La Profession
Attention au mélange des genres...
à venir (dans un ordre non exhaustif !)...
les négociations conventionnelles
le tarif d'autorité
les contrôles
la requalification des actes
les urps
les maisons de soin, de santé, pluridisciplinaires...
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- Written by Vincent Jallu
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Nous le savons désormais, le confinement va durer jusqu’au 11 mai.
Cependant, j’espère que vous avez été attentifs aux annonces du président.
Le discours du président de la république a été clair. La France a sous estimé cette crise. Nous n’avons pas les moyens techniques, humains, logistiques d’assurer la réaction face à cette pandémie.
Donc nous devons jouer la carte de l’autruche et devons rester confinés.
Je ne discuterais pas du choix de renvoyer à l’école nos enfants, ce qui sera certainement la pire ânerie à faire.
Le message est clair, nous devrons attendre un mois avant d’avoir les capacité de protection et de prise en charge des malades. En attendant, démerdez vous braves gens...
Sous un air de « nous sommes les meilleurs » il faut savoir entendre « en fait nous avons été totalement nuls et avons sous estimés l’ampleur du problème avec une politique délétère du système de santé alors que depuis plus de 20 ans les personnels soignants ne cessent de le revendiquer ».
le 11 mai, si tout va bien !
Oui si tout va bien, car si la situation ne s’améliore pas, ce sera plus tard !
De plus, le 11 mai commencera le déconfinement. Il n’est absolument pas question de dire le 12 au matin « c’est fini, reprenez votre petite vie tranquille ». Non, le 11 mai les lieux recevant du public resteront fermés. Les personnes sensibles (nos patients) resteront confinés jusqu’à juillet au mieux. Et vous pouvez compter sur notre très cher CNO, animé par la peur, l’angoisse, l’absence de concertation des données scientifiques et l’impulsivité pour maintenir nos cabinets fermés jusqu’à juillet. Quant à défendre la profession qui s’organise déjà sans lui, et bien disons que le père noël n’existe pas vraiment...
Le 11 mai, le début d’une nouvelle kinésithérapie
Nous le voyons déjà, nous devons nous adapter.
La réalité est que le covid-19 est là pour un moment. Certains scientifiques (les vrais, pas ceux de facebook) commencent à annoncer que tant qu’il n’y aura pas de vaccin ou de traitement fiable, il sera là omniprésent.
Le 11 mai sera une étape, mi-juillet une autre et personnellement, à moins d’avoir d’un traitement, je n’imagine pas un retour « à la normale » avant septembre-octobre, voir l’année prochaine... Je ne parlerais même pas de cette publication de l’université d’Harvard qui parle de distanciation sociale souque 2022…
Gants, masque, surblouse, lunettes, charlotte vont devenir nos meilleurs amis. Les désinfectants en tous genres que nous aurons dans une citerne tellement nous en serons consommateur seront notre luxe !
Nous le savons tous, nos plannings sont pleins à craquer et le temps dédié à gérer ce matériel consommable à l’achat, à l’utilisation et au recyclage, sera énergivore, coûteux et source de temps perdu.
À la reprise, nous aurons moins de patients
Oui, il faut s’y attendre. Nous aurons plus de prises en charge à domicile. Domiciles que nous aurons du mal à réduire en terme de temporalité. Il faudra s’équiper, se déséquiper pour chaque patient.
Au cabinet aussi cela sera chronophage. Nous perdrons du temps, nous aurons donc moins de patients. Au départ ce sera 1 patient à la fois sans jamais croiser quelqu’un d’autre, là encore gestion de temps, d’espace. Les salles d’attentes seront certainement fermées, les « gymnases » et les « box » inutilisables.
Ajouté à cela, certains patients ne reviendront pas. Nous l’entendons déjà, au téléphone, ces patients dans la terreur qui ne sortent plus et qui ne retourneront pas dans un lieu public avant des mois. Ils ne vont même pas renouveler leurs médicaments par peur d’être infecté. Ne parlons même pas de celles et ceux qui disent déjà « ha vous voyez des gens infectés ? Heu... peut-on suspendre les séances ? »...
