La Profession
Attention au mélange des genres...
à venir (dans un ordre non exhaustif !)...
les négociations conventionnelles
le tarif d'autorité
les contrôles
la requalification des actes
les urps
les maisons de soin, de santé, pluridisciplinaires...
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- Written by Vincent Jallu
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Vous le savez certainement, nos trois syndicats représentatifs ont décidés de quitter la table des négociations lors de la dernière session de négociations conventionnelles.
Cela implique que les partenaires conventionnelles n’ont pas réussi à s’entendre.
Cela implique aussi que notre situation pourrait resté gelée pour encore au moins une année et que sans être devin, le prochain quinquennat risque d’être sur la même ligne de conduite que le précédent, donc autant le dire de suite, nous avons perdu un an.
Pourquoi en arrive-t-on là ?
À qui la faute ?
L’analyse de la faute est assez simple. La masso-kinésithérapie n’a jamais su faire preuve réellement de son efficacité, tant en termes de « techniques » que d’investissement au sein des politiques de santé publiques.
Nous l’avons vu pendant la crise sanitaire, entre « les cabinets doivent fermer » et la faible participation des kinésithérapeutes tant dans la pratique des tests que dans la vaccination, il ne faut pas être un expert de la santé publique pour vite s’apercevoir que la masso-kinésithérapie n’est pas au rendez-vous.
Comment contrecarrer cela ?
La réponse tient en une phrase.
Tant que nous n’aurons pas compris que nous devons montrer que nous sommes performants et indispensables dans le système de santé, nous n’avancerons pas.
Et puisque personne ne veut mettre les pieds dans le plat…
La faute aux syndicats
N’oublions pas que nos syndicats ont été avertis. Premièrement avec la politique de santé depuis ce dernières années, il fallait être sur une autre planète pour ne pas comprendre où nous allions. MaSanté2022 était très claire, et bien nous sommes en 2022 et le gouvernement a parfaitement tenu sa feuille de route.
Ensuite, la lettre de cadrage des dites négociations conventionnelles était elle aussi assez claire. Pleinement dans la ligne politique déjà connue, il fallait vraiment être candide pour croire que nous pourrions déroger à cela.
Depuis 5 ans nous aurions pu commencer à nous conformer à cette nouvelle mouvance de santé publique, sommes nous si incapables que cela pour nous adapter ?
Les kinésithérapeutes sont pourtant les mieux placés pour savoir ce qu’est l’adaptation, mais visiblement nous sommes les plus englués dans nos positions, incapable de nous conformer au monde changeant qui nous entoure !
Il est vraiment dommage de ne pas voir nos syndicats accompagner les kinésithérapeutes dans ce monde en mouvement. À la place, nos syndicats ont opté pour les deux ennemis de l’idéologie.
Le populisme et à la démagogie, les deux pires choses en matière de syndicalisme.
Nous avons même vu ce que soit disant « tout le monde attendait », la réunion des trois syndicats derrière la même bannière « revaloriser la lettre clé » !
Pour quel résultat ? Aucun… ha si, nous allons rester sans rien ou presque pendant encore un moment.
Merci aux syndicats de s’être réunis derrière une demande aussi pauvre idéologiquement parlant.
Ils doivent bien rire à la CNAM devant un tel blocus sans queue ni tête !
D’autant que la revalorisation de la lettre clé, soit on y connait vraiment rien en matière de santé publique, soit on a hiberné pendant quelques années, mais clairement, la lettre clé c’est fini.
Depuis 2011, date de création des ROSP, premier « nouveau mode de rémunération » ou NMR, le monde de la santé a changé.
Nous avons aujourd’hui 11 ans de retard sur ces NMR et que nous proposent nos syndicats ? S’engluer dans un fonctionnement dépassé et qui ne correspond plus en rien aux politiques de santé actuelles. Beau tableau !
La lettre clé c’est fini.
Je ne sait pas comment il faut le dire, comment le faire comprendre mais LA LETTRE CLÉ C’EST FINI !
Désolé de le dire ainsi, mais toutes celles et ceux qui défendent encore l’augmentation de la lettre clé présent leur temps et font croire à des chimères. Que l’on ne vienne pas se plaindre d’avoir 43 centimes en 2 ou 3 étapes lorsque l’on a pas vraiment compris que l’objectif n’était pas là.
La faute à l’ordre
Le premier garant de la profession est notre ordre.
Sauf que notre ordre passe plus de temps à promulguer des avis « contre » certaines techniques que « pour » valoriser les pratiques qui devraient l’être.
Pour interdire et aller faire le beau devant le ministre ou dans la campagne présidentielle, l’ordre est fort.
Pour promouvoir la kinésithérapie, orienter dans les pratiques utiles, nécessaires et performantes, là il n’y a plus personne…
D’un autre côté il est toujours plus facile de faire le ménage chez le voisin que dans son propre camp, après c’est aussi une question de courage…
Comme déjà dit plus haut, « les cabinets doivent fermer », a été la pire décision de santé publique jamais entendue toutes professions confondues. Il fallait nous rendre utiles, l’ordre nous a rendu totalement inutile.
Et dire que les élus nationaux ont réélu la même équipe !…
La faute au CMK
Vous ne savez pas ce qu’est le Collège de la Masso-Kinésithérapie ?
C’est peut être parce qu’il ne sert à rien !
C’est pourtant c’est notre conseil national professionnel. Hé oui.
Voilà une instance qui pourrait avoir un rôle majeur dans la promotion des techniques validées et performantes, mais non, rien de ce côté là, c’est bien triste.
Allez donc sur son site http://www.college-mk.org, visez les « actualités », les nouvelles fraîches de 2020 !
