Nuages

En ce début d’année 2026, intéressons nous aux dernières publications statistiques de l’assurance maladie.

Nos revenus conventionnels ainsi que notre activité ont été mis à jour.

 Pour vous épargner une lecture longue et parfois ennuyeuse, voici un résumé des données chiffrées…

 

Contrairement à toutes les fausses idées véhiculées, nous travaillons en moyenne le même nombre de séance par an qu’il y a 10 ans, de l’ordre de 4280 actes par an.

Nous gagnons plus qu’il y a 10 ans (presque +8%). Donc toutes celles et ceux qui vous racontent que nous n’avons pas été augmentés depuis X années vous racontent n’importe quoi. Nous devrions même nous poser des question sur la déontologie de ces gens…

Toujours en moyenne sur ces 10 années notre revenu conventionnel est à -7.3% par rapport à l’inflation (la différence la plus élevée étant entre 2016 et 2024 avec -14.68%). Cependant depuis 5 ans cette différence moyenne n’est que de -1.57%.

Notre acte moyen est à 19.41€ soit une augmentation de +2.31% entre 2016 et 2023 (malheureusement les données ne sont pas disponibles sur 2015-2024).

Le coût global de la kinésithérapie a lui par contre augmenté de 39.92% passant de 4.86 milliards d’euros à 6.8 milliards d’euros. Sans que le nombre d’actes par kinésithérapeute augmente et avec une augmentation tarifaire de seulement +8%, il semble évident que la source de cette explosion du coût de la kinésithérapie soit lié à notre démographie. En effet, nous sommes passé de 61578 kinésithérapeutes conventionnés à 82101 (+33.33%).

 

Pour cet article nous allons nous intéresser aux statistiques entre 2015 et 2024 soit 10 ans et 2016-2023 pour les données d’activité.

Les données d’inflation sont issues des données INSEE. Les autres données sont issues des données Ameli. Le montant des honoraires est donné sans DE, ce sont donc les montants conventionnels qui sont utilisés.

Le terme « AMK moyen » indique l’acte moyen toutes clés confondues.

 

En guise de premier graphique, je vous propose le premier montrant l’inflation, le montant des honoraires moyens, la démographie, le coût total de la masso-kinésithérapie, le nombre d’actes totaux, le nombre d’actes par MK et le montant de l’acte moyen, le tout relativement à l’année 2015.

Le graphique de droite, reprend les mêmes données mais sous la forme de données standardisées.

MatMatStd  

La standardisation des données, pour celles et ceux qui ne connaissent pas cet outil, permet de supprimer les effets d’échelle. Nous avons ainsi toutes les courbes centrées autours de 0 et réduite par l’écart type. Pour faire simple, cela permet de comparer plus facile les courbes entres elles.

 

Entre 2015 et 2024, l'inflation cumulée est passée de 1 (base de calcul) à 1.198 soit 19.8% d'augmentation. Le montant des honoraires moyens est passé de 78415 à 84670 (+7.98%), soit un recul de 11.82% par rapport à l'inflation cumulée. Notre démographie conventionnée est passée de 61578 à 82101 (+33.33), Le coût global de la masso-kinésithérapie est passé de 4.86Md€ à 6.80Md€ (+39.92%), le nombre total d'actes est passé de 273M à 337M (+23.44%). Entre 2016 et 2023. Le nombre d'actes par MK est passé de 4280 à 4282 (nous ne travaillons pas plus qu'il y a 9 ans !), l'AMK moyen est passé de 18.97 à 19.41€ (+2.32% ce chiffre en comporte pas l'année 2015 et les augmentations de l'année dernière, d'où la différence avec les +7.98% de revenu moyen avec un nombre d'acte constant. Là encore, celles et ceux qui vous disent que l'on a pas été augmentés vous induisent (volontairement ?), en erreur).

À noter, un point presque "inquiétant" pour toutes celles et ceux qui comme moi prônent la qualité des soins. Lorsque le nombre d'actes diminue (passant de 4300 à 3593 actes par an soit -16.44%), le montant de l'AMK moyen semble augmenter (passant de 18.88€ à 19.81€ soit +4.93%). Ce point sera vérifié un peu plus tard dans l'article.

 

Intéressons nous maintenant au rapport entre nos revenus et l’inflation

HonoMInfHonoMInfStd  

Nous voyons que sur la période, 2015-2016, nos revenus étaient en forte hausse par rapport à l’inflation. 2016-2018, monté de l’inflation, diminution de nos revenus, 2018-2019 les deux pentes sont quasi identiques. 2020, « les cabinets doivent fermer », mauvaises décisions de notre ordre, mauvaise gestion de crise, évidement grosse chute.

