs la grève perlée des syndicats du domaine ferroviaire semble à cette heure totalement inefficace. La réforme du statut des cheminots a bien été voté en première lecture et le gouvernement tient bon contre les grévistes.

Mais bon, si Alizé est encore convaincu que ce mode d’action est intéressant, au moins ils auront essayé et je ne peux pas les blâmer pour cela…

 

Le calendrier

Voilà un point clé très intéressant. Le calendrier des actions !

Le mouvement social en cours de la grève perlée s’étend jusqu’au 28 juin « minimum ». Sincèrement, organiser un mouvement de contestation en marge est une totale aberration et passera aux oubliette en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Organiser une action en avril me semble « court ». Mai, est cette année truffé de jours fériés. Cela implique d’organiser cela pour le mois de juillet ou pire le mois d’août… Pour un « printemps de la kiné », nous seront bien avancé dans l’été…

Vous le comprendrez, déjà que je suis très sceptique sur une éventuelle manifestation, mais si en plus elle a lieu durant l’été… Passez de bonnes vacances, nous verrons à la rentrée ce que cela a donné !

De plus vu les messages récents des acteurs d’Alizé sur les réseaux, il semblerait que les « partenaires » n’aient pas « encore » répondu positivement à l’invitation.

Je peux donc vous confirmer sans trop me tromper qu’effectivement, il n’y aura aucune action avant… Un moment certain.

 

L’avenir de la profession

L’avenir est limpide. Il suffit de lire les différentes publications de l’UNCAM et du ministère pour savoir où nous allons et comment. Tout est écrit. Peut être que certains dirigeants d’Alizé ne les ont pas lu ?…

En tous cas, il est inutile d’organiser une quelconque réunion pour avoir la feuille de route.

Pour faire simple. Les hôpitaux « généralistes » vont se restructurer et se transformer en pôles spécialisés. Seuls les grosses structures types CHU resterons généralistes.

Pour remplacer les hôpitaux de proximité manquants, l’état va déléguer leurs compétences, principalement dans le domaine des urgences, vers les maisons de santé pluridisciplinaires.

Les cabinets individuels seront quant à eux, amenés à disparaitre au profit de ces maisons de santé. Le législateur souhaitant normaliser nos cabinets et nos pratiques et ce, sans aucune limitation de sa part.

Et la kinésithérapie là dedans ?

Et bien il va falloir s’adapter rapidement ! N’est-ce pas notre métier l’adaptation ?

Les professionnels salariés, devront s’adapter au nouvelles localisations. Les grilles salariales seront mises en concurrence avec d’autres professionnels pouvant effectuer les mêmes taches à moindre coût.
Les libéraux, entre les limitations nomenclaturaires et l’apparition des forfaits seront eux aussi confrontés à l’ouverture aux soins de profession non règlementées. L’épineux dossier des équivalences européennes nous ayant échappé et notre ordre qui bride un peu plus tous les jours nos capacités d’évolution à l’encontre de nos concurrents (à lire ici) a totalement manqué de clairvoyance. Ajouté au fait que nous n’aurons pas les moyens financiers de nous inscrire pleinement au sein des maisons de santé (à lire ici)…

Cette orientation nous mettra en concurrence directe avec ces autres professionnels qui ont un lobbying plus avancé que le notre qui viennent de s’approprier une partie de la physiothérapie…

De son côté l’UNCAM souhaite nous assommer avec une nomenclature ultra-descriptive, supprimer les lettres clés et nous mettre en esclavagisme avec des forfaits toujours plus nombreux et complexes.

Sans oublier le dossier de la télémédecine (à lire ici) que beaucoup délaissent, mais qui sera aussi pour nous un tournant que nous ne sommes pas en train d’appréhender mais qui sera radical.

 

En résumé, l’avenir est gris, sombre, très sombre même.

 

Conclusion

Si l’appel à l’unité reste louable, attention à ne pas tomber dans le cliché.

Lorsque l’on souhaite définir un partenariat il faut que toutes les parties avancent des idées et des moyens équivalents ou qu’au moins tout le monde y trouve son compte.

Si une seule des partie apporte quelque chose, il est normal que le partenariat ne perdure pas.

Je crains qu’Alizé ne se fourvoie dans une ligne politique désuète et incohérente sans réellement apporter de solutions viables.

 

Vincent Jallu