Le CMK pourrait jouer un rôle essentiel et pourtant cela reste une entité de seconde zone qui n’a jamais vraiment trouvé sa place dans l’univers kinésithérapie et surtout qui n’a jamais osé prendre à bras le corps les problématiques scientifiques de notre profession.
La faute aux IFMK
Les IFMK, beaucoup en parlent mais là encore, peu osent le dire. Fermons les IFMK et nous nous porterons mieux.
Prenez quelques instants pour chercher quelles sont les techniques enseignées dans les IFMK. Parfois cela fait froid dans le dos de voir que la « kiné de grand papa » est encore bien présente, que les données scientifiques ont bien du mal à percer les portes des dits IFMK et que nombre de matières indispensables à l’exercice ne sont pas présentes.
Là aussi, certains sont très attachés à leur siège et font tout pour que la situation n’avance pas.
Les IFMK ne nous enseignent pas la santé publique et encore moins la politique de santé publique, ils ne nous enseignent pas la gestion d’un cabinet, ils ne nous enseignent pas les différents modes de travail (conventionné, salarié, non conventionné…) ou encore à la fiscalité.
Si ces IFMK ne sont pas capables d’apporter une plus value par rapport aux universités, alors autant s’en séparer.
La faute au non renouvellement des élites
Je ne vais pas dévoiler leur âge, les photos parlent d’elles mêmes… Mais par exemple, le bureau du CNO respire la jeunesse !
Pascale Mathieu est présidente du CNO depuis 2014, et au sein du bureau depuis 2011…
Idem dans les syndicats, où sont les moins de 30 ans ?
J’ai personnellement 47 ans cette année, j’ai dépassé le milieu de ma carrière professionnelles, et oui c’est vieux ! C’est aux jeunes de prendre la place dans les instances, les organisations et que les vieux arrêtent de s’accrocher à leur chaise !
La kinésithérapie d’il y a 20 ans n’est plus, il faut des jeunes pour insuffler de nouvelles idées et de nouveaux concepts.
Quelles solutions ?
Informer les kinésithérapeutes.
Par tous les moyens possibles, il faut dire les choses clairement. La lettre clé c’est fini (promis je ne le redis plus). Si nous voulons être augmentés, il faut penser à autre chose et autrement.
Arrêtons le populisme, disons les vérités. Notre métier a changé, arrêtons de camper sur des positions passéistes, c’est une hérésie.
Le paradigme a changé mais pas nous. Voilà notre échec.
Nos pratiques ne sont pas considérées, nous sommes à l’ère des délégations de tâches. Imposons notre analyse. Laissons les pratiques aux autres, prenons le diagnostique kinésithérapique à bras le corps et allons dans cette voie. Oui il faut changer notre mode de fonctionnement, oui il faut changer notre mode d’actions, oui il faut changer l’organisation de nos cabinets, oui il faut changer notre mode de pensées. Mais si nous restons sur « revalorisons la lettre clé », nous n’avancerons pas.
Le système conventionnel n’est pas une fin en soi. Nous avons beaucoup d’opportunités qui nous sont offertes, saisissons les. Mais là encore, si nous n’informons pas les kinésithérapeutes, comment pourraient ils le savoir ?
Travaillons autrement. Gagner plus en travaillant moins, c’est possible.
Les NMR, saisissons les !
Petite idée juste comme ça au passage.
Les médecins touchent un peu plus de 9000€ de ROSP et forfait structure.
Imaginons, même si à titre personnel je reste peu enclin aux ROSP (à lire ici), que nous demandions la même chose…
Ne rêvons pas, basons nous sur la moitié.
4500€ annuels, c’est 10% d’augmentation directe, 375€ mensuels, 18.75 journaliers soit une augmentation d’environ 0.75€ par patient (base 25 patients par jour), quelque soit l’acte.
Après il est certain que vu l’investissement actuel des kinésithérapeutes dans la santé publique, il ne va pas être aisé d’obtenir de ROSP…
Investissons les MSP et les CPTS, là aussi les rémunérations existent, il suffit d’aller les chercher. C’est sur cela change du confort conventionnel habituel. Mais soyez surs que si nous n’y allons pas, les autres iront à notre place. Et ne venons pas pleurer que des ostéopathes cet des APA se retrouvent dans des CPTS et pas nous ! C’est de notre faute si nous n’y allons pas.
Devenons opportunistes
Fini le confort « je me lève le matin, j’ai 25 patients à voir, tout va bien ».
Il faut aller là où est l’argent, et l’argent est dans les missions de santé publique et dans ses objectifs.
À l’heure où certains se demandent si il faut définir des spécialités de kinésithérapie, la réponse est là devant nous depuis 10 ans. C’est l’état qui défini les priorités pas nous. Si nous travaillons à l’inverse de ce que l’état attend de nous, alors oui nous n’avons vraiment rien compris.
Nous devons nous former au gré de la santé publique et non pas nous former et demander à la santé publique de s’adapter à nos pratiques…
Supprimons les IFMK, passons réellement et entièrement à un système universitaire.
Les IFMK respirent tout sauf l’avenir.
Soyons objectifs sur nos patientèles, sur nos pratiques et sur nos cabinets
Entre les traitements de quasi confort, les traitements n’ayant pas de bénéfice scientifique et en dehors des recommandations de la HAS (oseront nous un jour parler vraiment des bronchiolites ?), les patients qui perdent leur temps entre ultrasons, parafango, laseromachin, ondedetruc…
Demandons à l’ordre d’arrêter de gaspiller notre argent et de nous faire un vrai guide de pratiques établies et validées.
Supprimons les traitements inutiles, convertissons les en temps non conventionnel, vous verrez, cela vaut le coup !
Apprenons à organiser nos cabinets
Nous l’avons vu pendant la crise, trop de cabinets ne sont pas stables économiquement parlant.