Donc oui à la reprise, nous aurons moins de monde.
Et si il n’est pas très subtil de parler d’argent dans cette période, il faut l’avouer, le manque à gagner sera colossal pendant des mois. Car si pour l’instant nous pouvons encore lire certains « c’est rien on a de la trésorerie », dans six mois avec une activité toujours réduite, ce seront les premiers a râler... Cette année, financièrement, cela va être catastrophique... Même si l’on pense à une reprise en mai, nous reprendrons à 25-30% pour arriver certainement en septembre à 80%. En cumulant l’ensemble, j’estime à 40-50% de perte globale sur l’année en comptabilisant aussi les investissements en consommables que nous aurons.
La position de notre ordre
Nous l’avons vu au cours des derniers jours, déclarations contradictoires ou comment se dépêtrer les pieds qui sont dans ce tapis qui ne cesse de bouger. Notre ordre qui a fait de mauvais choix tant politiques, que scientifiques ou qu’en matière de communication, outre-passant ses prérogatives, ne cesse de se décrédibiliser aux yeux de notre profession, de nos syndicats et des instances. Nous ne parlerons même pas de cette propension à s’attribuer des prérogatives qui ne sont pas les siennes...
Bonne nouvelle cependant, certains CDO, certaines ARS et certaines préfectures partagent mon avis et sont presque prêts à engager le pas a l’encontre de notre CNO qui devra assumer ses actes et paroles. Mieux encore, les infirmières et les sages-femmes continuent à officier en cabinet certainement car elles ont le sens des responsabilités pas seulement le « bon sens » (du masque ! petite blague personnelle…).
Lorsque l’on est assis derrière son bureau en gagnant quelques milliers d’euros d’indemnités alors que l’on est bénévole, en disant à ses confrères et consoeurs « ne vous inquiétez pas vous aurez du travail après la crise », il y a un petit air de Marie-Antoinette arguant « qu’ils mangent de la brioche »... Remarquez, Marie-Antoinette y a perdu sa tête, notre CNO fera peut être de même.
Conclusion
Pour vous en sortir, ne comptez que sur vous. Si vous restez terré, tant pis. Si vous vous bougez, ce sera dur mais vous vous en sortirez. Ce qui est clair, si vous ne prévoyez pas un minimum l’avenir et que vous n’entrevoyez pas ce qui se profile, vous aurez beaucoup de mal le moment venu.
Vincent Jallu
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Nous le savons, c’est dans les temps difficiles où émergent des actions fortes, où certains « se révèlent » et où d’autres montrent leurs peurs et fuient leurs responsabilités.
L’Homme est ainsi. Et si il a développé une forme de conscience, une logique et une forme d’intelligence, il ne peut dans ces situations, retenir ses instincts primaires.
Exils des grandes villes, approvisionnements démesurés, peurs diverses, fuites en tous genres...
Cependant, nous masseurs-kinésithérapeutes, nous sommes du personnel soignant. Nous avons des responsabilités et des engagements de santé publique à tenir.
Nous ne pouvons et ne devons pas fuir devant eux.
Nous aurons un rôle majeur à tenir, mais pourrons nous le faire ?
Si les médias ne cessent de nous comptabiliser les décès, peu parlent des 85% qui sortent de réanimation et qui guérissent.
Ils s’en sortent oui, mais avec des séquelles encore peu connues et auxquelles nous devrons faire face. Les associations d’HAD commencent à nous contacter pour débuter les soins...
Séquelles respiratoires, avec des défauts de perfusions, des lésions pulmonaires périphériques graves, des pertes de volumes... Séquelles musculo-squelettiques, réentraînement à l’effort, car après 3 semaines d’alitement sans réels soins de mobilisations et autres, les corps souffrent, les neuropathies post-réanimation, sans même parler des séquelles psychologiques...
La question est donc simple, êtes vous prêts à prendre en charge ces patients ?
