La Profession
Attention au mélange des genres...
à venir (dans un ordre non exhaustif !)...
les négociations conventionnelles
le tarif d'autorité
les contrôles
la requalification des actes
les urps
les maisons de soin, de santé, pluridisciplinaires...
- Details
- Written by Stéphane Flori
- Hits: 3776
Bonjour à tous,
Comme beaucoup j’ai reçu ce matin le communiqué de presse de l’HAS comme une nouvelle attaque frontale de mon métier. L’HAS n’est là que pour défendre la bonne pratique médicale et non une corporation. Je regrette cependant que la vision de cet article, jeté en pâture aux médias, ne parle que du système hospitalier avec son évaluation qui lui est propre. Je constate qu’il n’y a pas de preuve pour la kiné respiratoire en ambulatoire NI dans un sens NI dans un autre car cela n’a pas été évalué d’une façon acceptable par faute de moyens financiers mis en œuvre.
La Bronchiolite du nourrisson touche les bronchioles, ce n’est donc pas une bronchite ou un rhume. Je trouve affligeant de lire régulièrement le terme bronchiolite sur des rhinites car cela jette finalement l’opprobre sur un traitement. Voir pire cela montre à quel point la médecine de première intention est incapable de faire la différence. Car oui en utilisant la toux provoquée et après avoir dégagé le nez de l’enfant le masseur kinésithérapeute peut faire un diagnostic différentiel prendre le choix de faire ou pas un acte particulier.
L’HAS nous parle, pour faire le buzz, de techniques qui ne sont plus utilisées depuis maintenant quelques années, et théoriquement plus enseignées dans les écoles ( je suis diplômé de 1994 et le clapping était déjà décrié et non enseigné). Je ne sais quoi penser de la crédibilité du coup de cette recommandation. Les personnes qui ont pris cette décision sur l’intérêt de kinésithérapie respiratoire sont-ils des immortels ?
Cependant c’est peut-être une véritable chance pour nous masseur kinésithérapeute.
Voilà le test grandeur nature de l’efficacité de cette technique : « l’évaluation de la kinésithérapie libérale dans les cas de bronchiolite ». L’état, par cette publication, vient de transformer tous les bébés français comme des enfants de test, et lui permet de contourner la loi sur bio éthique.
En cette époque troublée aux urgences, conseiller d’appeler le 15 est une stratégie audacieuse surtout quand il y a des professionnels tout indiqués qui pourraient faire le tri et surveiller l’évolution.
Par ailleurs, l’évaluation de certains médicaments m’interroge. A force de diagnostiquer systématiquement des bronchiolites comme une maladie générique (même pour des rhumes ou bronchite …) certains enfant se retrouvent en 2eme voir 3eme bronchiolite et donc suivant le protocole médical sous couverture médicale. Alors oui, des enfants sont sous traitement alors qu’ils n’auraient pas dû, à qui la faute ? Commençons par trouver le bon traitement pour la bonne pathologie... pas pour faire plaisir a une profession ni pour faire plaisir aux parents.
Enfin, conseiller le lavage de nez, est une idée, mais quelle technique utiliser (car chaque professionnel y va de sa propre technique)? dans quelles intentions ? Car là encore certains croient à une technique de Harry Potter.
Je vais consulter le rapport entier de l’HAS mais je suis désolée pour tous ces enfants qui seront victimes de ce communiqué de presse.
Je continuerai à surveiller les enfants qui me sont confiés et empêcher une sur contamination croisée.
Je vais continuer à éviter l’encombrement hospitalier des urgences en cette période de pic des bronchiolites.
Stéphane FLORI
- Details
- Written by Vincent Jallu
- Hits: 4179
Nous sommes un régime autonome
Cela veut dire quoi ? Nous contrôlons notre retraite. Depuis la cotisation jusqu’â la pension en passant par la gestion du rendement de nos placements.
Le gouvernement nous propose d’acheter des points, dont le montant pourra être variable dans le temps avec un rendement fixe (du moins sur le papier) et dont la gestion est totalement opaque. Si le montant du point augmente, le rendement global baisse, premier piège de cette réforme.
Qui va gérer notre argent ? Comment ? Êtes vous près à confier votre capital à quelqu’un qui a 2400 milliards de dette ? Et bien on va vous l’imposer !
Le gouvernement nous propose donc l’incertitude et l’équilibre précaire dans une gestion médiocre.