Comment expliquer que chaque praticien n’ait pas à minima 3 mois de trésorerie devant lui ?
Savons-nous seulement ce qu’est la trésorerie ?
Connaissons nous tous les statuts possibles pour notre exercice (SEL, SASU, BNC, micro…), leurs avantages et leurs inconvénients, connaissons nous seulement notre taux d’investissement ou ce que nous coûtent nos formations et ce que cela représente dans notre comptabilité ?
Nous devons toutes et tous nous former à la gestion économique de notre entreprise qu’est notre cabinet.
Il est impératif d’apprendre à gagner de l’argent avec notre outil de travail. Nous gagnerons plus en optimisant notre outil de travail qu’auprès des négociations conventionnelles !
Devenons actifs de notre fiscalité et arrêtons de subir le système.
Nous devons demander aux IFMK (oui je veux qu’ils disparaissent, mais cela n’arrivera pas, trop d’intérêts en jeu) d’installer des cours de gestion dignes de ce nom. Nous devons aussi demander à ce que le DPC et le FIFPL prennent en charge les formation continues dédiées à la gestion de cabinet.
L’entreprise individuelle libérale est un non sens économique arrivé à un certain niveau pour celui qui a pris le temps de l’étudier.
Sincèrement, cela ne vous intéresse pas de gagner plus en ne travaillant pas une seconde supplémentaire ?
En allant même un peu plus loin, nous pourrions demander au diplômés étrangers de passer un test de connaissance de gestion et de législation spécifique au système français. Cela limiterait peut être un peu le nombre de candidat à l’équivalence…
Peut être aussi devons nous revoir les conditions de représentativité des kinésithérapeutes ? (À lire ici)
Toujours avec cet objectif de rajeunir nos élites et les gens qui « décident » dans les syndicats.
Arrêtons de nous comparer aux autres, chaque profession a sa spécificité d’exercice. Ceux qui s’identifient aux médecins n’ont pas compris que nous ne sommes pas médecin, eux sont considérés comme utiles, pas nous. Ceux qui s’identifient aux orthophonistes n’ont pas compris qu’elles n’ont qu’un seul syndicat, un taux de syndicalisation défiant toute concurrence et une démographie maîtrisée dans une enveloppe budgétaire tout aussi maîtrisée, tout l’inverse de nous.
Demandons au CMK de s’investir des problématiques de notre profession. Demandons une liste des pratiques ayant fait leurs preuves avec une vraie lecture critiques des études disponibles.
En conclusion, notre ordre est dans l’erreur, nos syndicats sont dans l’erreur, nos écoles et notre CMK sont dans l’erreur. Pour faire court, tout notre système représentatif est dans l’erreur.
Nous allons dans une seule direction, celle du mur !
Nous avons au moins 10 ans de retard sur de nombreuses problématiques et défendre corps et âmes un système qui n’existe déjà plus est une perte de temps et d’énergie.
Merci à tous les acteurs du monde kinésithérapie de nous faire perdre du temps…
Vincent Jallu
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Grande nouvelle dans le monde kinésithérapie.
Nous avons donc désormais 3 syndicats représentatifs. Alizé, la FFMKR et le SNMKR.
Est-ce une bonne nouvelle ?
Dans l’absolu oui. Il n’y aura plus de dualité entre deux syndicats et nous pouvons espérer que ce ménage à trois soit profitable aux négociations.
Même si fondamentalement le système conventionnel est en fin de vie et que ce que l’on appelle « négociations » n’en sont pas réellement, apporter un peu d’équilibrage ne fera pas de mal.
Nous allons peut être avoir de nouvelles idées. Alizé qui joue habituellement au Calimero va pouvoir démontrer toute sa force vive et comment son conseil d’administration compte appliquer ses propositions, comment revaloriser notre rémunération, comment simplifier notre tarification, comment empêcher la mise en place des forfaits de soins, comment faciliter les démarches administratives etc...
Nous allons enfin passer du « je suis contre » au « voilà mes idées » et au « nous avons réussi à »...
Dans la pratique ?
Comme nous venons de le voir, nous allons passer du temps des belles paroles au temps des actes.
Le plus gros challenge d’Alizé va être de tenir ses promesses.
En premier lieu, nous allons voir si ils vont signer ou non la convention et le fameux avenant 5.
Soit ils ont le courage de tenir leur parole, soit…
D’ailleurs, ce ne serait pas la première fois qu’Alizé trahit ses engagements.
Si beaucoup d’entre nous n’ont pas eu la perception de cela, Alizé a trahi ses promesses de « travailler ensemble ». Son bureau national a montré ses capacités du sens de la stratégie et de la négociation… En s’alliant avec le SNMKR Alizé est devenu le grand perdant des élections. En effet 32% d’électeurs, 12% de présidences. Au passage félicitations au SNMKR qui, lui, a très bien mené sa barque.
L’autre réalité est l’appât du gain et du pouvoir. J’attends toujours que les élus d’Alizé respectent leur parole. Ils ont pris l’engagement de ne pas cumuler les postes URPS/ordre. Quand vont ils démissionner de l’un ou de l’autre ?
Les promesses c’est beau… Les actes c’est mieux, mais il faut être un peu plus qu’un beau parleur pour avoir le courage de ses promesses. Nous avons avec eux tristement l’habitude du « faites ce que je dis, mais pas ce que je fais »…
Ce qui ne laisse rien présager de bon pour l’avenir de la représentativité.
Dans tous les cas, le seul gagnat va être la tutelle, diviser pour mieux règner est de mise...
La représentation des kinésithérapeutes, essentielle
L’acte le plus important qu’Alizé va devoir accomplir c’est de trouver des représentants dans les départements.