Avez vous pensé à l’éventualité du « vos cabinets réouvrent mais que la pandémie n’est pas finie », à comment réorganiser et optimiser l’accueil des patients ?
Comment se protéger et protéger ses patients à domicile ?
Nous devons aussi penser aux autres
Oui, nous devons penser à tous les patients que l’on nous a demandé d’abandonner en chemin.
Tous ces soins « non vitaux » laissés de côté sur ordre...
Parfois même nous devrons leur dire « vous avez attendu... mais il va falloir attendre encore car nous devons prendre les suites de réanimation en premier et je n’ai pas assez de place pour tout le monde ».
Les drames psychologiques
Pourrons prendre en charge toutes ces pathologies qui vont se développer suite aux multiples facteurs psycho-sociaux que nous sommes en train de vivre ?
Les instances des psychiatres ou autres psychologues se posent largement la question.
Il ne faut pas être grand devin pour prédire une explosion sanitaire dans les mois à venir.
Le concept de résilience
Pour faire simple, la résilience est la faculté de rebondir et d’agir face à un évènement.
Serons nous capable de rebondir ?
Notre CNO, depuis le début de cette crise est aux abonnés absents. Voyage en outre-mer, négligence totale de la monté de crise, aucune action préventive, aucun soutien, rien.
Uniquement de la réaction, aucune action. Réactions « à chaud » bien sur, donc pas forcement réfléchies et posées.
Les actions de défense et de promotion de la professions n’existent plus.
Des choses simples auraient du être mises en place. Des rappels d’hygiènes élémentaires, car oui, on oublie. Comment se laver les mains, désinfecter une surface, du matériel, mettre un masque des gants une surblouse une charlotte, comment désinfecter son véhicule etc... Tout cela aurait du être fait en amont, dès les premiers cas.
Évidemment, tout cela il fallait l’anticiper, plutôt que d’aller buller sous le soleil...
Si nous ne sommes pas des soignants de première ligne face à cette épidémie, nous aurions pu nous placer en soutien.
Soutien au soignants tant de première ligne, massage, détente, relaxation. Mais aussi prévention des TMS, prise en charge des petites pathologies dans les services et auprès des soignants.
Soutien aux médecins généralistes, avec la prise en charge de toutes les pathologies de notre éventail évitant ainsi une visite aux urgences, libérant ainsi du temps médical. L’accès direct c’était maintenant... L’occasion est manquée.
Non à la place nous voyons au journal télévisé des ostéopathes prendre en charge ces soignants. Quelle belle image de nous... Et que nos très chers élus ordinaux ne viennent pleurer à coup de nofakemed quand ces mêmes ostéopathes obtiendront une avancée professionnelle. Les ostéopathes pourront remercier notre CNO...
En une phrase, accompagner la profession était la solution, s’opposer à elle était une erreur.
Ceux qui sont sensés nous représenter doivent faire preuve d’une résilience absolue.
Et bien malheureusement, nous sommes en train de le vivre, le concept « reste assis t’es payé par les braves kinés qui sont dans des situations toutes plus complexes les unes des autres » n’a jamais autant trouvé écho qu’aujourd’hui.
Il y aura des comptes à rendre, des explications à donner, oui, c’est certain. Mais demain. Des têtes tomberont, nos élus et dirigeants de toutes parts, qu’ils soient de la république, professionnels ou autres, devront assumer leurs responsabilités.
Aujourd’hui notre ordre répond a son instinct grégaire et de facto n’a aucune résilience.
Que nos élus commencent par être solidaires et qu’ils reversent leurs indemnités à l’action sociale !...
Serez nous donc prêts à rebondir et à réorganiser notre avenir, à prendre en main la défense et la promotion de notre profession sans nous cacher, sans avoir peur et en assumant pleinement nos responsabilités ?
L’avenir c’est maintenant qu’il faut l’anticiper et le construire
Conclusion
Nous pouvons féliciter tous les masseurs-kinésithérapeutes qui se sont engagés, aussi bien en local pour aider au quotidien la population, dans les réserves (sanitaire, sociale, agricole) ou auprès des personnels soignants.