Pire, on nous assimile parfois aux régimes spéciaux. Régimes qui au contraire des régimes autonomes, vivent au crochet de la société en favorisant leurs cotisants et en étant très souvent largement déficitaires.
Les régimes spéciaux coûtent aux françaises et aux français, les régimes autonomes, à l’inverse, sont bénéficiaires et reversent une partie de leurs bénéfices à la solidarité nationale.
Ce que nous propose le gouvernement c’est une véritable étatisation de notre retraite
En effet nous ne serons plus maitres de nos cotisations, de la gestion de nos capitaux et de nos pensions.
Le seul pays dans le monde où cela existe est un modèle économique et démocratique, la Corée du Nord !
C’est comme si demain on nous disait « nous allons vous salarier… mais vous continuerez de payer votre loyer, d’investir dans vos locaux et votre matériel avec bien sur une totale incertitude sur la pérennité de votre salaire ».
Hausse de cotisations ou pas ?
Le gouvernement est intelligent. En préparant le terrain il voit comment les gens réagissent et comment il faut adapter la réforme pour que cela passe « en douceur ».
Au départ était prévu une hausse de cotisation de 16% et dont la formule de calcul était « obscure ».
Au final on nous annonce « pas de hausse de cotisations ». Et pourtant nous allons bien perdre 16% dans la bataille.
En effet, les hausses sont « compensées ».
Compensé ne veut pas dire que cela n’existe pas, cela veut dire que l’on va prendre de l’argent quelque part pour vous donner l’illusion que vous ne payez pas plus.
Mais l’argent que l’on aura pris ailleurs il faudra bien le rembourser un jour où l’autre.
C’est comme prendre un crédit pour rembourser un autre crédit.
L’état nous oblige dans le mécanisme des compensation à nous sur-endetter.
Enfin n’oublions pas qu’. Si dans 10 ou 15 ans l’état s’aperçoit que le régime universel bat de l’aile, il pourra largement décider de retirer telle ou telle compensation.
La problématique de la CSG
La première compensation se fait par le biais de la CSG. Nous allons payer moins de CSG mais plus de cotisation retraite.
Très bien. Mais il y aura donc moins d’argent dans la caisse du régime de la CSG ?
Qui va payer à votre avis ?
En partie nous, en partie tout le monde.
La CSG sert à rétribuer la sécurité sociale, ne l’oublions pas. Autant de recettes manquantes donnent en finalité autant de non augmentation des professionnels conventionnés.
L’ASV
Dans notre régime conventionnel nous avons un avantage qui s’appelle l’Avantage Social Vieillesse. Pour résumer, l’UNCAM (la sécurité sociale) paye une partie de notre ASV.
Le gouvernement nous annonce que l’UNCAM va augmenter l’ASV pour compenser la hausse de cotisation.
Très bien. Mais si l’UNCAM dépense plus dans l’ASV, elle dépensera moins en frais de santé. Et donc nos tarifs augmenteront encore moins (déjà que…).
Ajouté à la diminution des cotisations de CSG comme nous l’avons vu, la disette de nos tarifs est à craindre !
N’oublions pas non plus que l’ASV a déjà été en cessation de paiement, fonder une réforme sur des compensations qui n’ont aucune pérennité est absolument déraisonnable.
L’abattement
Pour continuer à pondérer la hausse de tarif le gouvernement nous annonce un abattement de 33% sur l’assiette de calcul.
Sans rentrer dans le détail mathématique, je vous citerais juste un exemple.
Quand j’ai débuté mon activité, avec l’adhésion à une association de gestion agréée (AGA) j’avais 20% d’abattement sur mes revenus.
Et puis un jour le conseil d’état a décidé que non cela n’existait plus. Et qu’à la place il y aurait une majoration de 25% en cas de non adhésion. Rendant ainsi l’AGA quasi obligatoire et augmentant le montant de l’impôt sur le revenu.
« L’abattement » que l’on nous promet pourrait suivre le même chemin.
Encore un argument pour refuser l’étatisation de nos retraites.
La problématiques des « réserves »
Les fameuses « réserves » sont en fait des provisions de pensions.
Parlons simplement. Imaginons que vous ayez un « livret A » et que vous ayez 9600€ d’économies pour vous payer vos vacances.
L’état vient cous dire « il va y avoir une hausse d’impôts ». Nous avons bien pensé venir vous voler votre livret A pour compenser la dite hausse, mais on s’est aperçu que l’on avait pas le droit.