Des représentants fiables, compétents, formés, volontaires et assez courageux pour tenir l’engagement de 5 années de représentativité.
Et là, les problèmes vont commencer.
Encore une fois, vous n’avez certainement pas été au courant, mais une fois les élections terminées, les négociations internes aux URPS ont débuté.
Et quelle ne fut pas la surprise de voir dans certaines régions des élus dire ouvertement « je me suis présenté, mais en fait, je ne veux pas vraiment y aller ». Sur des listes de plus de vingt personnes, seule deux ou trois étaient finalement réellement volontaires...
Quelle surprise aussi de voir des élus, « envoyés au charbon » sans même avoir eu quelconque information sur là où ils allaient et comment cela allait se dérouler. Les candidats n’ont pas été formés ni même informés. Mieux encore certains ne se connaissaient même pas avant l’assemblée constitutive de l’URPS. Quelle volonté commune les anime, quelles idées partagent ils ?
Je me pose sérieusement la question de combien seront encore là dans 5 ans…
Allez-vous accepter d’être représenté et défendu devant les instances de votre CPAM par quelqu’un qui n’a aucune connaissance de ces mêmes instances et dont le seul discours sera « hou là là, je suis contre » ?
Le problème est connu de longue date. Mais le président d’Alizé a continué de s’entêté dans sa folie communicative sans jamais considérer les problèmes de fond. L’avidité politique a primé sur la vraie représentation des kinésithérapeutes. Et aujourd’hui ce sont ces mêmes kinésithérapeutes qui vont en subir les conséquences. Triste réalité.
Conclusion
Le ménage à trois aurait pu être une magnifique nouvelle. Mieux encore, nous aurions pu commencer à réfléchir à un structuration de nos syndicats un peu différente. Réunir les trois bannières sous un seul drapeau commun.
Une seule entité représentative, la réunion des forces vives.
Malheureusement les trahisons idéologiques et les promesses intenables les appâts politiques et financiers font que, à peine élu, Alizé s’isole déjà et est toujours confronté aux même problématiques.
Les pauvres kinésithérapeutes que nous sommes n’ont finalement gagné que de belles paroles et une nouvelle représentation au rabais.
Vincent Jallu
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J’attendais avec impatience les résultats des élections complémentaires aux conseils départementaux de l’ordre.
Depuis le 15 décembre, je trouvais le temps long…
Nous le savons, notre ordre légitime, au comportement parfait qui nous soutient et qui défend notre profession corps et âme avec les résultats qu’on lui connait et qui déclenche l’engouement général, cet ordre idyllique ne peut que nous laisse penser que les élections doivent être une partie de plaisir avec un taux de participation à la hauteur de l’intérêt que nous portons à notre ordre.
Mais parfois, plus on attend plus la satisfaction est grande… 4,54%.
Je ne dirais rien de plus que, personnellement, je ne pourrais même pas me regarder dans une glace tellement je trouverais humiliant de pouvoir dire que je représente quelque chose avec si peu de participation.
Fait intéressant, il y a même un département, où le taux de participation a été de 0,0%. Les candidats eux même n’ont même pas voté...
Je vous l’avoue j’ai même arrêté de compter les départements où la mention « l’élection est finalisée, mais certains sièges restent vacants par insuffisance de candidats »...
Pourquoi un tel désintérêt ?
On peut tout d’abord se poser la question de la légitimité du conseil de l’ordre. Pas sa légitimité « légale », mais sa légitimité dans le sens de la « qualité d'un pouvoir d'être conforme aux croyances des gouvernés quant à ses origines et à ses formes». En effet, peut être que si les kinésithérapeutes avaient été consultés en amont, cela aurait changé la donne. Peut être aussi que si la forme et la gouvernance du CNO étaient plus ouverts à ce que les kinésithérapeutes participent, il y aurait une adoption plus importante ?
Ce qui nous amène directement à la « popularité ». Je n’ai pas peur de le dire, le conseil de l’ordre est totalement impopulaire. Et le premier qui me soutiendra qu’avec 4,54% de votants ce que j’avance est faux, me fera bien rire…
Les « gouvernés » n’apportent aucune confiance et aucune légitimité à notre ordre.
Le dédain du CNO
Ce qui est le plus blessant c’est cette « surdité » et cet « aveuglement » que le CNO semble avoir face aux kinésithérapeutes. La mémoire courte aussi...
En lisant les voeux de notre présidente , j’ai bien noté « je ne reviendrai pas sur tout ce qui a été dit ». Et bien les kinésithérapeutes, eux, ont bien noté « les cabinets doivent fermer » et ils s’en souviennent.
Lorsque l’on prend un décision avec un vocable de donneur d’ordre alors que ce n’est pas sa prérogative et qu’aucune données scientifique n’étaye les propos on ne peut que penser que celui qui est sensé défendre la déontologie ne l’applique pas à lui même.
Le CNO traite avec dédain ses administrés. Le retour de bâton est immédiat, les administrés dédaignent l’ordre. 4,54%...
Y-a-t-il une solution ?
Et bien en fait presque pas. Le CNO est élu indirectement, sans aucune concertation extérieure, qui ne donne jamais ses axes de travail ou ses volontés politiques et qui n’a jamais pris le courage d’organiser une grande consultation à l’échelle de notre population pour déterminer la politique que nous souhaitions mettre en oeuvre et qui n’a même jamais eu le courage d’affronter la question de l’envie des kinésithérapeutes de s’engager dans la voie ordinale.
Peut être qu’une solution serait de montrer au CNO que nous ne sommes pas en accord avec lui.
Retenir sa cotisation pour l’année 2021 ? Entendez par là, que peut être que ne pas payer tout de suite sa cotisation mais plutôt vers le mois de décembre serait une solution ?