Merci à vous de faire briller notre profession. Notre ordre ne vous arrive même pas à la cheville, et vous démontrez au quotidien qu’il ne sert à rien…
Notre société va être marquée pour de longues années suite cette pandémie. Nous aurons de grosses responsabilités à assumer. Des opportunités mais aussi des responsabilités à aller prendre, si nous le souhaitons bien sur.
Soyons prêts ! Commençons à préparer l’avenir.
Vincent Jallu
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Vous le savez, j’ai plutôt l’habitude d’avoir des avis tranchés et de les exprimer...
Et bien aujourd’hui je vous propose une réflexion autours de « nous » plutôt que de vous donner mon point de vue.
Je ne parlerais pas non plus des différentes politiques mises en place par les gouvernements. Corée du Sud, Allemagne, Pays-bas, Royaume uni, France, autant de mode d’actions différents dont nous verrons les effets qu’au terme de la pandémie.
Non, nous allons essayer de voir avec logique notre situation en France avec nos instances.
Nous sommes d’ailleurs quelque peu dans la confusion de communication entre notre ordre qui nous oblige à fermer nos cabinets et dans le même temps les syndicats représentatifs qui annoncent que nous avions « un rôle précieux à jouer » en gardant nos cabinets ouverts.
Si personnellement je partage ce point de vue, je comprends qu’aujourd’hui nos confrères et consoeurs soient dans l’inconnue.
Peur et émotionnel, la limite du confraternel
Nous le voyons sur les réseaux sociaux, la confraternité vient de trouver ses limites. Que dire des messages presque insultants de certains qui stigmatent ouvertement des confrères et consoeurs qui n’ont pas fait le même choix qu’eux.
Nous devons garder à l’esprit une analyse claire et dénué d’émotionnel et surtout de peur inutile et intellectuellement mortifère.
Nous voyons que le concept de confraternité n’est qu’une illusion dans ces temps complexes.
Fermer nos cabinets
Cela permet d’endiguer la propagation du virus et donc à terme de sauver des vies.
Il n’y a pas grand chose à ajouter, je pense qu’il y a consensus là dessus.
Ouvrir nos cabinets
Lorsque j’ai annoncé aux médecins urgentistes que je fermais mon cabinet suite aux recommandations de notre ordre, l’un d’entre eux a eu cette phrase « les kinés fuient leurs responsabilités de professionnels de santé »...
En effet, depuis quelques semaines notre hôpital est saturé. Les cabinets des médecins sont eux aussi complets. Beaucoup d’entre eux réorientaient les patients « petite traumato » vers nous. Ainsi, chaque patient vu par le kinésithérapeute libérait du temps médical pour le généraliste, évitait que le patient n’aille aux urgences pour de la bobologie et libérait donc aussi du temps médical à l’hôpital.
Mieux, certains font des pieds et des mains pour collaborer avec d’autres soignants. Ils créent des CPTS des MSP, des ESP ou tout autre acronyme.
Notre réseau ne s’est jamais autant développé que dans les dernières semaines.
Généralistes, urgentistes, infectiologues, infirmières… Ils comptaient tous sur nous.
L’accès direct c’est maintenant, sur le terrain que nous aurions pu l’avoir.
La notion de soins vitaux
Nous l’avons déjà vu avec la notion d’urgence, notre CNO a tendance à imposer sa vision et rester étanche à d’autres courants de pensées. Ce ne serait pas un soucis si , à l’image du conseil national de l’ordre des médecins, nous étions considérés comme égaux et que nous conservions notre libre arbitre.
Prendre en charge une lombalgie n’est en rien un soin vital. Nous sommes tous d’accord sur ce fait.
Nous pourrions discuter du cas particulier du médecin du service de réanimation qui subit une lombalgie, mais effectivement c’est un cas particulier et trop largement sur les réseaux sociaux nous voyons de cas particuliers.