Donc on vous laisse votre livret A mais avec vous prendrez 100€ par mois dessus pour compenser la hausse d’impôts. Comme cela on vous fera croire qu’il n’y a pas de hausse.
Mais bien sur, dans 8 ans votre livret A sera vide et vous devrez vous débrouiller pour trouver les 100€ mensuels. Et au passage, fini les vacances !
Voilà ce que le gouvernement nous propose avec comme effet d’annonce « victoire, vous conservez vos réserves » !
L’impôt sur le revenu et l’URSSAF
En compensant les hausses de cotisations, le gouvernement s’assure que notre imposition sur le revenu reste stable.
Habituellement quand on diminue notre bénéfice, fatalement nous payons moins d’impôts sur le revenu et cela abaisse aussi les cotisations d’URSSAF.
En modifiant les modes de calcul et en compensant les hausses, votre bénéfice restera presque stable à 1-2% près. Du coup vous continuerez à payer le même impôt sur le revenu et les mêmes cotisations d’URSSAF (à l’exception de la CSG comme vu plus haut).
C’est très intelligent.
Le gouvernement réussi à vous faire gagner moins tout en maintenant le niveau de l’impôt sur le revenu et de l’URSSAF.
Pour résumer, vous gagnez moins mais lui gagne la même chose.
Le seul vainqueur dans cette réforme c’est l’état, mais en aucun cas nous.
Si nos cotisations augmentent, notre retraite aussi ?
Et bien non. Avec l’étatisation de notre retraite nous perdons en rendement global. Et ce n’est pas anodin car vu notre niveau de rendement actuel, si il baisse de 1% il faut cotiser 18% de plus pour avoir le même niveau de retraite.
Donc non, le niveau de notre retraite ne va pas augmenter, pire, il risque globalement de diminuer car le rendement annoncé par le régime universel a toutes les chances de baisser par une augmentation du prix d’achat du point.
La clause « grand père », reculer pour mieux sauter
Cette clause grand père est le fait de n’appliquer la réforme qu’aux nouveaux venus sur le marché du travail.
Nous entendons aussi parler de délais de 20-25 ans pour la mise en place complète du régime universel.
Tout décalage dans le temps n’est qu’un moyen d’obtenir la paix sociale sur l’instant pour plonger les générations futures dans une catastrophe financière.
Sur les 20 dernières années nous n’avons fait que de perdre du pouvoir d’achat. Aucune augmentation sérieuse, des charges qui ne font qu’augmenter. Pensez vous réellement que l’UNCAM, avec la baisse des recettes de CSG et l’augmentation de l’ASV sera capable d’augmenter nos tarifs ? Non. Alors miser sur le fait que tout ne s’appliquera que « plus tard » est une colossale erreur.
La solution
Elle est simple. Restons autonomes. Mieux, je propose une réforme au gouvernement. Nivelez par le haut, favorisez l’excellence.
Autonomisez toutes les caisses !
Voilà la solution parfaite pour tout le monde.
En disant aux régimes spéciaux « vous avez 20 ans pour revenir 100% autonomes », l’équation va être très simple. Notre caisse et toutes les caisses déjà autonomes seront leur participation à la solidarité nationale diminuer pour disparaitre et ainsi nos régimes actuellement autonomes deviendront encore plus bénéficiaires, ce qui permettra d’anticiper toute crise démographique envisageable, voir d’augmenter le rendement global des régimes de base.
Appel aux syndicats
À ce jour, seul Alizé s’est courageusement engagé à l’encontre de cette réforme.
La FFMKR suit pour l’instant l’avis de la FFPS. Cependant avec le renouvellement de son bureau et de son équipe fédérale, j’ai bon espoir que…
Le SNMKR, à la vue du discours de ses cadres est convaincu par la réforme.
Effectivement il faudra se souvenir de qui a signé l’avenant 5 et de qui accepte de plier devant le gouvernement à chaque instant.
Les élections des URPS approchent et donc le vote pour savoir qui nous souhaitons mettre en place pour nous représenter.
Les syndicats ne négocient rien et ne font que botter en touche. Le seul but est de vous faire une belle annonce « cela ne vous coutera rien de plus, nous conservons nos réserves et tout sera lissé sur 25 ans » en négligeant de vous parler de tous les pièges que nous venons de voir. Comme nous l’avons vu, ce message est un mensonge uniquement destiné à vous faire croire que ces syndicats sont essentiels alors que leur rôle s’est limité à dire « oui monsieur le haut commissaire à la réforme des retraites, bien sur monsieur le haut commissaire à la réforme des retraites, cependant, nous pensons qu’avec un petit peu de vaseline… ».