Nous sommes redevables de la cotisation, il faut la payer, c’est un fait. Ne pas la payer serait déraisonnable et punissable. Par contre, peut être faut-il un électrochoc au CNO pour comprendre…
Retarder le paiement de sa cotisation pourrait être une solution ? Vu que le CNO reste « étanche » à la grogne et aux remontrances des kinésithérapeutes, peut-être que la sanction financière l’interpellerait ?
Il y a eu un peu moins de 700 votants (ils ont largement battu le vote de l’avenant 5 en proportion), peut être que si 700 kinésithérapeutes temporisaient le paiement de leur cotisation cela aurait un impact ?…
Il y a d’autres solutions, j’ai par exemple écrit à notre présidente. Je n’ai malheureusement point eu de réponse. J’en déduis que le CNO ne souhaite pas régler les problèmes confraternellement. C’est bien dommage car monsieur le ministre, lui, m’a répondu. L’action est lancée, nous verrons où elle nous mènera… Et si il faut malgré tout aller au conseil d’état, pourquoi ne pas y aller ?
Vincent Jallu
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Comme beaucoup d’entre nous, j’ai regardé avec intérêt l’allocution de notre ministre de la santé.
J’ai aussi lu avec beaucoup d’attention l’analyse de la présidente du CNO. Analyse sans grande envergure, nous parlerons d’un résumé plutôt que d’une analyse…
Il ressort de cette intervention que la boucle est bouclée et que notre métier va profondément changer dans les années à venir.
Il y a eu en effet depuis quelques années de nombreux indices qui nous ont été distribués. Beaucoup on préféré faire volte face ou, telle l’autruche, faire semblant de ne pas les voir.
Pourtant les choses sont claires.
Le kinésithérapeute va devenir la profession intermédiaire en santé.
Avec un master en poche, le kinésithérapeute va devenir « techniquement parlant » un hybride entre la sage-femme et l’ophtalmologues.
Pourquoi ces deux exemples ?
Les sages-femmes, profession reconnue bac+5. Et si vous ne le savez pas, les sages-femmes ont, dès lors qu’elles ont gravit l’échelle universitaire, fait évoluer leurs pratiques vers des actes médicaux en délégation. Nous allons suivre le même chemin.
Le lien avec les ophtalmologues ? L’organisation.
En effet, les ophtalmologues vont de plus en plus vers une organisation de type « l’orthoptiste fait le bilan visuel, l’ophtalmo ne voit que les cas graves ». Et nous obtenons des cabinets où il y a 10 orthoptistes pour 2 ophtalmo et cela tourne façon usine.
Alors dit comme ça… Ce n’est pas très attrayant. Mais pour fréquenter personnellement un centre de ce type, j’ai un rendez-vous d’ophtalmo du jour au lendemain. Chez un ophtalmo « old school » c’est 9 mois d’attente par chez moi…
Tout le monde y est gagnant. Le patient est content car il a un rendez-vous rapidement et a un prise en charge de qualité tout au long de son parcours car si nécessité, l’ophtalmo le prend en charge en suivant. L’ophtalmo en lui même recentre son activité. Les orthoptistes salariés ont élargi quelque peu leurs actions et cela a même tendance à redynamiser une profession qui était en berne.
Pourquoi changer ?
La réponse est simple.
Sommes nous indispensables ? Voilà la question à laquelle il convient de répondre. Et autant le dire tout de suite, la réponse est « non ».
La kinésithérapie n’a jamais démontré pleinement son utilité. Si cette réalité est difficile à entendre, n’oublions pas que l’année dernière « les cabinets doivent fermer » a laisser une trace indélébile montrant notre totale inutilité dans le système de soins de l’aveu même du CNO.
Heureusement pour nous, le ministère n’a pas partagé cet avis et a voulu nous remettre le pied à l’étrier par la suite. Mais attention, pas avec les mêmes prérogatives.
Le fait est que, et on le voit à l’hôpital, le kiné est parfaitement remplaçable. Et même en « kiné respiratoire », l’ensemble des technologies d’aides ventillatoires émergeantes sur le marché font que notre action devient presque superflue.
Les rémunérations, premier point clé à bien intégrer
Si vous ne l’aviez pas bien compris, Olivier Véran l’a confirmé assez clairement. La lettre clé, c’est fini. Les augmentations de lettres clés, c’est fini.
Vous avez certainement compris que toutes les promesses électoralistes que nous avons entendu ou lues de nos amis syndicalistes promettant monts et merveilles avec des augmentations de ceci ou de cela, sont totalement fausses. Soit ce sont de très mauvais analystes, ou des sinistres menteurs dans le seul but électoraliste.
Le fait est, nos rémunérations vont passer par la coordination de soins (via les MSP labellisées et les CPTS).
La rémunération va aussi passer par les missions de santé publique.
Nous le voyons avec la COVID. Un test antigénique, 26€. Un AMS 7,5 16,13€. Être dans un centre de vaccination pour vacciner, ce qui n’est vraiment pas notre mission première, 40€ de l’heure, aucun frais, et souvent repas compris. Le même kiné dans son cabinet où il paye le chauffage l’électricité et son repas 32€ pour 2 AMS 7,5. Et même rapporté à la journée 320€ par jour pour vacciner c’est équivalent au revenu moyen journalier mais sans les charges de fonctionnement.
Après chacun fait comme il le souhaite, mais quand on passe la majeure partie de son temps à râler que l’on ne gagne pas assez et que quand l’opportunité de s’inscrire dans une mission de santé publique se présente et qu’elle est adjointe à une rémunération qui dépasse notre rémunération moyenne, et bien on peut considérer comme paradoxal de refuser de s’y inscrire.