Cependant le cas général est de se poser la question « où vont aller nos patients ? ».
Et bien ils vont aller encombrer les généralistes, ne serait-ce qu’au téléphone, ou pire, aux urgences. Ce qui n’est pas vital d’un côté peut rapidement se transformer en encombrement massif des soins vitaux de première ligne d’un autre côté.
Sauver des vies maintenant c’est s’assurer que les soignants de première ligne travaillent dans les meilleures conditions et pas être assis dans son canapé à se cacher derrière le principe de précaution.
Ne sommes nous pas capables de mettre en place les mesures barrières ?
Comment ne pas être surpris quant on lit les tweet de la présidente de l’ordre qui demande aux kinésithérapeutes du grand-est de continuer à aller dans les SSR alors qu’elle leur a demandé de fermer leur cabinet deux heures plus tôt ?
En effet, ces kinésithérapeutes, si ils sont aptes a effectuer les mesures barrières dans un SSR, ils devraient pouvoir être aussi aptes à effectuer les mêmes mesures barrières dans leur cabinet non ?
De plus on leur dit qu’ils peuvent prendre les patients à domicile, laissant croire que leur cabinet est moins « propre » ou plus contaminant que le domicile des patients où rien n’est désinfecté, nettoyé ou même aéré.
Il faut avouer qu’il y a quelque chose de dérangeant et de paradoxale dans cette logique que notre ordre porte. À croire que nos cabinets sont moins fréquentables que les bureaux de tabac ou les supermarchés où s’agglutinent les gens...
D’ailleurs à titre personnel, je ne peux plus exercer dans mon cabinet, mais l’infirmière qui travaille avec nous continue a travailler au sein du cabinet. Donc si ce n’est pas un problème de personnel puisqu’en SSR nous sommes aptes, si ce n’est pas un problème de lieu, où est finalement le problème ? Peut être un soucis de volonté...
Peut être est il temps pour notre ordre de faire preuve de clairvoyance et d’avoir une approche épistémologique afin de commander une étude comparative sur les infections contractées en cabinet, en SSR et à l’hôpital pour que nous puissions réellement savoir si nos cabinets sont si contaminants que cela comparativement aux autres structures d’accueil.
À croire que nous kinésithérapeutes nous n’avons jamais été confronté au confinement d’une chambre, au sepsis, aux mesures barrières simples ou complexes... À croire que nous n’avons jamais fait de stages hospitalier... à croire que le primeur du coin où tous les gens manipulent les fruits et légumes sans gants semble mieux formé que nous...
Les soins à domiciles…
Nous l’avons vu, il n’est pas certain que les domiciles des patients soient les meilleurs endroits pour se prémunir et pour éviter la contagion.
De plus, nous le savons tous les domiciles sont connus pour être les endroits les plus propices à une kinésithérapie de qualité.
Enfin nous le savons tous aussi, les temps de transports nous imposent d’avoir des temps courts de présence auprès des patients.
Conclusion
Ouvrir ou fermer, c’est une question complexe et difficile à laquelle je n’ai pas la réponse.
Cependant notre ordre a tranché, il faut fermer. Et c’est cela qui finalement me dérange. Comme souvent, notre ordre tranche dans le vif sans accorder aucune confiance à nous kinésithérapeutes. Nous pouvons percevoir une forme de condescendance entre eux et nous. Là encore la confraternité a ses limites. Voilà encore une piste de travail pour notre CNO, faire confiance et mesurer la porté réelle de ses communications. Nous exposer les faits et les possibilités en nous laissant le choix d’une décision raisonnée aurait été plus cohérent.
Par cette décision, nous montrons qu’effectivement nous ne servons pas à grand chose dans le système de santé (peut être même à rien). Et bien qu’il en soit ainsi. Ne nous étonnons pas de ne pas avoir la reconnaissance que visiblement nous ne méritons pas. La délégation de taches, la continuité des soins tout cela attendra.
L’urgentiste a certainement raison, nous avons peut être fuit nos responsabilités. Est-ce la peur qui a guidé ces décisions ?