FFMKR, SNMKR, venez rejoindre Alizé au sein du collectif SOS Retraites. La FFPS est pervertie par les ambitions personnelles et les volonté électorales.
Messieurs dames les élus du conseil national de l’ordre, prenez vos responsabilités, si vous ne pouvez vous engager au titre du CNO, engagez vous en votre nom propre.
Ayez toutes et tous le courage de réellement défendre les masseurs-kinésithérapeutes.
Vincent Jallu
- Details
- Written by Vincent Jallu
- Hits: 5459
Voilà, depuis hier soir nous en savons un peu plus sur le mode de calcul du régime universel de retraites.
Monsieur Delevoye était invité au congrès de la CARPIMKO.
À cette occasion il a pu préciser quelques points importants.
La stratégie du gouvernement
Elle est simple. On lance un idée. On ne sait rien de la faisabilité et surtout on ne calcule rien.
On fait une annonce en disant « on maitrise tout, ayez conficance ».
On créée de fait un climat anxiogène en disant que les uns et les autres ne savent pas lire ni compter et au final on dit « bon vous n’aviez pas complètement tort, mais c’est comme ça ».
Et surtout « ha, au fait, nous sommes pressés pour écrire les textes nous devons négocier en moins de 2 mois. Personne n’a rien à dire, parfait. ».
Voilà, l’ambiance est posée…
L’assiète de calcul
Très bonne surprise, tous les scénarios avancés jusqu’à maintenant sont faux.
Monsieur Delevoye qui argue depuis la remise de son rapport que tout est clair et transparent, a finalement réussi à cultiver l’angoisse et l’obscurité autour du mode de calcul.
Pour essayer de faire simple, l’assiète de calcul sera égale au chiffre d’affaire moins les charges d’exploitation et sur quoi un abattement de 33% sera appliqué.
Nous paierons donc notre cotisation retraite de 28% sur cette assiète.
Mais soyons rassurés des compensations sont prévues !
La CSG
En guide de première compensation, l’assiète de calcul de la CSG sera identique à celle de la cotisation retraite.
Nous aurons donc une baisse significative de l’ensemble des cotisations de CSG. Mais pas assez pour compenser la hausse de cotisation retraite.
L’ASV
En guise de seconde compensation, une augmentation de l’ASV est prévue.
Monsieur Delevoye ne sait pas encore comment, et ne semble pas au courant que monsieur Revel fait mine de n’être au courant de rien...
Cela n’augure rien de bon !
Pire, l’ASV est un avantage conventionnel. Devons nous craindre un chantage du type « votre ASV augmente, du coup pas d’augmentation de tarifs » ?
J’attire particulièrement l’attention de nos syndicats représentatifs sur ce piège catastrophique qui se dessine. C’est inacceptable !
Et pourtant l’ASV est la compensation majeure de la réforme.
Par ailleurs les professionnels non conventionnés ont fort à craindre puisque pas d’ASV pour eux…
Et le montant de notre retraite ?
Le pire dans cette réforme est l’escroquerie de la valeur d’achat du point.
En effet, il est prévu que 10€ donnent 1 point qui lui même vaudra 0,55€ de pension. Et si la valeur de 0,55 est « garantie », le montant d’achat lui ne l’est pas.
Ainsi dans dix ans le point pourra valoir 12€ et non plus 10, soit une augmentation de 20%. Mais entre temps vos honoraires n’auront pas augmentés de 20%. Vous n’achèterez donc plus le même nombre de point. Votre pension au final baissera donc systématiquement.
C’est ainsi que le pantin Delevoye, homme de paille, qui visiblement est totalement incapable de chiffrer correctement sa réforme, affirme que notre retraite sera meilleure sans même avancer un chiffre, sans même pouvoir dire comment l’ASV compensera notre hausse et sans aucune garantie.
La présidente de la CARPIMKO lui a d’ailleurs fait remarqué qu’elle ne partageait pas son scénario quant à la modification de la valeur de nos retraites. Le seigneur Delevoye n’a rien trouvé à répondre en dehors de l’une de ses phrases emphatiques sans intérêt.
Au final…
Le chiffre de 6% a été évoqué à plusieurs reprises.
Voilà la réalité. Sous couvert de longs et ennuyeux discours de langue de bois, nous allons perdre 6% de cotisations non compensées.