Les rémunérations... second point clé à investiguer
Savez vous ce qu’est une Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires (SISA) ?
La SISA c’est la structure juridique sous forme de société qui gère une Maison de Santé Pluridisciplinaires (MSP) labellisée par exemple. Une MSP labellisée c’est une MSP qui a signée un contrat avec l’assurance maladie et qui touche donc des rémunérations (désolé pour les puristes de cette simplification à l’extrême).
Le ministère a récemment modifié les possibilités d’exercices au sein des SISA.
En effet, les modifications des SISA leur permettent de salarier des professionnels de santé.
Oui vous l’avez bien lu, un médecin, un kiné ou une IDE peuvent exercer de façon salariée en ville.
Concrètement cela veut dire qu’une SISA peut avoir en son seing deux médecins et un kinélibéraux et un kiné salarié.
Si vous ne l’avez pas encore compris, laissez moi vous éclairer sur un point spécifique à notre profession. Le mode d’exercice des remplaçants et des assistants va changer.
Le remplaçant pourra être salarié de la SISA. L’assistant pourra lui aussi être salarié. Fini les rétrocessions. Mais d’un autre côté si il y a 3-4 kinés dans la MSP, en salariant 1 autre kiné, celui-ci pourra faire les remplacements de tous les kinés de la MSP avec un seul contrat.
Autre possibilité à voir dans l’avenir. La possibilité par la SISA de salarier un APA (praticien en activité physique adaptées) et un AK. Oui l’AK, le sous-kiné (à lire ici), enfin l’assistant kiné si cher à notre ordre qui visiblement fait tout pour sacrifier notre profession…
L’avenir de notre profession
Pour faire simple, le kiné va devenir le spécialiste du bilan locomoteur. Et nous serons « l’acteur principal de la coordination du soin dans ce domaine ».
Les AMS seront pris en charge par les APA et les AK.
Les AMK seront principalement pris en charge par les APA.
Le kiné, lui va changer de nom. Il deviendra MSR pour Master en Soins de Rééducation avec pour missions principales la coordination des soins (intra et inter professionnelle) et le bilan locomoteur.
Bien sur nous pourrons toujours prendre en charge les AMS et les AMK, mais lorsque nous verrons que nous sommes payés 16€ pour un AMS 7,5 tandis que le bilan et coordination de la rééducation seront rémunérés 20-30% de mieux, le choix sera vite fait.
L’intérêt pour le ministère dans tout ça ?
La réponse est simple. Diminution des coûts. Augmentation de l’offre de soins par augmentation de la qualité des soins.
Petite aparté, en soins coordonnés, la pratique des DE systématiques ou du HN est bien plus complexe et obligatoirement ces deux pratiques auront tendance à diminuer drastiquement.
Diminution des coûts car l’APA ou l’AK, contrairement à nous, sont des professions jeunes (voir inexistante à cet instant pour l’AK). Formation ciblée « hands off », possible en télésoin et grille tarifaire possiblement basse.
Augmentation de l’offre de soins car on ne peut pas considérer l’offre de soins sans considérer la qualité du soin.
10 kinés à la qualité des soins moindre qui voient 10 entorses de cheville pendant 20 séances ont besoin de 200 créneaux.
10 kinés à la qualité des soins plus avancée qui voient 10 entorses de cheville pendant 8 séances ont besoin de 80 créneaux.
Il y a toujours 10 kinés, mais d’un côté un planning encombré par l’absence de qualité des soins et d’un autre côté un planning plus libre, donc une offre de soins supérieure, grâce à la présence d’une qualité de soins plus optimale.
Si l’exemple est volontairement grotesque et peut sembler fantaisiste, c’est pourtant une réalité.
Et je sais que je vais faire bondir 99% des lecteurs de cet article, mais nos cabinets sont encombrés de soins inutiles.
Pardonnez moi les clichés que je vais avancer, mais c’est une réalité.
Madame Michu 85 ans qui vient tous les ans pour « ses 10 séances de massage », ses séances ne lui servent à rien mais elle aime bien la petite serviette chaude et personne n’ose lui dire qu’elle prend la place de quelqu’un qui en aurait besoin. Ce vieil hémiplégique qui fait 10 séance tous les ans, quand on regarde bien son bilan d’entrée et de sorte en toute objectivité, il n’y a eu aucun changement, cet « AT » qui traine depuis des mois, il est juste là pour justifier son arrêt, cette « MGEN » qui en est à sa 3e capsullite, qui a remplacé sa spasmophilie par une fibromyalgie et qui se plaint que les séances ne servent à rien mais qui revient systématiquement avec un renouvellement de ses 20 séances…
Oui passé les clichés, nous le savons tous, tous ces gens là sont dans nos cabinets et encombrent le planning. Si nous n’avions plus ces gens là, nous aurions tous de la place dans nos emploi du temps.
Et si nous avions une lecture réellement critique du ratio bénéfice/temps perdu par rapport à nos traitements, nous aurions de bien mauvaises surprises.
L’évolution vers le master c’est aussi faire une analyse factuelle de nos pratiques. Et la qualité du soin doit devenir notre fer de lance.
L’amélioration de la qualité du soin permet d’augmenter l’offre de soins.
Considérer l’offre de soin sur de simple faits démographiques est la pire erreur que nous puissions faire.
Comme nous l’avons vu plus haut, en déléguant les AMS aux APA-AK, eux étant formés aux soins courts et en hands-off, ne vont pas s’encombrer avec madame Michu ! Ils vont drastiquement réduire le nombre de séances. Par contre eux n’auront pas leur boite de chocolats à la fin des séances ! Mais fait on ce métier pour soigner les gens ou pour avoir une boite de chocolats ?