Être en guerre et avoir peur d’aller au combat ?
Drôle d’image que nous véhiculons là...
Ouvrir ou fermer aurait du rester notre choix réfléchi à chacun. Aujourd’hui, même ceux qui bravent l’ordre risquent de ne plus être couverts par leur RCP.
Comme vous avez tous fermé vos cabinets, pensez à la réserve sanitaire. Vous y verrez certainement des gens qui auront plus confiance en vous que dans notre propre camp...
Bon courage à toutes et a tous. Nos différents idéologiques ne seront rien face à l’épidémie et à la seconde catastrophe que sera le cataclysme financier qui en découlera...
Vincent Jallu
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J’aurais aimé voir notre ordre monter au créneau pour dénoncer les conditions lamentables dans lesquelles les soignants sont.
Dénoncer le manque de matériel, masques, surblouses, lunettes, charlottes, gel hydro-alcoolique… Et ce, que ce soit à l’hôpital, en prise en charge à domicile ou même au cabinet quand cela était encore possible.
Dénoncer le fait que nous nous engageons dans une crise sanitaire sans précédent, et pas seulement à cause de la mortalité de l’épidémie, mais aussi suite à l’actuelle absence de soins.
En effet, beaucoup de services de réanimation refusent l’accès aux kinésithérapeutes, non pas pour leur inutilité, mais par manque de moyens, préférant conserver très légitimement les masques et les surblouses pour les médecins et les infirmières. Dans quel état les patients survivants vont-ils sortir de réanimation ?
Personne ne semble non plus penser à tous les patients, les « non urgents » laissés sur le carreau et que nous récupèrerons dans plusieurs semaines voir dans plusieurs mois, sans soins durant l’intervalle... Et ce « 2e effet kisscool » risque d’avoir des conséquences bien plus importantes que ce que l’on pense.
Aujourd’hui je m’aperçois qu’en début de crise alors que des territoires et des kinésithérapeutes étaient déjà confrontés à l’épidémie, le CNO a préféré partir en vacances, pardon, faire une visite impérieuse en outre mer tandis que dans le même temps des masseurs-kinésithérapeutes étaient déjà confrontés au COVID-19 dans l'indifférence la plus totale. Plutôt que de tirer les sonnettes d’alarme dès le début il a préféré rester terré dans l’attentisme et l’immobilisme sans jamais dénoncer ce que la profession subissait déjà au quotidien.
Pire, le CNO nous rappelle, tel notre gouvernement, qu’il faut voter. Enfin certains nous ont gratifié de selfies sur Twitter façon « je suis supermâle, je vais travailler », mais manque de chance, avec un masque porté à l’envers... Doit-on s’interroger sur la sécurité des patients vus ce jour là ? Quelle est l’image vehiculée ? Le CNO a eu raison de nous faire fermer nos cabinets, nous ne sommes même pas capables de mettre un masque correctement.
Au lieu de se préoccuper des impératifs pour notre profession, il aura fallu 8 jours pour obtenir une définition de l’acte vital ! Intéressant de voir que l’on interdit en premier puis on définit après... Pour rappel, premier cas en France, 24 janvier... Effectivement j’ai du mal à suivre la logique ordinale. Comment comprendre que rien n'ait été anticipé ?
Mais surtout, n’oubliez pas, votez braves gens, vos conditions de travail importent peu.
Le télésoin, la problématique du moment
En complément, notre ordre vante les mérites des téléconsultations.
Il faut être extrêmement prudent avec le télésoin.
Si effectivement, il est important d’investir le télésoin, d’adapter nos pratiques et de ne pas rater ce virage numérique important, il convient aussi de ne pas céder à la panique de l’empressement.
Nous l’avons vu avec les médecins. Des réseaux mutualistes se sont immédiatement développés autours de la téléconsultation en dehors de convention nationale.
Pire, nos soins en téléconsultation ne sont actuellement pas codifiés au sein de la nomenclature.