Pour faire simple, vous prenez votre BNC (le chiffre en bas de votre 2035), vous le multipliez par 0,0402 et vous obtenez le montant de votre perte annuelle.
Les masseurs kinésithérapeutes vont donc perdre en moyenne 1650€ par an.
Le tout en espérant que ce qui est promis soit tenu, que l’assurance maladie joue le jeu de l’ASV et que les règles soit pérennes.
Malheureusement, l’ASV justement, nous avons déjà donné ! Il n’y a aucune garantie dans la durée.
Le tout avec une pension de sortie qui pour l’instant est incalculable sauf à faire confiance à des théories déjà remises en cause !
Nous n’avons donc aucune garantie sauf celle de perdre à minima 1650€ par an.
Au final cette réforme va vous couter une semaine de congés en moins par an ou 45 minutes de travail supplémentaire par jour !
Si vous trouvez cela acceptable, moi non.
Il n’y a pas d’alternative, je continuerais à m’investir au sein du collectif SOSRetraites pour lutter contre cette abomination.
J’appelle nos syndicats représentatifs à rejoindre le collectif sans attendre.
On nous vante du vent, on saisit au moins une partie de nos réserves, on augmente nos cotisations et nous devrions accepter cela parce qu’un prince nous l’impose ?
Aux armes citoyens, Tranchons la tête du monarche.
Non à la réforme. Oui à la conservation de notre régime autonome.
Vincent Jallu
- Details
- Written by Vincent Jallu
- Hits: 4549
J’entends de ci de là certains confrères et consoeurs dire « cette réforme des retraites n’est pas si mal que ça, la hausse de cotisation ne va pas être si importante ».
J’ai donc pris l’initiative d’essayer de vous expliquer l’arnaque financière de grande envergure que cette réforme représente.
Au delà de la hausse de cotisations, de la baisse des pensions, de l’incertitude autours des compensations illusoires et non pérennes, il est un sujet bien plus important. Celui des réserves de la CARPIMKO et de l’ensemble des caisses autonomes.
Où en sommes nous
Laissez moi vous raconter une histoire.
Il était une fois une cigale. Elle chantait tout l’été et dépensait sans compter. Sa copine, la fourmi, elle, faisait des réserves pour quand elle serait trop vieille pour travailler. Comme c’était une bonne copine, la fourmi donnait plus de la moitié de ses récoltes à la cigale pour qu’elle puisse vivre.
Et un jour, la cigale dit à la fourmi, « tu sais quoi, on va vivre ensemble, tu devras me donner encore plus qu’avant, mais comme je sais que tu ne le pourras pas car tu travailles déjà trop, tu utiliseras ta réserve pour quand tu seras vieille pour compenser ».
Et bien voilà, c’est exactement ce que nous propose le gouvernement. Il est la cigale et nous sommes la fourmi. Utiliser notre réserve pour masquer le coût de la hausse des cotisations et pour financer une partie des autres régimes.
Pire, au départ, on nous a fait croire que l’on allait voler notre réserve. Et puis au fur et à mesure du temps on nous dit « mais non vous allez la garder… mais… ».
On essaye de nous faire avaler cette couleuvre qui dit que l’argent économisé destiné à payer nos pensions devra finalement non pas être redonné aux adhérent mais lisser les hausses de cotisations que nous allons subir.
C’est une manière très politiquement correcte de dire « vous nous avez déjà donner plus de la moitié de vos cotisations et comme nous avons remarqué que vous étiez trop bon (ou trop c…), on va continuer à vous ponctionner ».
Pire, monsieur Delevoye, en contradiction avec monsieur Macron, affirme qu’une partie des réserves seront administrées en tant que fond périmètré avec uniquement un « droit de regard » de la part des caisses ayant constitué ces réserves !
Pour parler simplement, imaginez que votre banquier vous dise « je vais dépenser une partie de votre livret A et vous pourrez regarder, mais ne rien dire ! ». Seriez vous d’accord pour cela ?
Attentions aux effets d’annonces
Nous commençons à voir de ci de là des entités telles que l’UNAPL annoncer qu’une solution pourrait être non pas un régime universel pour tous, mais 3 caisses en lieu et place des 42 existantes. Une caisse pour les salarié du public, une autre pour les salariés du privé et enfin une caisse pour les libéraux.
Cette solution est aussi stupide qu’incohérente. En effet elle ne résout rien. Une caisse pour les libéraux, en dehors du fait qu’il faudrait que tous les libéraux soient d’accord pour se mettre en commun, ce qui est loin d’être le cas, ne résout pas la hausse de cotisation ni la conservation des réserves pour uniquement financer les pensions.