Fini les trois séances par semaine pendant un mois pour une entorse ! Non, le kiné va faire une séance de bilan puis va rediriger vers l’APA-AK. Une séance par semaine voir tous les quinze jours avec un suivi sur deux mois.
Bilan comptable, aujourd’hui 12 AMS 7,5+1 BDK total 211€, demain 1 bilan kiné à 25 ou même 30€ et 7 AMS 7,5 total dans les 145€. La sécu y gagne 60-70€ par prise en charge, le patient a un meilleur suivi et un soin plus qualitatif. Tout le monde est gagnant.
La qualité du soin, clé de voute de notre avenir
Nous l’avons vu l’amélioration de la qualité du soin va stimuler notre profession, mais va aussi doper nos revenus. Mais ce n’est pas tout. En améliorant notre qualité de soins, nous allons découvrir que nos pratiques actuelles sont « peu efficaces ». Nous allons aussi découvrir que les machines à 10 000€ et plus ne servent à rien. Que finalement la notion même de « plateau technique » à la manière des années 90 n’a que peu d’intérêt. Et que du coup, là où nous avions besoin de 80m2 pour travailler, 20m2 suffisent.
D’un côté nous allons augmenter nos revenus et d’un autre nous allons diminuer nos dépenses.
Nous avons tout à gagner à aller vers la qualité.
Conclusion
Notre profession va considérablement évoluer. Il y aura toujours les antis-tout incapables de s’adapter et qui s’acharneront à crier plus fort que leur voisin. Ceux-là auront quelques mauvaises années à venir.
Il y aura aussi les gens tournés vers l’avenir, les nouvelles compétences, les nouveaux actes, la qualité des soins, les réflexions pluridisciplinaires et qui sauront anticiper les changements en venant.
V. Jallu
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- Written by Vincent Jallu
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L’annonce via une vidéo il y a quelques jours d’une véritable avancée pour la profession a été faite sur les réseaux. La CPAM du Var aurait (au conditionnel, aucun accord écrit n’a été publié) accepté que les séances passé 18h ainsi que celles du samedi toute la journée soient éligibles à un DE de 8€ maximum. Nous n’en savons pas plus.
Cependant, j’en suis désolé mais je trouve cette annonce plutôt néfaste pour la profession, voir même l’une des plus désastreuses nouvelles concernant l’exercice conventionné.
Les patients des créneaux 18h et plus ont ils le choix ?
Clairement non. Qui sont ces patients ? Des gens qui travaillent et qui n’ont pas le loisir de pouvoir venir avant 18h ou en semaine.
Comme si travailler était une punition. Vous travaillez, vous ne pouvez pas venir avant 18h, et bien en plus vous paierez plus cher !
Pensez tout de même que vous même vous remplissez ces critères. Grace à cette action vous pourriez devenir ces nantis qui doivent payer plus cher…
Nous avions comme crainte d’avoir une médecine à deux vitesses, les pauvres contre les riches. Finalement avec cette action ce sera ceux qui bossent et les autres.
La ségrégation par l’argent
Quelle va donc être la conduite à tenir ? « Un rendez-vous après 18h ? Oui bien, c’est 8€ de votre poche. Vous ne pouvez pas payer ? Et bien venez à 17h30 ! »
Cette logique est détestable et créée une véritable ségrégation par l’argent qui n’est pas digne de notre profession.
Sans même parler de l’aspect éthique et déontologique, souvenons du décret du 2 octobre 2020 concernant les refus de soins discriminatoires... Certains confrères et consoeurs pourraient être en grand danger avec ce DE.
Il pourrait d’ailleurs être drôle de voir le président du CDO83 prononcer un avis défavorable envers un confrère ou une consoeur, alors qu’il est lui même promoteur de ce DE. c’est l’inconvénient de cumuler les fonctions. À un moment donné on peut être pris à double feux...
Préparez vous à contractualiser vos séances et à donner aux patients tout l’éclairage qu’ils nécessite. Le consentement éclairé n’est plus théorique, il vous le faudra pour chaque patient redevable de ce DE.
Quelle différence avec un dépassement d’honoraire ?
Un dépassement d’honoraire, serait plus « juste ». Dans le sens où il pourrait s’appliquer à tout à chacun sans faire de ségrégation entre travailleurs et non travailleurs. SI notre convention le permettait (et elle ne le permet pas, contrairement aux médecins de secteur 2) il n’y aurait pas de ségrégation horaire.
Et chez les coiffeurs ?
Souvent quand on parle de tarifs, l’exemple des coiffeurs revient sur la table.
Oui il y a longtemps notre tarif était supérieur au prix d’une coupe, oui depuis la situation s’est inversée etc.
Mais dites moi, avez vous déjà vu un coiffeur dire « après 18h et le samedi c’est plus cher » ?
J’aimerais bien voir votre tête si votre coiffeur vous disait cela…
La convention, socle de notre action
Notre système de santé est fondé, et nous le voyons actuellement dans cette période de crise, dans la prise en charge équivalente quelques que soient les conditions des patients, y compris financières.
La convention garantit aux patients d’avoir les mêmes soins, aux mêmes tarif sur l’ensemble du territoire.
Se permettre de passer outre cet aspect et appliquer une forme de dépassement sous conditions d’horaires, c’est remettre profondément en question la convention.
Pour faire court. Si le contrat ne vous plait pas, rien ne vous empêche de faire une activité hors convention ou même de vous deconventionner complètement.
Ce n’est pas aux patients, et encore moins à une frange de patients n’ayant d’autre choix que de venir sur ces horaires, de faire les frais de la non augmentation de nos tarifs.
C’est remettre en question l’accessibilité aux soins dans des conditions identiques pour l’ensemble des patients sur le territoire.