Par ailleurs, contrairement au médecin qui délivre une ordonnance, nous ne délivrons rien. Comment s’assurer que le patient ne se connecte pas à un pays tiers tel que le Panama avec à l’autre bout de la caméra un coach sportif ou équivalent. Notre ordre a déjà démontré son incapacité à attaquer les instituts de beauté en leur temps. Et lorsque l’on voit la réponse donnée aux APA, avec la proposition de création des sous-kinés...
Comment pourrait il alors aller débusquer un pseudo kiné francophone localisé dans un pays étranger ?
Dire que la téléconsultation n’appartient qu’au kinésithérapeute est une chose, la réalité de ce qui se trouve sur internet en est une autre. Nous nous devons de protéger nos patients face à cette réalité.
De plus le télésoin peut poser des soucis conventionnels au regard du zonage ainsi que tout un ensemble de problématiques qui ne semblent pas avoir été réfléchies telle que la liberté de choix du praticien quand celui-ci est en zone blanche, etc...
Si le télésoin peut trouver un réel intérêt, il est urgent de ne rien précipiter. Là encore, ce n’est pas au bout de notre nez qu’il faut regarder, mais un pas ou deux devant.
Rentrer trop vite dans un domaine que nous ne maitrisons pas risque d’être nuisible et pour le patient et pour notre profession.
Vincent Jallu
Merci à toutes celles et ceux qui se sont investi dans la crise sanitaire que nous vivons, quelque soit votre mode d'engagement. Que ce soit auprès des patients, auprès des soignants ou simplement au sein de la société pour aider les gens. Nous pouvons tous jouer un rôle dans la mesure du possible et du raisonable.
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- Written by Vincent Jallu
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Vous le savez certainement, sont parus au journal officiel deux protocoles de coopération concernant la lombalgie et l’entorse de cheville. (Lombalgie, Cheville)
Ces protocoles étant dans le cadre d’expérimentations du type article 51, nous n’aborderons pas ici les problématique de discrimination à l’accès au soins suivant les territoires, ou encore de la non équité entre professionnels suivant ces mêmes territoires. Mais sachez qu’à terme, ces problématiques pourraient bien ressurgir…
Ce qui est assez frappant d’emblée, c’est que cette magnifique avancée qu’est l’accès direct en masso-kinésithérapie aurait du être claironnée par leurs auteurs à la façon « nous sommes les plus forts nous avons obtenu ceci ». Et bien non.
Et si l’enthousiasme ne semble pas plus élevé que cela, voici pourquoi.
Qu’est-ce que l’accès direct ?
L’accès direct, c’est le fait d’aller directement chez le kinésithérapeute pour faire ses séances sans passer par la case médecin.
Et bien ce n’est pas ce qui est proposé par le biais de ces deux protocoles. Au contraire !
En effet ces protocoles n’autorisent pas l’accès direct, ils autorise une délégation de compétence sous contrôle. À savoir, voir un patient lombalgique ou porteur d’une entorse de cheville, lui prescrire des AINS, du paracétamol et un arrêt de travail. Jouer au docteur en fait… Mais en aucun cas on ne peut jouer au kinésithérapeute. Un comble peut être non ?
Mieux, en cas d’urgence et en l’absence d’un médecin, nous avons déjà une certaine latitude à oeuvrer.
Dans ces protocoles il faut être enfermé dans une Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires et sous la tutelle d’un médecin.
Accès direct vous disiez ? Quelle blague…
Le danger de la limitation à la structure
Si vous ne l’avez pas encore compris, ces protocoles ne sont accessibles que si vous travaillez dans une Maison de Santé Pluridisciplinaire organisée via une SISA.
La problématique de ce mode de fonctionnement est que c’est la SISA qui devrait rémunérer les professionnels. En effet les Nouveaux Modes de Rémunération (NMR) sont payés généralement par l’ARS aux SISA. Et ensuite la SISA reverse tout ou partie aux membres ayant acté.
En ce qui concerne les deux protocoles les sommes de 23 à 25€ sont avancées.