Nos syndicats représentatifs au sein de la FFPS doivent avoir la même lecture, garder ses réserves ne veut pas dire qu’elles serviront uniquement au paiement des pensions. Les fonds périmètres sont une honte, le lissage des cotisations par les caisses est une abomination.
Par contre si l’UNAPL ou la FFPS ou l’un de nos syndicats représentatifs venait à dire à grand coup de communication « nous conservons nos réserves », sans plus de détail, le kinésithérapeute « lambda » pourrait croire que tout est gagné. Or il n’en serait rien.
Pire, on pourrait nous dire, tout va bien, les réserves vont compenser les hausses de cotisations, nous n’aurons que 0,25% d’augmentation par an pendant 20 ans, c’est totalement insignifiant et tout est parfait, nous avons fait notre job de syndicat représentatif, votez pour nous !
Oui mais non... depuis 20 ans, nous avons perdu 27% de pouvoir d’achat. Dans 20 ans, nous n’aurons plus de réserves, nous aurons encore 10 ou 20% de perte de revenus par rapport à l’inflation et les 0,25% par an se seront transformés en 5% de perte nette. Voilà ce qui se cacherait derrière une telle annonce.
La démographie, point clé
Pour alimenter son discours, monsieur Delevoye argue que notre démographie va exploser et que de fait, à terme, notre caisse de retraite ne sera pus capable de supporter le montant des pensions à verser.
Qui plus est, l’éminent congrès de notre magnificient ordre qui n’en finit pas de creuser notre tombe ne fait que renforcer cette idée. Et pourtant… Ils ont tort.
Aujourd’hui, nous sommes en période de « plein emploi » au sein de notre profession. Notre pays est donc très attractif pour nos concurrents, pardons nos confrères et consoeurs européens. Qu’en sera-t-il dans 15 ans quand nous aurons un taux de chômage de 10 ou 15% ? Serons-nous toujours aussi « attractifs » ? Qu’en sera-t-il quand nos tarifs seront en dessous du revenu minimum du Bengladesh et que nous devront travailler 80h par semaine pour continuer à payer nos crédits ?
Voilà l’erreur majeure des pseudos intellectuels qui ne sont là que pour nous vendre des illusions.
Place aux propositions
Trois propositions.
- conserver l’ensemble des régimes autonomes en dehors du régime universel
C’est une proposition simple et juste. Les régimes autonomes n’ont pas à mettre mis sous tutelle de l’état au sein du régime universel. Nous n’avons pas à subir une idée tirée de la pensée Coréenne du nord.
- proposer aux professionnels d’avoir le choix
Il pourraient choisir entre le régime universel ou rester au sein de leur régime autonome. Si le régime universel est aussi performant que monsieur Delevoye le prétend, alors notre caisse mourra de sa belle mort, sans adhérents. À l’inverse si notre caisse est plus performante, le gouvernement devra faire sans nous…
- rendre toutes les caisses autonomes
Le régime universel est un nivellement par le bas. Il ne félicite pas les bons élèves, au contraire il les puni et il renforce les convictions des mauvais élèves. Continuez à dépenser puisque les bons élèves paieront pour vous !
Ma proposition est simple. D’ici 30 ans, l’ensemble des 42 caisses deviendront autonomes. Bien sur, d’ici 30 ans, les caisses actuellement autonomes réduiront leur part de compensation nationale, ainsi félicitant les bons élèves pour leur travail de fourmi magnifiquement réalisé. À terme, les compensations inter-régimes disparaitront. Les régimes actuellement en déficit auront 30 ans pour se débrouiller avec leurs adhérents pour redresser la barre.
Enfin dernière proposition qui n’en est pas une, juste une petite pique humoristique… J’aimerais bien lire les statuts des différentes caisses de retraites, juste pour voir si il serait possible que l’ensemble des caisses autonomes puisse « sécuriser » ses réserves à l’étranger.
Je serais en effet curieux de voir la tête de monsieur Delevoye ou de monsieur Macron si un jour on pouvait lire « oups, les 165 milliards des caisses autonomes sont partis au Luxembourg » !
Vincent Jallu
- Details
- Written by Vincent Jallu
- Hits: 4436
Depuis hier une forme d’agitation dans le microcosme kinésithérapique se fait sentir.