C’est une relise en question profonde du système conventionnel. Voulons nous réellement que notre activité quitte la convention ?…
La convention permet aussi à ce que l’ensemble des professionnels soient traités de la même façon sur l’ensemble du territoire. un AMS 7,5 à Lille est le même à Toulon. Avec cette mesure, c’est potentiellement les conventionnements locaux qui peuvent être induits et donc une inégalité de traitement entre professionnels.
Et les autres caisses ?
Si la CPAM du Var est d’accord pour que l’on transgresse la convention, qu’en est-il des autres caisses ? Que va-t-il se passer quand un patient « mgen » vous demandera un rendez-vous à 18h ? La réponse est simple. Soit vous ferez une sélection des patients passé 18h et le samedi, ce qui d’un point de vue éthique est assez détestable, soit et bien vous n’aurez pas droit au fameux DE.
Pensez aussi aux autres CPAM... le Var n’est pas un département touristique ou de villégiature, c’est connu... Là encore, toutes les caisses externes au Var refuseront le dit DE.
L’argument de l’offre de soins
Pour mettre en avant le procédé, il a été précisé que dans le Var, l’offre de soins en kinésithérapie était faible à partir de 18h ainsi que le samedi.
Avis tout à fait personnel, si les gens ne travaillent pas sur ces créneaux, c’est d’une part part que c’est leur choix et d’autre part parce qu’ils n’ont pas fondamentalement besoin de gagner plus...
D’autant que comme nous allons le voir, passé les effets d’annonces, les gains potentiels par rapport à « sans le DE » sont en réalité beaucoup plus faibles.
Par ailleurs, juste au passage, la permanence de soins devraient être encadrée par l’action des CPTS avec de nouveaux modes de rémunérations qui eux sont engagés par l’ARS et non par les patients tout en conservant le socle conventionnel, contrairement à ce « DE » qui ne ressemble à rien. Voilà où doit se situer notre action, au sein des CPTS. Et il est fort dommage que l’URPS PACA se soit autant fourvoyé en allant dans cette direction du DE.
Que se cache-t-il derrière le « à votre demande » ?
En fin de vidéo, notre confrère l’annonce fièrement, si vous êtes intéressés, à votre demande, ils irons négocier dans les autres départements de la région.
Pourquoi « à votre demande » ?
Y aura-t-il des critères à remplir ? Faudra-t-il payer quelques chose ? Un droit de cuissage peut être ? Être adhérent au syndicat ?
Il est très curieux de voir un président d’URPS ne pas défendre l’ensemble des kinésithérapeutes de son territoire et de conditionner son action à une « demande »...
Apprendre à compter
Annoncer que l’on peut gagner 4000€ par an en facturant 2 actes par jour, ou plus de 10 000€ en travaillant le samedi, c’est bien, mais encore faut-il que ce ne soit pas qu’une annonce !
Si on prend les DE de semaine. Il y a par exemple 253 jours ouvrés en 2020. Les kinésithérapeutes prennent en moyenne 3 semaines de congés, ce qui amène à 238 jours facturables. Nous arrivons donc avec 2 DE de 8€ à 3808€. 5% d’écart, soyons fous, la différence est acceptable.
Pour les samedi en revanche… 52 jours moins 3 de congés (et je suis gentil, nous prenons en général nos congés du vendredi au lundi, donc pour trois semaines de congés il y a au moins 4 samedi). 49 jours, 10h de travail, 20 patients soit 20 DE à 8€, total 7840€. 27% d’écart... Et 36% si l’on n’est pas gentil sur le nombre de samedi. L’erreur commence à être plus que significative. Et si l’on rajoute à cela, comme évoqué plus haut qu’il faut le samedi n’avoir aucune ALD, aucun AT, aucune CMU, aucun patient d’autre caisse que la CPAM du Var etc…
Pour arriver aux « plus de 10 000€ » il faudrait voir plus de 25 patients répondants à tous ces critères tous les samedi de l’année. Autant le dire franchement, ce n’est qu’une annonce et aucunement la réalité.
Et doit-on parler de la fiscalité des DE ?
C’est assez récurent pour les gens de ce syndicat. Combien devions nous gagner par mois avec l’avenant 5 ? Quelle est la réalité ?
On s’arrange avec les chiffres comme on peut, mais souvent comme on veut...
Aucune revendication syndicale
Si l’instigateur de cette mesure est clairement identifié comme appartenant au SNMKR, ce dernier n’a pas encore communiqué sur l’extra-ordinaire avancée que cela est supposé être.
Est-ce un signe que finalement cette avancée n’en est pas une ?
Peut être que le SNMKR attend et « prend la température » ?
Ou peut être encore que comme aucun accord signé n’a été publié il a été totalement prématuré de communiquer sur ce sujet ?
Dans tous les cas, je trouve ce silence politiquement intéressant.
Les élections approchent, la course à l’échalote est lancée.
Conclusion
Vouloir aider les confrères et consoeurs c’est bien. Mais encore faut il le faire dans le bon sens.
Handicaper financièrement les gens qui travaillent et qui n’ont d’autre choix que de venir en soins sur des créneaux horaires passé 18h ou le samedi n’est pas cohérent et contraire à notre contrat conventionnel et une totale ineptie. Ajouté à des calculs incohérents et qui ne reflèteront pas la réalité, passé l’annonce…
Il y a bien d’autres moyens d’augmenter l’offre de soins sur ces créneaux et ce, sans placer les kinésithérapeutes dans une situation qui pourrait leur être préjudiciable.
Donc non, cette annonce n’est vraiment pas une bonne nouvelle et j’espère que la CNAM va très vite rappeler à la CPAM du Var que ce n’est pas la bonne voie.
Vincent Jallu
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