2021, léger rebond mais l’inflation elle décolle en post covid. 2021-2022, période de remboursement des aides, rattrapages d’Urssaf, mauvaise année. Et depuis 2022, la pente de nos revenus et de l’inflation sont cohérentes et parallèles mais voilà, l’écart observé entre 2021 et 2022 perdure.

 

Étudions maintenant quels auraient été nos revenus si ils avaient suivi l’inflation, par année, depuis 2015

HonoInfan 

En moyenne sur les 10 dernières années, le montant de nos honoraires conventionnés est en moyenne à -7.29% en dessous de l'inflation. À noter que depuis 2020 cette différence moyenne n'est que de -1.57%. Nous sommes très loin des chiffres anxiogènes de certains syndicats. Et après on se demande pourquoi les nouveaux diplômés ne se syndicalisent pas... C'est simple, ils ne se reconnaissent pas dans les mensonges véhiculés.

 

Essayons désormais d’analyser qui influence quoi et comment

Je vous propose une matrice de corrélation entre les différents paramètres associée à une analyse en composante principale et à un dendrogramme. Ces trois analyses, même si elles ne remplacent pas une analyse fine des facteurs de confusion permettent déjà de se faire une bonne idée des influences entre les facteurs. Dans un but de ne pas alourdir ce processus, seules les conclusions sont présentées. 

MatCorACPDendogram  

Poursuivons par une analyse de régression linéaire multivariée. Malheureusement l’analyse des résidus montre une non normalité de ce modèle. Il convient donc de faire une analyse 2 à 2.

Au final…

Le coût global de la kinésithérapie est fortement corrélé au nombre total d'actes effectués, r=0.98. Les deux semblent reliés par une relation linéaire (p=2.16e-5; b=-0.05 a=1.1)

Le coût global de la kinésithérapie est fortement corrélé à la démographie, r=0.92. Les deux semblent reliés par une relation linéaire (p=2.16e-5; b=-0.17 a=1.15)

Le coût global de la kinésithérapie est fortement corrélé à l'inflation, r=0.95. Les deux semblent reliés par une relation linéaire (p=2.3e-5; b=-0.75 a=1.78)

Concernant le coût global et les honoraires moyens par MK, la corrélation est modérée, r=0.67. Cependant le modèle linéaire n'est pas vérifié. En plus d'être dans la limite de l'acceptable (p=0.033), les résidus ne suivent pas une distribution normale. Nous ne pouvons donc pas conclure sur la relation entre ces deux variables.

Le coût global de la kinésithérapie n'est pas corrélé au nombre d'actes par MK, r=0.36, ni au montant de l'AMK moyen, r=0.24 et encore moins au coût de l'AMK moyen (r=0.24). Sur ce dernier point, il ne semble absolument pas exister de relation linéaire entre les deux (p=0.928).

Le montant des honoraires moyens est fortement corrélé au nombre d'actes moyen par MK, r=0.96. Il semble exister une relation linéaire entre les deux (p=1.72e-4; b=0.25 a=0.79)

Bien qu'il existe une corrélation inverse très modérée entre le montant des honoraires moyens par MK et le montant de l'AMK moyen, r=-0.57, il ne semble par exister de modèle linéaire entre les deux (p=0.1433)

Il semble exister une corrélation inverse entre le nombre d'actes par MK et le montant de l'acte moyen, r=-0.78. Le modèle linéaire est à la limite de l'acceptable (p=0.023; b=1.28 a=-0.28).

Cela semble confirmer notre impression à l'analyse globale des courbes standardisées. Il faudra à l'avenir rester très vigilant sur ce point qui pourrait politiquement remettre en cause un modèle à nombre d'actes bas...

 

En conclusion

De nombreux kinésithérapeutes, y compris des représentants syndicaux d’ampleur nationale ne présentent les chiffres que par rapport au montant de la lettre clé, sans jamais se soucier des hausses de cotations et finalement du montant de l’acte moyen. De plus ils s’appuient sur des chiffres non opposables ou sur des échantillons dont les critères ne sont pas connus.

En plus de biaiser l’analyse, cela entraine un climat anxiogène au sein de la profession uniquement destiné à augmenter leur nombre d’adhérents. Rappelons leur que cette posture est contraire à la déontologie professionnelle et qu’il font honte à notre profession.

J’imagine bien nos tutelles pensant « ils ne savent même pas compter et ils veulent une augmentation et l’accès direct ? »…

 

Vincent Jallu