En effet, certains affirment que nous avons obtenus l’accès direct !
Nous avons même depuis ce matin une belle démonstration de toutes celles et ceux qui demandent l’accès direct depuis ces 10 dernières années, pour savoir qui d’entre eux a la paternité du projet ! Ils ont tous rencontré Thomas Mesnier, ils ont tous blablabla etc. Tous nos représentants sont les plus forts, les meilleurs, mais ça on le savait depuis longtemps. Non la réalité c'est que tout le monde a besoin d'adhérents ! Donc une bonne nouvelle, cela favorise les élans syndicalistes et cela redore le blason des ordres.
Cependant, si cette nouvelle pourrait être une superbe avancée pour notre profession, je pense qu’il est de mon devoir de vous informer que cette nouvelle est une « fake news » ! Nous n’avons pas l’accès direct.
L’accès direct c'est aller chez son kinésithérapeute sans passer par la case médecin et ce, en toute liberté. C’est la personne qui sent que son périnée montre des signes de faiblesse et qui se dit « je vais aller voir mon kiné pour régler le problème », c’est l’hémiplégique qui se dit « est-ce que mon kiné peut m’aider à gérer ma sycinésie, je vais aller le voir sans passer par mon médecin », c’est la maman qui s’inquiète pour son bébé qui s’encombre, c’est ce joueur de foot dont la ligamentoplastie ne le rassure pas, c’est cette dame qui aimerait bien revoir le kiné pour sa prothèse de genou etc… Ce sont tous ces gens qui voudraient venir voir leur kiné sans passer par leur médecin. C’est ça l’accès direct.
Une vraie question philosophique se pose. Sommes nous « juste » compétents sur l’entorse de cheville et le lumbalgie aiguë ? Non. Nous sommes masseurs-kinésithérapeutes entiers et fiers de l’être.
Pire, certains pseudos-intellectuels grateurs de papier qui nous dirigent ont lu « à la va vite » et nous voient déjà en train de faire des diagnostiques avec des droits de prescriptions ou je ne sais quoi d'autre.
Protocole de coopération
Voilà l'expression qui change tout et qui fait que nous n’avons pas l’accès direct.
Entorse de cheville, lombalgie aigüe. Encore des mots réducteurs de notre activité. Et tous ces mots mis ensemble donnent non pas l’accès direct, mais « une expérimentation à durée déterminée pour voir si cela apporte quelque chose dans l’engorgement des urgences ou pas ». Cela ne donne en aucun cas « un accès direct sans conditions à la kinésithérapie ». Voilà où se situe l’erreur d’interprétation.
Qui dit protocole de coopération dit « objectifs ».
L’objectif primaire est le désengorgement des urgences. L’objectif secondaire est « que cela coûte le moins cher possible ».
Il est donc fort à parier que cette coopération se fera uniquement dans ce cadre et avec ces objectifs.
Et lorsque le protocole sera bilanté d'ici à quelques mois ou années, si les résultats ne sont pas à la hauteur, ils ne seront pas reconduits. Du coup, nous perdront de facto "l'accès direct". Retour au point de départ.
Les kinésithérapeutes vont ils jouer le jeu ?
Je pense que non. Pourquoi ?
Nous n’avons pas besoin de patientèle supplémentaire. Nos cabinets sont déjà engorgés et nous n’avons aucun temps libre.
Quelles seront les contraintes imposées ? Présence le week-end ? Présence la nuit ? Devrons nous faire l’administratif en lieu et place de l’hôpital et le transmettre par réseau sécurisé ? Devrons-nous faire partie d’une vilaine CPTS (à lire ici) voir d’être sous le coup d’un PEPS ou d’une IPEP (à lire ici)
Les kinésithérapeutes sont déjà sous la pression d’un emploi du temps chargé. Des amplitudes horaires importantes. Où vont-ils pouvoir créer des créneaux pour ces urgences ?
La prise en charge des urgences se fera soit au détriment des autres patients soit ne se fera pas. Dans tous les cas c’est une mauvaise solution.
D’ailleurs, ne l’oublions pas, depuis 2016, le kinésithérapeute est déjà à même de prendre en charge des urgences. Combien d’entre nous l’ont fait et à quelle fréquence ? Cela reste anecdotique… Vous croyez sincèrement que parce que madame la ministre le demande gentiment nous allons régler le problème ?
20% des gens aux urgences avancent y être car ils n’ont pas trouvé de médecin.
Pensez vous qu’il trouveront un kiné plus facilement ? Non.