Que se passerait-il si le médecin déléguant venait à dire « je perds du temps à vérifier ce que fait le kiné, je ceux 5€ sur le montant payé à la SISA » ?
Le kinésithérapeute verrait alors le paiement de son acte diminué !
On peut même imaginer que la structure elle même dise « ce type de consultation créée des dépenses pour la SISA il faut donc que nous allouions une partie de la rémunération au fonctionnement de la SISA ».
Et bien, comme le protocole est lié à la structure, le kinésithérapeute n’aurait aucun autre choix que d’accepter ou de quitter le protocole et donc la structure !
Accepte mes conditions ou va-t-en. Voilà ce qu’amène ce type de protocole ainsi monté. Et quand la SISA aura prit 2€ et le médecin 5€, il restera 18€ au mieux à notre pauvre kinésithérapeute jouant au docteur.
Limiter ce type d’action à des structures et pire à des SISA est une hérésie voir une mise sous tutelle. Nous sommes déjà lié par le biais d’une convention et bien celles et ceux qui accepteront ces protocoles seront liés en plus à une structure et à une société. C’est un esclavagisme administratif. Une perte nette de liberté d’installation et de fonctionnement.
La forfaitisation, 20 ans de lutte syndicale balayées du revers de la main
Avec ces protocoles ne soyez pas dupes, c’est le paiement au forfait qui s’installe dans nos rangs. Voilà ce que sont les NMR. « Une entorse de cheville ? Ça vaut 25 balles, qu’ils se débrouillent entre eux avec ça ». Voilà la mentalité des paiements au forfait. Merci à celles et ceux qui trouvent que cela est une avancée…
Je considère ces protocoles comme la plus grande reculade de ces 20 Dernières années.
Forfaitisation, soumission totale, perte d’autonomie, perte de notre mission première, perte de notre métier tout simplement. Allons nous devenir les grattes-ordonnances que nous dénoncions ?
Les risques et problèmes divers
Le premier risque est simple. Que cela ne fonctionne pas. Et lorsque l’on dit que cela ne fonctionne pas, ne comprenez pas que l’efficacité soit en cause. Non, nous parlons là d’argent public. Si la prise en charge du lombalgique par le kinésithérapeute coûte deux fois plus cher que la même prise en charge par le médecin, alors adieu le protocole ! Et adieu l’accès direct, le vrai ! Car n’en doutez pas le législateur en profitera pour nous dénigrer sans ménagement.
Le second, plus subtile, dal liberté de choix du praticien. En effet le patient si son état ne s’améliore pas pourra avoir un traitement kinésithérapique. Pourra-t-il décider alors d’aller voir un autre praticien que celui qui l’a reçu initialement ?
Un autre soucis intervient concernant la responsabilité civile professionnelle. En effet, les kinésithérapeutes qui prescriront des AINS ne sont pas actuellement couverts par leur RCP pour ce type d’acte qui n’est pas dans leur nomenclature. Et comme il s’agit d’une expérimentation, qui subira les ennuis en cas de soucis ?
Un autre risque et non des moindres, si l’expérimentation fonctionne avec le kinésithérapeute, pourquoi ne pas le remplacer par une infirmière ? ou un APA ? ou un sous-kiné ? et pourquoi pas en téléconsultation ?
Enfin un point qui est plus un problème qu’un risque, il n’y a pas de diplôme ou de certification délivré. Et donc, si vous changez de structure il faudra refaire une formation avec les médecins déléguants…
En conclusion
Si vous rêviez d’être docteur mais que vous avez échoué au concours d’entrée, ces protocoles sont pour vous.
Si vous voulez faire évoluer la kinésithérapie, vous serez certainement déçu de la tournure des événements.
Vous l’aurez compris, faire le boulot du médecin à sa place, devenir un gratte-ordonnances, tout en étant forfaitisé et enchaîné à une structure le tout avec le risque de voir le vrai accès direct nous passer sous le nez… sans moi.
Vincent Jallu
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