Nous l’avons vu avec l’avenant 5, malgré les incitations financières les kinésithérapeutes n’ont pas joué le jeu. Il n’y a aucune raison qu’il le fasse pour les urgences.
Et si les kinésithérapeutes ne jouent pas le jeu, cela impliquera directement que d’ici 2 à 3 ans nous perdront automatiquement cette forme d’accès directe.
Pire, j’avance qu’en se limitant à l’entorse de cheville et aux lumbago, cela va créer chez les patients une confusion et fer perdre du temps parfois précieux.
Nous le savons tous, le patient n’entends que ce qu’il a envie d’entendre.
Combien vont « tenter » de passer chez le kiné, sait on jamais, si cela peut m’éviter d’attendre 6h aux urgences ?
Combien vont râler quand on leur dira « ha désolé pour le genou c’est pas chez moi, je ne fais que les chevilles ! ». Comment allons nous gérer les plaies ouvertes dans nos salles d’attente en disant « bougez pas, j’appelle le 15 » ?
Le fait est que nous ne mesurons pas la porté de la responsabilité et des contraintes que cette annonce va engendrer.
Qui va payer ?
C’est aussi une question essentielle.
Comment sera faite notre rémunération.
J’avais accusé le CNO de manquer totalement d’ambition (à lire ici) en ne définissant pas un cadre conventionnel lorsqu’il affirmait que nous avions l’accès direct suite à la loi de santé de 2016.
Et bien je remets le couvert. Si plutôt que de se cacher derrière « l’ordre ne gère pas les relations conventionnelles, c’est aux syndicats de s’en occuper », notre ordre avait fait preuve d’un peu d’ambition et avait réuni toutes les parties, nous n’en serions peut être pas là.
Car vu que nous parlons d’un protocole de coopération, nous pouvons tout imaginer. Un paiement par l’hôpital, par l’ARS, par un forfait, à l’acte ou même par objectif. Et ce dernier serait le pire. Une cotation spécifique ? D’ici la fin de l’année alors qu’aucune négociation conventionnelle n’est en place sur le sujet ? je n’y crois pas trop.
Non j’ai bien peur qu’à l’arrivée le financement se résume à un forfait sur objectifs payé par l’ARS. Pour parler simplement, même si rien n’est écrit et ce que j’avance d’engage que moi, on peut imaginer un système de ce type:
- entre 10 et 25 urgences par mois forfait 350€
- entre 25 et 50 urgences par mois 725€
- et ainsi de suite.
Et le master ???
Si vous ne voyez pas ce que le master vient faire dans l’histoire, c’est pourtant un problème qu’il faut soulever.
Il est notable que tous les professionnels de santé qui élaborent des diagnostiques et qui ont l’accès direct sont au grade master.
Je soulève dont un problème. N’ayons nous mêmes pas le grade master. N’y a-t-il pas un risque que l’on nous dise simplement « vous avez l’accès direct, donc vous n’avez plus besoin de master ? ».
Et si la pratique avancée en massa-kinésithérapie d’urgences était la solution ?
Peut-on imaginer que madame la ministre annonce d’ici la fin de l’année la création d’une telle pratique avancée, avec un grade master et 2 ans de sémiologie formatée pour les urgences ?
Beaucoup de questions en suspens…
Conclusion
L’accès direct aurait été une magnifique avancée pour notre profession. Malheureusement un accès direct partiel sous conditions de protocoles de coopération, ayant pour objectif de désengorger les urgences… c’est une hérésie. Surtout, c’est se faire prendre au piège par le gouvernement. En effet, nous sommes le fusible si facile à incriminer. Dans 2 ans nous entendrons « les urgences sont saturées, c’est à cause des kinésithérapeutes ». Alors qu’en fait le gouvernement ne veut pas résoudre le problème des urgences comme il se doit. Ne soyons pas dupes. Il prévoit d’augmenter le nombre de consultations chez le généraliste… Comment ? Alors qu’une pénurie nationale est déjà en place, comment, va-t-il faire pour dire aux généralistes « travaillez plus » ? Ne tombons pas dans ce piège. Cette annonce, sous cette forme, est un leurre et en aucun cas une avancée pour la profession.
Nous n’avons pas l’accès direct, nous avons une épée de Damoclès au dessus de notre tête car nous sommes le prétexte que le gouvernement a trouvé pour gérer la crise des urgences. Voilà la réalité.
Vincent Jallu
Page 9 of 24